L’aide du frère incroyant…

Face au terrorisme By François Plassard
samedi 10 janvier 2004
par Collectif TRANSVERSEL
popularité : 1%

L’aide du frère incroyant…face au terrorisme

Face à un problème inédit, il nous faut l’aide d’un frère, d’un Tiers, pour sortir du cadre de référence où nous cherchons nos réponses.

Métaphore

Deux frères sortent d’une fête un samedi soir. L’un se met à chercher à quatre pattes ses clés derrière sa voiture pour rentrer.
- « Que fais-tu ? » demande le frère ?
- « Et bien je cherche mes clés ! » répond le frère énervé.
- « Es-tu sur de les avoir perdues ici ? »
- « Non, mais c’est le seul endroit qui est éclairé ! »

Sortir du cadre

Cette brève histoire a le mérite de nous apprendre que face à un problème qui nous touche émotionnellement, notre première réaction émotionnelle est de chercher la solution immédiate : « là où c’est éclairé ». Sortir du cadre de référence, mobiliser d’autres manières de voir que le réverbère, sont autant d’apprentissages nouveaux nécessaires face à un problème inédit qui nous a touché en plein cœur. Pour cela il nous faut un frère, un tiers.

Qu’est ce qui est inédit ?

La démonstration qu’à partir du moment où un individu a décidé consciemment de se suicider et de mourir, il peut seul (le journaliste kamikaze avec sa caméra piégée contre le commandant Massoud) ou à plusieurs ( 50 personnes formées armées de cutters) déjouer tous les systèmes de sécurité et de défense les plus puissants et les plus sophistiqués, s’il veut aussi semer la mort autour de lui. Si la démonstration a été faite avec des supports technologiques classiques (avions de transport, caméra), nous savons qu’elle peut l’être encore davantage avec d’autres outils de l’ordre de l’infiniment petit (bactério, virus etc.)

Quelle est la zone éclairée où nous cherchons nos clés ?

Celle de répondre à la puissance du coup porté (tragédie humaine) par un « surcroît » de puissance concertée, en même temps qu’un renforcement apaisant de tous nos systèmes de contrôle et de sécurité dans les lieux de concentration humaine. Notre métaphore a le mérite de nous signifier que cette solution de la loi du Talion pour faire Justice, est peut être partiellement nécessaire, mais aussi insuffisante face au caractère inédit du problème posé.

Face à la tragédie vécue par l’Amérique et notre compassion, la France, l’Europe, pourrait-elle être dans la position du frère de celui qui cherche ses clés ? Celle d’aider un frère à sortir aussi du cadre de référence ou cadre conceptuel …de la zone éclairée ?

Le regard du frère

A la différence de notre frère américain, une enquête récente a montré que si seulement 5% des américains se déclarent spontanément incroyants, la barre des 50 % d’incroyants a été franchie en France comme dans certains pays du Nord de l’Europe.

Notre relative « extériorité » par rapport à la réduction binaire :

Bien contre Mal, bien présente dans la culture américaine, par rapport à la croyance en un Dieu unique qui puise ses sources (fondements) sur la notion de sacrifice humain (expiation, rédemption des péchés et logique du bouc émissaire), etc. peut avoir quelqu’intérêt pour notre frère américain. Quand la référence à Dieu n’est plus première (agnosticisme), alors se renforce le sentiment de responsabilité de cette composante que sont les hommes dans une aventure incroyable, puissante et fragile, de la Vie née sur la Planète Terre, quelque part à la périphérie de l’Univers. Par sa position dans les pointes avancées de l’évolution de la complexité, lui ayant fait acquérir langage et conscience, celui qui doute de l’existence de Dieu sait sa responsabilité anthropologique considérable dans l’aventure de la Vie dont il fait intrinsèquement partie. Plus encore il se voit en position de construire son sens, indépendamment d’une explication « révélée », par l’expression de son propre regard et langage sur les choses. Cette prise de conscience engendre chez lui goût de vivre, compassion et humilité, associé au sentiment de ne pas être sur à tous les instants d’être à la hauteur de cette tache considérable (enthousiasmante) de promouvoir l’aventure de la Vie où chaque partie est solidaire du tout.

Ce décalage dans le regard des deux frères sur les événements récents qui mettent en exergue Fragilité et Puissance, nous amène à déplacer les questions posées par les attentats à celles de « Comment sauver la vie ? ». Einstein, un des pères du nucléaire, qui a joué un grand rôle dans la précédente guerre mondiale, ne disait-il pas déjà que « si malgré tous nos efforts un problème nous résiste, c’est qu’il faut changer notre question sur le réel ».

Question à notre frère

A notre frère américain qui veut venger le Bien contre le Mal ( nous avons connu cela en Europe lors des Croisades et de l’Inquisition et nous en avons payé le prix !) ne pourrions pas lui dire qu’il faut chercher : les processus éducatifs et cognitifs qui projettent des finalités abstraites telles que « nier la vie (individuelle et collective) » en devient un moyen, mettant en danger notre Humanitude. Où, comment, se recrutent ces enfants innocents qui deviendront des adultes dangereux pour notre Humanité ? Dans la grande pauvreté ou dans la richesse ? A cette recherche en creux peut s’associer une table ronde internationale et interculturelle sur le plus petit dénominateur commun que nous voulons enseigner, en tout lieu, à nos enfants. Ce débat ne pourra se passer d’un regard croisé sur les quatre passions que l’Homme a développé en réponse à sa conscience de mourir.

Les quatre passions de l’homme (Homo sapiens-demens) Force est de constater que les deux passions mineures : « la passion de l’argent devenue finalité et la passion du pouvoir au sens de l’accaparement », ont été symboliquement mises en échec par la destruction de World Trade Center et du Pentagone le 11 Septembre 2001.. Ces deux passions mineures ont été mises en échec par deux autres motivations humaines situées dans le registre de l’Amour (de Dieu) inversé en haine, dans le registre de la recherche de Sens inversé en non-sens pour nous incroyants. Pour agir sur ces deux nouveaux registres, il est fort à parier que ce n’est pas simplement sur le registre Politique de l’usage de la force concertée à l’échelle mondiale qu’il suffira d’aller. Mais aussi sur le registre du Partage du Sens et de la Connaissance : l’éducation à la joie de vivre et à la connaissance de soi, l’entente sur des valeurs communes respectueuses des différences, pour faire de Terre patrie un jardin, reflet de notre jardin intérieur, et non pas un « enfer » comme le proclame la guerre sainte.

Le rôle du Tiers

Nous incroyant (au sens d’agnostique ou incrédule de Dieu) nous devons jouer un rôle de Tiers pour aider nos frères croyants à ne pas sombrer dans le piège binaire de l’Inquisition. Car l’inquisition engendre la peur, laquelle engendre la rivalité qui cultive la pauvreté mentale et physique. Si l’Histoire ne revient jamais sur ses pas, elle nous offre néanmoins des repères analogiques ou de similitudes lors de situation de grande angoisse collective. Que s’est-il passé en 1848 quand les riches ont pris peur de la violence des pauvres, même si ici le lien systémique est à priori indirect ? Un grand programme d’envergure de remodelage des villes a été entrepris par Haussmann pour les reconfigurer en étoile, seule manière de contenir l’expression de violence dans les banlieues (ethymologiquement : lieux bannis). Et parallèlement un programme humaniste massif, de l’ampleur d’un Plan Marshall, a été entrepris sur l’éducation pour tous, pour que les enfants des riches et les enfants des pauvres apprennent à vivre et dialoguer ensemble, disait Jules Ferry. Plutôt qu’un plan de guerre, un plan Marshall pour sauver la Vie Est ce un Plan Marshall sur le partage du sens et de la connaissance, plutôt qu’un plan de troisième guerre mondiale, qu’il faut suggérer à notre grand frère américain en plein désarroi ? Y aurait il plus beau message pour rendre hommage aux victimes et désarmer toutes les haines ? Faut il commencer par une grande table ronde des différentes cultures pour nous mettre d’accord sur le plus petit dénominateur commun concernant notre responsabilité à l’égard de la Vie à enseigner en tout lieux, à tous les nouveaux terriens ? Et si la cellule humaine de base qu’est l’école où s’apprend la réciprocité, devient synonyme de nourriture et d’eau potable pour un tiers de l’humanité, nous éradiquerons du même coup la faim, ce bouillon de culture du retour étonnant des épidémies (tuberculose, peste, variole, sida etc.), lui aussi terrorisme invisible sans frontières. N’est ce pas, aujourd’hui comme hier, l’épidémie bien devant les guerres, le plus grand destructeur de nos vies humaines ? N’est ce pas dans la très grande pauvreté subie que naissent les plus grandes peurs et épidémies du corps et de l’esprit ? Nous avons tous les moyens qu’il faut pour sortir de la rareté et dépasser nos deux passions mineures du pouvoir qui accapare et de l’argent. Eduquer , ne signifie t-il pas ethymologiquement : conduire en dehors de ? Pour sortir de l’enfermement de la guerre, il nous faut maintenant nous appuyer sur un autre élan de l’homme : nos passions du sens et de la connaissance, registre où nous mènent les récents événements. Mais cette fois pour assumer notre responsabilité humaine : l’aventure solidaire de la Vie et de notre Humanitude. Les grandes transformations de l’Histoire ont toujours été improbables avant de devenir nécessaire.

François Plassard, Toulouse un citoyen de la France, de l’Europe et du Monde

fplassar@club-internet.fr


Mais cette fois pour assumer notre responsabilité humaine : l’aventure solidaire de la Vie et de notre Humanitude. Les grandes transformations de l’Histoire ont toujours été improbables avant de devenir nécessaire.

Mis en ligne par Daniel Delarasse pour François Plassard le 1er mars 2003 et remis en ligne le 10 janvier 2004


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