Des banques de temps communautaire à Barcelone (Espagne)

au coeur de la capitale catalane.
mardi 12 juin 2007
par Collectif TRANSVERSEL
popularité : 2%

ET Pourquoi pas en FRANCE , après la bonne nouvelle de Belgique et de sa première banque du temps...

Barcelone n’est pas uniquement un centre artistique européen aux noms prestigieux ( Gaudí, Miró, Tapies, etc.) c’est aussi une ville qui bouge et qui innove. Actuellement, 191 associé(e)s répartis entre quatre banques de temps communautaire disséminées dans différents quartiers de la ville échangent entre eux des services très divers. Mardi matin, Montse, 75 ans, apprend à Marta, 22 ans, comment acheter au marché des aliments frais qui conviennent le mieux pour la préparation du repas du soir. Samedi après-midi, Eduardo, 26 ans, initie Montse au maniement du programme informatique photo shop. Mais qu’est-ce au juste une banque de temps communautaire ?

Patrick Govers Département Recherches Etudes Formation.

Histoire d’un cheminement.

La création de la première banque de temps communautaire barcelonaise est l’aboutissement d’un long processus d’analyse et d’action centré sur la condition des femmes et l’égalité des genres en rapport à l’usage des temps sociaux. C’est ainsi qu’en 1993 la municipalité de Barcelone en partenariat avec l’association Salut I Familia procède à une étude intitulée "Les femmes et les temps de la ville de Barcelone" , et qu’en 1997 débute le projet " Partager : en encourageant la répartition des temps entre femmes et hommes " financé par l’Union européenne dans le cadre d’un programme d’action communautaire appelé Equal.

Par la suite, après une année de travail et de concertations, cinq femmes de l’association de quartier " Centre culturel Montserrat ", situé dans le district Horta - Guinardó, donnent vie à la première expérience de banque de temps communautaire catalane. Depuis lors, trois nouvelles banques de temps se sont créées : une à Sant Andreu , quartier périphérique de Barcelone, l’autre à Ciutat Vella, centre ville historique, et la dernière en date à Cornellà de Llobregat, municipalité limitrophe de Barcelone.

Un jeu de rôles réel et engagé.

Les banques de temps communautaire sont organisées selon une structure identique élaborée et mise à disposition par l’association Salut I Familia. Elles fonctionnent grâce à l’appui financier et logistique de la municipalité de la ville de Barcelone.

Un secrétariat, composé de volontaires, véritables meneurs de jeu, est chargé de recevoir les personnes intéressées par le projet, de les informer des règles de fonctionnement, et éventuellement les inscrire comme associé. Une fiche d’inscription est alors remplie : outre les données personnelles, elle répertorie les heures hebdomadaires que le nouvel associé (e) est disposé à donner ainsi que la description du ou des services qu’il s’engage à offrir, et les services qu’il aimerait recevoir. Le secrétariat doit également veiller à convoquer les rencontres entres associés, occasion pour ceux-ci de se connaître et d’entrer en confiance.

Quant aux associés, titulaire d’un compte courrant de temps, ils reçoivent un chéquier personnel qu’ils utilisent au moment de donner du temps à un autre associé. Mensuellement, l’associé(e) est tenu de rendre compte au secrétariat des échanges effectués. Tous les six mois, le secrétariat révise le compte courant de chaque associé(e), et le cas échéant, prévient celui ou celle dont le compte courant est en déséquilibre :accumuler une différence supérieure à vingt heures, entre le temps qui se donne et celui qui se reçoit n’est pas permis.

La banque de temps : un principe simple

Le principe de la banque de temps est donc simple : un système d’échanges réciproques " donner - recevoir " inscrit dans un territoire précis et dont l’unité de valeur des services échangés est le temps : une heure donnée est égale à n’importe quelle autre reçue ou offerte, peu importe la nature du service seule compte le temps qu’il lui est consacré .

Aux dires des associés interviewés, ce principe se différencie assez de celui qui anime le bénévolat classique : faire des actions pour la communauté sans rien recevoir en retour. A ce propos, Montse, 75 ans, associée de la banque de temps de Ciutat Vella commente :" Ici, ce n’est pas du bénévolat, tu reçois toujours, ce qui est très chouette. Donc un jour tu fais quelque chose, et, un autre jour, tu fais autre chose ".

Mais échanger n’est pas aussi évident que cela. Entre autres, parce que il s’agit d’être prêt à communiquer, comme le déclare Jordi, la quarantaine, associé de la banque de temps de Horta - Guinardó :" Notre maison est notre château, notre cuirasse. Ouvrir un peu les portes de ta maison, c’est un peu ouvrir ton intimité aux autres". Or, avec l’échange, " il s’agit d’ouvrir ta maison à un voisin ". Parfois, le fait de recevoir même pose problème, les obstacles sont multiples : soit on n’est pas habitué, Xavi 34 ans, volontaire du secrétariat de Ciutat Vella relate :" Une des choses qui m ’a été des plus difficiles c’est demander. J’étais habitué à donner car j’ai commencé très jeune des activités de bénévolat " ; soit l’éducation reçue n’y est pas favorable, Rosa la cinquantaine passée, associée de la banque de temps de Horta - Guinardó :" Apprendre à recevoir est difficile car on nous a éduqué à donner, et donc demander cela nous paraît égoïste".

... et porteur de changements.

Ainsi, tout en s’inspirant d’un principe propre à l’économie de marché, la banque de temps entend oeuvrer à un changement de mentalité, ou, du moins, favoriser l’émergence d’une prise de conscience multiple et quelque peu subversive : cette pratique d’échange démontre non seulement que les relations entre les êtres humains peuvent se fonder sur d’autres finalités que l’argent mais encore, elle va à l’encontre de la conception dominante du travail pour laquelle tout ce qui se fait en dehors du monde de la production marchande des biens et des services ne constitue pas du travail et est négligeable. A cet égard, l’histoire suivante racontée par Nuria, volontaire du secrétariat de la banque de temps de Horta - Guinardó, est très explicite : " Lorsque les femmes au foyer viennent s’inscrire comme associées, souvent elles ne savent pas quel service offrir ; " je ne sais rien faire " me disent-elles ". C’est en dialoguant avec elles que Nuria les amène à voir que leurs compétences ménagères ont autant de valeur que d’autres savoirs faire, par exemple la connaissance d’une langue étrangère ou encore la pratique de massages car dans la banque de temps, une heure de repassage équivaut à une heure d’initiation à l’informatique.

Aux yeux de Nuria, cette manière de concevoir l’échange facilite le bon développement de l’auto estime dans le chef de ces associées et contribue à démystifier l’idéologie existante dans la société, celle-là même qui valorise positivement le travail productif et négativement le travail reproductif.

Mais la raison d’être de la banque de temps ne se résume pas uniquement aux objectifs évoqués par Nuria. Dans le quartier de Ciutat Vella où une partie de la population vient d’ailleurs et y vit de façon provisoire - attirée là par les loyers modiques -, les volontaires du secrétariat pensent que la banque de temps doit surtout aider à reconstruire les liens sociaux et recréer une solidarité collective entre les habitants.

Dynamisme et longue durée : deux repères phares pour l’avenir des banques de temps.

Bien que ces expériences soient très récentes (la plus ancienne a cinq ans d’existence), les défis qu’elles affrontent sont de deux ordres. D’abord, la nature même des enjeux que ce projet mobilise, les mentalités et les comportements sociaux qu’il suppose, oblige les volontaires des secrétariats à développer une vision de l’action sur le long terme. Comme l’exprime clairement Rosa : " Nous pensons que la banque de temps est quelque chose à long terme, c’est faire un travail de longue haleine sur la mentalité que de dire que tout ne s’obtient pas avec de l’argent ". Ensuite, le secrétariat doit être spécialement soucieux de dynamiser les associés, d’insuffler de nouvelles idées, dans les mots de Jordi : " Quand un projet démarre, il attire du monde mais par la suite, c’est très important de garder un dynamisme, de réinventer des choses nouvelles. Si on n’y arrive pas, la banque de temps continuera mais elle sera réduite à une sorte de club ".

Source : Le Ligueur (n°20, 21 mai 2003, p.5) ( voir http://www.liguedesfamilles.be) hebdomadaire familial


Cette article a été publié sur TRANSVERSEL il y a quatre ans ...Depuis nous sommes allés aux rencontres internationales des Banques du temps , début mars à ST Jacques de Compostelle, un article sera mis en ligne bientôt sur votre site préféré. La rédaction.

Merci à :Source : Le Ligueur (n°20, 21 mai 2003, p.5) ( voir http://www.liguedesfamilles.be) hebdomadaire familial article mis sur la liste sel-jeu-informations@yahoogroupes.fr


Commentaires

vendredi 24 octobre 2003 à 19h35

bonjour pourriez vous svp m’indiquer les adresses et heures auxquelles on peut vous contacter sur la region de Barcelone merci
bernadette.petillon@wanadoo.fr

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