TROCSEL : une idée formidable

by Marc Tagliaferi
mercredi 18 juin 2003
par Collectif TRANSVERSEL
popularité : 1%

La mondialisation libérale opère une marchandisation aveugle de tous les secteurs de la vie humaine. Elle génère une pauvreté de plus en plus insoutenable dans les pays pauvres et pour une part croissante de la population des pays riches. Elle détruit les liens sociaux non marchands, les rapports de solidarité, de don et d’échanges qui existaient autrefois dans les zones rurales : entr’aide pour rentrer les moissons, battre le blé, vendanger, refaire un toit, réparer des digues, lutter contre le feu, etc…quand il était important d’être nombreux pour aller vite.

Nous pensons qu’il est possible de reconstruire une économie en partie fondée sur des systèmes d’entr’aide non monétarisés.

L’Ile de la Réunion, où 10% de la population ne vit que des RMI ou autres aides minimales, est un territoire où un projet économique alternatif et solidaire serait particulièrement utile.

Utopie ? Et si on le faisait ?

Imaginons, cela existe déjà, un réseau d’échanges locaux hors monnaie. Imaginons que ce réseau prenne de l’ampleur, fédère toutes les associations loi de 1901, et offre à chaque individu la possibilité d’échanger sans argent, des services, des connaissances et des biens.

C’est l’idée développée ici : chacun a quelque chose à échanger !

TROCSEL, une jeune association à la Réunion

1.1 Buts actuels de TROCSEL :

Permettre des échanges non monétaires de services, de connaissances et d’objets

Constituer un réseau géographique de communication

Créer une dynamique de solidarité, d’amitié, d’entraide et de valorisation de la personne humaine

Traduire dans les faits l’égalité des êtres humains :

le principe fondateur : 1 grain de sel (gs) = 1minute de vie

le temps de chacun a la " même valeur ", quelque soit le revenu ou la qualification

1.2 Fonctionnement de TROC’SEL :

L’association TROCSEL existe à la Réunion depuis 1999. Pierre COUPIAC, membre d’Attac, en est le président depuis le 1/1/2000. Une AG est prévue le 3 Novembre à Bourg Murat.

Il y a environ 40 adhérents, 250gs en moyenne sont échangés par an et par participant, équivalents à 4heures à peine, ce qui est peu, la composition sociologique des adhérents est peu diversifiée, d’où beaucoup de redondances dans les offres et les demandes. la communication des offres et des demandes se fait exclusivement par le bulletin interne papier. le site web est embryonnaire. il n’y a pas de local. quelques rencontres annuelles sur le mode amical permettent des bourses d’échange.

1.3 Modalités pratiques actuelles de TROC’SEL :

1 cotisation de 50F/an (moins de 10€uros) par famille plus 30 gs Pierre tient les comptes, il préside et organise les rencontres. La plupart des membres du CA sont démissionnaires.

2. à la Réunion, des besoins vitaux :

il y a plus de 60.000 rmistes il y a près de 38% de chômeurs, mal indemnisés la croissance démographique est encore vive et le solde migratoire redevient positif, ce qui entraîne une persistance du chômage malgré une croissance économique importante beaucoup de personnes vivent de petits boulots aléatoires ….toutes raisons qui devraient entraîner naturellement plus de monde vers les associations oeuvrant dans le domaine de l’économie solidaire. Il existe d’ailleurs beaucoup d’associations de quartier , d’entraide ,etc...mais souvent d’une durée de vie limitée : le bénévolat, ça s’use !

et le fait d’être sans emploi ne signifie pas avoir du temps disponible pour des projets collectifs.

Premier constat : pour beaucoup , il faut choisir entre survivre et militer


Il existe des aides publiques multiples mais encore faut-il les demander, les obtenir, les conserver dans la durée, s’en servir. Certains " publics " bénéficiaires d’aides doivent fournir une contrepartie " ou une " participation ", qui semble faible au comptable qui la réclame et qui l’encaisse, mais qui peut poser un grave problème à l’individu ou au groupe qui doit la payer

Deuxième constat : le manque d’argent est parfois réellement une plaie !


Il y a, à la Réunion, des populations aisées et des gens généreux. Il y a probablement aussi une capacité de dons à mobiliser qui ne s’exprime pas, faute de pouvoir suivre de près l’utilisation des fonds. Enfin une partie notable des fonds recueillis ne s’investit pas à la Réunion.

Troisième constat : on manque d’argent mais on utilise pas

tout ce qui pourrait être disponible


La solidarité avec les pays voisins de l’Océan Indien est une idée assez bien partagée à la Réunion, mais elle a des limites dans son application malgré quelques tentatives d’associations ( aide humanitaire, ZOB, commerce équitable, etc...) ou publiques (politique régionale)

Quatrième constat : la Réunion a des choses à apprendre de ses voisins

et des choses à leur apporter


3- Problèmes rencontrés par les associations citoyennes non subventionnées :

manque de local manque de capacité de production de documents manque de capacité de gestion de communication électronique manque de relais de diffusion vers les membres cherté de l’utilisation de la poste difficulté à assurer la diffusion de tracts, de flyers, l’affichage diffusion trop lente des nouvelles technologies à cause des coûts d’accès et du manque de formation inégalité des " appels à contribution " : exemple les " artistes " se sentent " quémandés " au delà de leurs capacités contributives bénévoles disponibilité limitée des militants, pour des raisons personnelles ou économiques implication très faible de la majorité des adhérents qui n’assistent pas aux AG, peu aux actions et se limitent à une contribution financière annuelle gestion des adhérents lourde pour une structure bénévole au delà d’un certain nombre multiplication du nombre des associations ayant des domaines communs image extérieure des associations confuse difficulté de fonctionner en réseau problèmes financiers relation confuse à l’argent public, à la recherche de financement, aux donateurs qui se traduit souvent par un renoncement (on ne cherche pas un budget pour une action, on fait l’action en fonction du budget disponible !) on a quand même besoin des associations et beaucoup de gens veulent agir à travers elles le réseau associatif bénévole non subventionné va mal !

un projet : TROC SEL +,

pour développer un réseau alternatif et de solidarité à la Réunion

Proposition UN :

TROCSEL peut, en se développant, devenir un super outil au service des individus et des associations. Il faut, pour cela, parvenir à une certaine masse de participants.

TROC SEL doit avoir pour 1er objectif de fédérer le plus possible de bonnes volontés : individus et associations.

Proposition DEUX :

La philosophie du grain de sel permet d’échanger à une vaste échelle des services non monétarisés et quelques biens qui font l’objet parfois d’une transaction classique. L’efficacité du système suppose une information rapide et fiable sur tous les besoins et toutes les offres.

Proposition TROIS :

Les associations "TROC SELisées" pourront faire appel plus largement au savoir faire et au temps disponible de leurs adhérents : en effet, elles vont lever des contributions en gs, ce qui met tous les adhérents sur un pied d’égalité.

Les " acteurs" ou "militants " des associations vont bénéficier de capacités de troc compensant partiellement leurs besoins matériels ou augmentant leur capacité de don : les associations vont pouvoir reconnaître le travail des adhérents et ainsi mesurer réellement l’activité générée.

Du fait de la variété des activités possibles, chaque membre de TROCSEL devrait trouver le moyen de gagner des gs en se faisant plaisir par l’exercice d’une activité utile à un ou plusieurs autres membres (associations comprises). Ainsi, on dissocie l’apport que l’on fait à une association (par le biais des cotisations ou dons en gs) de la nature des activités de l’association (que d’autres peuvent exécuter s’ils sont plus efficaces en étant indemnisés en gs), ce qui permet à tout le monde de participer à sa manière.

Les associations peuvent décider de conserver une partie de bénévolat ,notamment pour les fonctions électives (en n’indemnisant par exemple qu’à 50% du temps des CA ou bureaux)

Proposition QUATRE :

Les associations vont pouvoir coopérer plus facilement, sur la base de leur propre capacité d’échange en gs. Des "associations de fait " ou "coordinations" ou "collectifs" pourront , sous la responsabilité de leurs membres disposer d’un compte chez TROCSEL, ce qui sera un facteur important de clarté

Proposition CINQ :

Le réseau d’information de TROCSEL servira à fédérer l’échange d’informations et de service entre les associations, notamment par le biais des bureaux et permanences répartis progressivement dans toute l’ile, en particulier grâce aux associations membres de TROCSEL.

PROPOSITION SIX :

Toute association qui adhère à TROCSEL grâce à une cotisation collective dégressive permet à tous ses membres de participer au SEL mais pas à la gestion de TROCSEL (cela nécessiterait une adhésion individuelle qui est un choix personnel). L’association s’occupe de diffuser les informations de TROCSEL à ses adhérents, par ses propres moyens ou prend en charge sa cote-part du fonctionnement d’un système commun.

PROPOSITION SEPT :

TROCSEL officialise la possibilité de réaliser certaines transactions en monnaie officielle sous certaines conditions qui sont :

les dons,

le fonctionnement d’un fonds de solidarité et d’entraide à la fois en gs et en euros,

la participation à des acquisitions collectives de biens et services visant à rendre possible une transaction en gs

l’échange pour les associations de leurs gs contre des euros et inversement

le respect de la clause 1gs = 1Minute de revenu

PROPOSITION HUIT :

les dons

actuellement les personnes qui sont assujetties à l’impôt sur le revenu ont une incitation fiscale à faire des dons à certaines associations déclarées d’intérêt public

rien n’existe pour ceux qui ne peuvent pas défiscaliser mais qui sont souvent très généreux relativement à leurs moyens, même très limités

il est donc proposé d’allouer une allocation en gs en contrepartie d’un don en euro fait à TROCSEL ou à l’un de ses adhérents agréés (calcul fait sur la partie restant à la charge du donateur après déduction fiscale éventuelle)

de même toute personne ayant fait un don à une association agréée par TROCSEL, pourra, dans la limite du montant annuel fixé par TROCSEL échanger une partie de son excédent de gs en euros, dans la limite du don net (avoir fiscal déduit)

Après agrément du bénéficiaire du don par TROCSEL (critères à fixer, comité d’éthique, etc...) le montant en euro de la transaction sera fixé comme suit :

1°) calcul de l’équivalent individuel du grain de sel (eigs) (ou familial ?) :

c’est le total des revenus annuels divisé par 1600h (par an soit 35 h/semaine) et divisé par 60 (minutes par heure). Ce total est connu par l’avis d’imposition (ou de non-imposition)

A noter qu’un mois est donc équivalent à 8.000 minutes.

2°) le montant de gs concerné par toute transaction contre euro pour cette personne est donc calculé en divisant le montant en euros par l’équivalent individuel du grain de sel :

montant en €

nombre de gs = ____________

eigs

Le système favorise ainsi les dons des faibles revenus monétaires en rétablissant l’égalité vis à vis du "taux d’effort individuel".

PROPOSITION NEUF : services communs à TROCSEL et aux associations membres :

les réveillons citoyens : 30 avril et 31 Octobre, veille du premier Mai et Veille du 1er Novembre, jours fériés républicains (mais aussi vieilles fêtes celtiques) qui sont des soirées festives, d’échange, de rencontre, pour organiser des AG, en mutualisant les services matériels (repas, coucher, garde des enfants, etc...). On pourrait y ajouter les deux autres soirées intermédiaires soit le 31 Juillet et le 31 Janvier (ou le week-end le plus proche)

la maison d’édition NEUF Editions à Nantes pour populariser au niveau européen l’action de TROCSEL par un petit livre auto-édité

PROPOSITION DIX :

Les comptes en gs doivent tendre régulièrement vers zéro.

A l’inverse de la monnaie officielle, le gs n’est destiné qu’à faciliter les échanges, pas à être un instrument de capitalisation !

Une cotisation annuelle sera prélevée au profit de TROCSEL avec une partie fixe et une partie fonction des recettes en gs de chaque adhérent, afin de financer l’administration de la société (indemnisation des comptables, système informatique, internet, information, organisation des soirées, etc....)

Les adhérents qui ne pourraient , de manière durable, consommer leurs grains de sel devront les utiliser pour financer le fonds de solidarité, si leur revenu monétaire dépasse deux fois le smic.

Ils peuvent différer cette opération s’ils acceptent de financer à leur risques et périls et sans intérêt des prêts de solidarité en gs.

PROPOSITION ONZE : Les investissements citoyens solidaires

Ceux qui investiront dans certains domaines agréés par TROCSEL pourront choisir de recevoir une partie de leur rémunération (au delà de l’inflation par exemple) sous forme de gs qui supportera la contribution proportionnelle.


Merci à Marc et à Pierre .... Retrouvez tout cela sur leur site...


Commentaires

Logo de Michel A
mardi 13 février 2007 à 18h16, par  Michel A

SEL ou TROC’SEL : c’est du pareil au même. Il semble qu’il faille attendre une crise économique majeure (comme en Argentine) pour que les SEL se développent. En France cela stagne, on ne peut pas dire que depuis 2000 les SEL se développent. De plus, on a vu en Argentine les limites du système d’échange local qui n’est pas sans défaut surtout lorsque le réseau s’étend, car les réseaux de troc multiréciproques ont été disqualifiés ou malmenés par des gens malhonnêtes qui ont su profiter des faiblesses du système. Personnellement, je reste sceptique après 9 ans de pratique. On n’est pas très motivés, on manque de maturité, on ne sait pas si on ferait mieux de déclarer l’association ou non. On n’a pas de gens très compétents pour représenter l’association et l’animer comme il faudrait.

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