De Friedman à Rosanvallon…

De l’utilité des économistes.
vendredi 28 novembre 2014
par Collectif TRANSVERSEL
popularité : 14%

Ils n’étudient pas seulement des statistiques justes pour faire des prévisions erronnées… les économistes peuvent alimenter des idées neuves et leurs textes conforter nos orientations alternatives.

Le capitalisme dévoyé

- Jadis, trois libertés fondaient l’idéal capitaliste de M. Friedman (1). Aujourd’hui, la vie sociale est gangrenée par le monopole spéculateur. Désormais, c’est dans les associations volontaires que P. Rosanvallon (2) situe la recherche obstinée d’une nouvelle "solidarité d’humanité".

Nous avançons que les groupes SEL, en France, initient un libertarisme économique original. L’écoocivisme, s’il parvient à se structurer, à s’organiser, en sera le prolongement indispensable.

La crise morale et politique s’étend, insidieuse. Tous pourris… résume la lucide et amère clairvoyance populaire. Elle se traduit par l’abstention électorale.

Les faux-remèdes politiques fleurissent sur un terreau de taxation. Un revenu universel d’existence ne serait que charité administrativement organisée. Une taxe dite Tobbin ne serait qu’une obole quasi-indolore versée par le capital errant pour prix du laisser-faire, du blanc-seing, concédé par le Politique à la Spéculation.

L’impossible solidarité est soumise au business. Les fonds éthiques, le bénévolat institutionnalisé et le charity-system bénéficient aux tutelles boursico-bancaires. Emmaüs se heurte à la grande distribution. Le Bio est sous contrôle. L’indispensable distribution des repas du cœur sélectionne et restreint le nombre de "bénéficiaires". Faites vos jeux, rien ne va plus.

Les libertés introuvables

.

Trois libertés (individuelle, économique, politique) préoccupaient, en 1963, M. Friedman. Il affirmait alors (1) …une société socialiste ne peut être démocratique si être démocratique c’est garantir la liberté individuelle. Il ajoutait Dans une société libre, le dispositif économique joue un double rôle. D’une part, la liberté économique est elle-même une composante de la liberté au sens large, si bien qu’elle est une fin en soi. D’autre part, la liberté économique est indispensable comme moyen d’obtenir la liberté politique.

- La liberté individuelle pour chaque humain, où qu’il se trouve, où qu’il aille, confirme la vocation à l’universalité de la prétention démocratique. Aussi longtemps que la liberté individuelle, y compris en matière économique, sera incomplète, la démocratie restera inachevée, donc faible.

- Liberté économique et liberté politique sont inter-dépendantes mais posent problème. M. Friedman doutait du mariage heureux entre capitalisme et liberté démocratique : …le capitalisme de concurrence est une condition de la liberté dans une société organisée grâce à l’échange volontaire…, mais il se peut …qu’à un régime économique fondamentalement capitaliste ne corresponde pas un régime politique de liberté… Depuis, le capitalisme de concurrence est devenu capitalisme de monopole.

- Les libertés capitalistes (entreprendre, contracter, investir…) sont vouées, de nos jours, à capter le profit exigé par la Spéculation anonyme pour être finalement ré-investi, via le F.M.I, dans une prise de contrôle des Etats-nations. Lorsqu’aucun administré ne pourra plus échapper à une soumission légalement imposée, la coercition du monopole économique sera devenue dictature politique. L’institution de l’OMC est une nouvelle étape de ce processus.

- Le monopole, (épineux problème) était localisé par M. Friedman, en 1963, dans l’armée ou dans l’Etat totalitaire moderne : …les problèmes peut-être les plus épineux sont posés par le monopole - qui paralyse la liberté en déniant aux individus la liberté de choisir -, et par les "effets de voisinage" sur les tierces parties… L’exigence de profit spéculateur est la quintessence du capitalisme de monopole.

- La loi et l’ordre étaient jadis partenaires du capitalisme de concurrence. M. Friedman recommandait de maintenir la loi et l’ordre si bien que la coercition physique exercée par un individu sur tel autre soit impossible et que les contrats volontairement passés soient respectés… Nos systèmes démocratiques ont été fondés sur ces exigences anciennes. La Spéculation, désormais, n’a que faire de la loi et de l’ordre. Hors-la-loi, mondialisée, elle gère, de crise en crise, toutes les ressources naturelles et l’activité humaine… ! Le Business anonyme règne, basé off-shore sous pavillon de complaisance, avec Violence, Spéculation et Corruption. Ce triste ensemble menace l’existence même du genre humain.

- Exigence solidaire. L’organisation associative prend corps social, chez P. Rosanvallon (2) lorsqu’il examine plutôt …les formes de la souveraineté du peuple que celui de son étendue. Une étude approfondie du domaine où elle s’applique devrait traiter des associations volontaires, des corps intermédiaires, de ce que l’on nomme, dans la sociologie politique américaine, le "capital social", c’est-à-dire la capacité d’action collective des citoyens… Ce serait donc au monde associatif d’initier l’alternative. Il serait désormais le refuge menacé de la part d’imagination éternellement en charge du devenir de l’humanité. L’Économie Solidaire s’immisce en politique. La solidarité, apanage naturel de l’économie, (le semeur, le boulanger, nous…) est dévoyée, contrainte, mais resurgit dans le capital social associatif, comme lave au volcan. En marge du monopole spéculateur, les Associations maintiennent vaille que vaille la solidarité dans l’activité. L’Économie Solidaire occupait, en France, un modeste strapontin ministériel. En réalité, l’entraide, cette menace pour le profit spéculateur, n’est légalement autorisée, en France, qu’en famille, ou entre paysans. Elle n’est judiciairement tolérée qu’entre amis de longue date… ! (3)

La thèse écoocivique est qu’il n’est plus possible de soutenir à la fois "la croissance" du profit spéculateur, la démocratie et l’exigence naturelle de solidarité. La solidarité d’humanité de P. Rosanvallon amorce …une réflexion sur ce que pourrait être une nouvelle conception de la démocratie, rompant avec les schémas du passé (et dépassés)

Nous retenons de cette analyse …"que la nation ouverte a un bel avenir, que la solidarité d’humanité qu’il préconise passe par une démocratisation institutionnalisée et progressive de la société mondiale"… Cette solidarité d’humanité fait appel à …des notions de démocratie industrielle - destinée à démocratiser l’univers autoritaire et hiérarchique du pouvoir économique et social - et des espoirs plus récents du socialisme autogestionnaire, - réaction contre la culture politique dominante

La culture politique dominante peut-elle évoluer ? Un large panel de totalitarismes corrompus dirige la plupart des pays de la planète tandis que nos systèmes démocratiques sont fondés sur d’anciennes bases aujourd’hui obsolètes depuis que le capitalisme de concurrence est devenu capitalisme de monopole. Un problème incontournable reste posé à toute conscience politique sincère : il concerne l’exigence de liberté économique. Non pas la liberté que revendiquent les possesseurs de capitaux et les décideurs mais celle dont devrait disposer chaque citoyen, chaque être humain disposé à agir pour survivre sans avoir à emprunter.

La liberté individuelle, démocratique, mondialisable, de M. Friedman, comme la démocratisation institutionnalisée et progressive de la solidarité d’humanité de P. Rosanvallon, éludent l’exigence de liberté économique, vecteur (fusée porteuse) de la liberté politique. La culture politique dominante est prisonnière ou complice de cette soumission au libéralisme boursico-bancaire.

Cette soumission semble politique ; elle est avant tout culturelle. Chacun d’entre nous, directement, peut donc changer de cap.

Un libertarisme monétaire original existe, sorte de refuge pour cette exigence de liberté économique citoyenne. Il inspire, depuis quelques années, l’émergence des LETS anglo-saxons, des SEL en France, d’Ithaca aux USA… L’Argentine confirme cette voie.. Dans cette "mouvance" pacifique et populaire, l’esprit associatif échappe aux contraintes du profit prioritaire. Les échanges y sont librement négociés en monnaies locales (clous, pavés, grains ou sourires…) sans agios et sans intérêts. Réseaux socio-économiques locaux, autonomes, les SEL suscitent et comptabilisent de libres échanges, des engagements de réciprocités transparentes. Citoyens, militants, les adhérents SEL gèrent à la fois compte en banque et compte en grains. Certains manifestent à Seattle, à Davos, à Nice ou Evian lors des grands-messes du pouvoir.

Mais, les SEL, combien de Divisions ? dirait M. Greenspan… Wall Street n’a pas à craindre ces groupes égocentrés bien incapables de revendication et d’actions concertées. Leur impact sociétal reste marginal.

Ils forment, au mieux, une mouvance-mère, nourricière, génitrice de fratries monétaires autonomes, de monnaies prolétaires autoprocrées. Entre Selistes consentants, le Lien et le Don sont le plus souvent monnaies courantes. Reste à tirer leçon de ces pratiques, à tracer une perspective idéologique pour une voie politique nouvelle ouverte aux gens de bonne volonté. Alors seraient possibles la mondialisation démocratique et la solidarité d’humanité sans avoir à affronter au préalable le monopole monétaire du libéralisme prédateur.

Une alternative économique, solidaire, doit être mise "sur le marché", face au monopole spéculateur… Symbolique, l’originalité des SEL ouvre la voie. Leur insoumission monétariste initie un processus opérationnel, volontariste, de ralliement associatif pour une tranquille reconquête de la …"liberté économique indispensable comme moyen d’obtenir la liberté politique"…

Un projet démocratique clair, fédérateur, devrait fonder une nouvelle intégrité politique, obtenir une forte contribution intellectuelle, opérationnelle et humaine du militantisme associatif, engager (et non pas mobiliser) le sponsoring civique capable d’assumer le nécessaire soutien financier, en monnaie officielle (ci-devant seule légale), sonnante et trébuchante.

A nouveaux droits, nouvelles lois. Le poids d’un tel élan associatif, relayé en politique, serait, chemin faisant, capable d’engendrer de nouvelles orientations institutionnelles et mener à une refondation républicaine sur un nouveau pacte constitutionnel. La restauration des trois libertés (individuelle, économique et politique) est à la clé. Pour transcender les cycles des temporalités plurielles, celles des pouvoirs judiciaires et législatifs, il lui faudra passer du stade des mécanismes de régulation à celui de la mise en institutions.

Le fait précède la loi. Pourquoi dépenser une inutile énergie à vouloir abattre ou juguler la forme spéculatrice, déjà obsolète, du capitalisme… ? Il ne s’agit que de délaisser (le moins progressivement possible) un monopole néfaste pour instaurer de manière volontariste et faire respecter légalement de nouveaux droits économiques universels, à savoir :

-la libre promotion de systèmes économiques différents et variés, -la libre création et l’autogestion de monnaies locales citoyennes, -la libre adhésion de tout individu, association, communauté, à l’organisation économique et monétaire de son choix.

Il ne faut pas être devin pour savoir que les obstacles monopolistiques seront nombreux, mais en toute bonne logique de libre concurrence, les meilleures options gagneront.

La spéculation mondialisée n’est pas une fatalité.

-Le libertarisme économique est digne d’un berceau français (Allons enfants…). Le peuple résistant, théoriquement souverain, est toujours le grand absent de la démocratie.

-La souveraineté populaire …"qui obsède la philosophie politique depuis la Révolution"… reste à vérifier, à édifier.

-Les résistances actuelles sont non-violentes, écologiques, spirituelles, à la différence des Résistances du passé. Elles peuvent désormais être conçues et vécues démocratiquement comme construction sociétale sans frontières (celle d’une Démocratie Solidaire Globale…) et comme construction de l’Histoire, cette vision collective forcément imaginaire, qui est le propre de l’espèce humaine. (4).

L’ensemble de ces considérations conforte le projet écoocivique.

- Références :

-(1) Capitalisme et Liberté de Milton Friedman, 1963 in Le Monde des Débats, dec. 2000, p. 23.

-(2) La démocratie inachevée de Pierre Rosanvallon, Gallimard 2000, ibid, p34.

-(3) Procès contre SEL PYRÉNÉEN. - (4) voir Ed. BOND, Le Monde Diplomatique, Janv 2001, p. 26/27.


1/8/03.a - 15/12/03.b

Contact-> bjp11@tiscali.fr

déplacé et mis en page le 3 aout 2004 par Collectif.


Commentaires

Logo de eriacta
samedi 16 novembre 2013 à 23h09, par  eriacta
mercredi 4 août 2004 à 08h16

Les SEL survivent
- Le selisme survivra aux SEL.
- La Solidarité Economique Locale est un levier.
- Le selisme est l’avant-garde du post capitalisme.

Lorsque les écologistes et les altermondialistes cesseront d’envoyer leurs militants à l’inutile casse-pipe antilibéral…
- lorsque les selistes inventeront un monde à leur mesure…
- … le système établi implosera.

Les temps changent. D’autres projets s’élaborent.
- Le selisme ouvre la voie à l’écoprojet sociétal
- Aux selistes d’y contribuer efficacement

JP.Barbez
http://www.societalism.org/tiki/tik...

Site web : ecoprojet sociétal

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