C’était en 1996…

Nouvelle pratique du troc en France : Les Systèmes d’Echanges Locaux
mardi 12 août 2003
popularité : 14%

Exalté par le LETS de Calderale et autres articles diffusés par François Terris, j’ai adressé ce texte à Canterate, en 1996. Aujourd’hui, l’exaltation tient toujours, à condition d’admettre qu’un "mouvement SEL" ne verra jamais le jour. À chaque seliste sa motivation. Beaucoup abandonnent mais, de près ou de loin, tous restent concernés par la suite à venir. L’écoocivisme veut contribuer à l’exprimer.

Quel avenir pour le mouvement Systèmes d’Echanges Locaux… ?

Le troc et le mouvement SEL dans l’environnement économique et social.

A l’inspiration des LETS, le projet mis en œuvre par le mouvement SEL en France, touche à la fois à l’organisation économique et sociale.

Les rapports humains dans la communauté nationale et les collectivités sont déjà organisés, structurés, régis par un système politique démocratique. Force est de constater que ce système, soumis à des facteurs mondiaux, laisse sur le bord de la route quantité de miséreux, de chômeurs, rejetés, exclus de la vie économique et sociale. Réduits à quémander l’assistanat humanitaire lorsque l’assistance sociale publique leur est refusée.

Le discours politique n’est plus porteur d’espérance. Les pratiques et les carrières politiques mènent trop souvent devant les tribunaux… faut-il pleurer, faut-il en rire ? ou essayer d’en sourire ? Faut-il se mobiliser et lutter ? Ce n’est pas la motivation des membres ni l’objet des SEL. Il est évident que ce qui fait marcher nos associations n’est en aucun cas l’esprit combattant quoique les valeurs de dévouement, de solidarité, ou de bravoure puissent aussi y être mises en œuvre.

Les adhérents, citoyens conscients et responsables, ancrés dans leur environnement, sont attachés aux principes et aux valeurs démocratiques. Leur motivation est plus certainement d’expérimenter une règle du jeu économique différente propice à l’intérêt de chacun des participants. L’adhésion est donc décision libre, loyale, de soutenir une forme nouvelle, pratiquement expérimentale, de rapports de solidarité économique et sociale. "SEL" pourrait aussi bien signifier Solidarités Economiques Locales… puisqu’il est organisé dans la proximité humaine du cadre de vie journalier. On n’y tend pas la main, on s’y donne la main.

Mais il nous faut rester lucide et bien savoir que toute organisation à caractère économique et social se trouve confrontée à des règlements et des prérogatives bien établies : administratives, financières, judiciaires, etc.… dont il faut courageusement et constamment tenir compte. C’est pourquoi nous tentons ici d’analyser l’environnement du mouvement SEL, en 1996. Cette situation, dans ce qu’elle a d’angoissant, semble être parmi les causes du développement rapide de notre mouvement. Nous souhaitons qu’au sein de chaque groupe SEL, les adhérents soucieux de l’aspect "politique" de l’avenir de notre projet, participent à cette réflexion et s’expriment sur ces sujets.

PREMIERE CONSTATATION : LE CAPITAL DICTE SA LOI.

Le système de propriété capitaliste a conquis le monopole de gestion des échanges économiques mondiaux. Sa règle inflexible impose le développement prioritaire du profit financier du capital. Sa survie génère de terribles crises succédant à des périodes de "reprise" : c’est la "roue carrée" que nous avons déjà évoquée. Le "bien-être" de l’espèce humaine et de son environnement sont critères secondaires.

Les pouvoirs politiques de tous les pays développés ont à leur charge d’assurer la survie des exclus du système… en taxant et en empruntant… le contribuable paiera les dettes sociales. Pour la première fois dans l’histoire de l’activité économique de l’humanité, un seul et même système, le système capitaliste (et sa monnaie-étalon, le dollar), va s’étendre, avec l’intégration prochaîne du marché chinois, à l’ensemble de la planète.

Le capitalisme s’épanouit dans la spéculation boursière où se réinvestissent les plus-values du capital obtenues par l’expansion du machinisme, la réduction de la part de main-d’œuvre, la conquète de monopoles. La dévotion due au "profit" est concélébrée par le système bancaire et les compagnies multinationales ; ensemble, ils exploitent à outrance les ressources naturelles, disséminent les déchets, soutiennent financièrement les carrières politiques, "cornaquent" les pouvoirs, corrompent les décideurs et les élus pour que se généralise et perdure cet ordre des choses ; ensemble, ils veillent à contrer toute initiative susceptible de réduire ce profit ou d’imposer un partage ; ils subjuguent les églises, alimentent et utilisent les mafias, suscitent les troubles et tirent bénéfices des conflits.

L’objet des SEL, est ni de contester ni de justifier cet état de choses ; il suffit de constater lucidement la suprématie et la globalité de de la puissance du dieu "profit".

SECONDE CONSTATATION : L’ECHEC DES UTOPIES.

Après beaucoup d’autres projets de société, et durant quelques décennies, l’alternative marxiste a tenté de contester l’organisation capitaliste de la société. Vinrent les désillusions et échec de l’expérience étatique communiste. Le manifeste fondateur du parti communiste était toutefois source de réflexion pour envisager l’évolution sociale planétaire. Revenons-y un instant. Marx, dans le projet communiste, donnait à "ceux qui produisent" (c’est à dire les prolétaires), la mission d’abolir la forme "bourgeoise" de propriété et de transformer le caractère social de celle-ci. Objectif : empêcher le travail de se transformer en capital, donc en puissance sociale susceptible d’être monopolisée. Le but annoncé n’a pu être atteint, même dans les pays socialistes.

Et l’on continue d’observer sur toute la planète le jeu des ambitions politiques, dans tous les régimes, démocratiques ou non ; les meneurs, leaders, dirigeants… pseudo révolutionnaires, intégristes, nationalistes… appellent partout au combat. Les trésors de guerre et les stocks d’armes se constituent et s’accumulent. Les promesses au nom desquelles nous sommes journellement conviés à nous mobiliser, à combattre telle "majorité", à dominer telle "opposition" sont de moins en moins crédibles et finalement, chacun, s’il le peut, prend position dans la course au profit.

Dans les démocraties comme ailleurs, l’immense corps des affamés, miséreux, demandeurs d’emploi, exclus, est condamné à "se débrouiller"… Dans le Tiers-monde, Moyen-Orient, Amérique Centrale et Amérique Latine, s’éternisent la misère, les guerres, les épidémies, les intégrismes…etc. Partout, les édiles alimentent en dollars leurs comptes en Suisse.

Ici encore, l’objet du projet SEL est ni de contester, ni de justifier ; constatons l’échec quasi-total du projet communiste l’enlisement des alternances socialistes démocratiques, la disparition des idéologies porteuses d’espoir social, et apparemment, plus la moindre utopie en perspective !…

LES ALTERNATIVES SE DEVELOPPENT.

Et pourtant… malgré l’absence de projets sociaux, politiques ou idéologiques crédibles, malgré les "lézardes" des démocraties, apparaîssent, comme en tâtonant, des pratiques étonnantes. Elles semblent être porteuses à la fois de valeurs humaines désintéressées et de dérives sectaires inquiétantes.

L’utilisation mondiale du réseau informatique Internet pour la diffusion et la circulation de l’information, le bénévolat et l’apparition d’Organismes Non-Gouvernementaux de lutte contre les fléaux mondiaux, l’arrêt des essais nucléaires et l’utilisation des forces militaires au profit du "maintien de la paix" sont plutôt de bons exemples.

Et enfin, le surprenant renouveau de la pratique du troc semble participer de la même démarche et concerne directement les associations SEL. Notre objet, ici encore, n’est pas d’en donner explication ou justification, mais constatons et observons son rapide développement en des zones très diverses de la planète.

UN ESPOIR : LE TROC NOUVEAU EST ARRIVE

Depuis quelques années apparaît un troc "nouveau" à côté de la survivance du troc traditionnel, complémentaire et non-antagoniste du monétarisme généralisé des échanges. Il reflète un état d’esprit en évolution chez les commerciaux, mais aussi chez les particuliers, producteurs-consommateurs de biens et de services, dans le contexte des crise économique réelle ou entretenue. Le troc "bartering" est-il réel facteur de développement économique dans le contexte capitaliste ? Le troc LETS et SEL est-il bouée de sauvetage, solution de survie, pratique-test efficace pour jauger la sincérité des acteurs de transactions économiques, établir de nouveaux rapports de confiance entre particuliers ?

Les associations locales SEL gèrent des relations claires d’échanges non-monétaires, dans une réciprocité confiante qui a déserté nombre d’associations. (voir… l’ARC). Les adhérents se cotoient loyalement, "à condition de réciprocité", s’y engagent pour promouvoir le mieux-être individuel et collectif en des pratiques rigoureuses dans leur simplicité apparente. S’y rencontrent les militants écœurés par les magouilles politico-financières, et encore celles et ceux qui n’ont pas renoncé à un projet écologique simplement humain pour la planète de nos petits-enfants.

Ne s’agirait-il pourtant, en faisant un détour par le troc, de vouloir abolir la forme "bourgeoise" de propriété ? de transformer le caractère social de celle-ci ? de tenter d’empêcher le travail de se transformer en capital, en puissance sociale susceptible d’être monopolisée ?…

Même si le troc peut, en principe, y contribuer, celà semble être le dernier des soucis des participants aux "foires SEL" où s’échangent bijoux artisanaux contre cochonailles garanties fabriquées à la maison sans colorant. Ces mêmes SEL proposent à ceux qui ont pu ou su s’intégrer au système, ouvriers, employés, cadres, intellectuels… ainsi qu’aux plus démunis, descendants des prolétaires marxistes, col bleus et cols blancs, aux damnés de la terre, aux laboureurs de la mer, de jouer différemment une partie du temps que nous avons à passer ensemble, "ici-bas".

Cette nouveauté extraordinaire attire de plus en plus nos incontournables médias… capitalistes (dont les enquêteurs sincères-sympas sont toujours bien accueillis dans les SEL). C’est nouveau, croient-ils, ça devrait donc se vendre bien.

LE TROC EST MEDIATIQUE.

En France, dans le courant de l’année 1993, la journaliste Anne FIESS assure la conception et la parution d’une rubrique consacrée au troc dans un cahier mensuel de la revue "ACTUEL". Les annonceurs étaient tenus de soigner la rédaction des textes et d’assurer la réciprocité des offres et demandes dans les échanges proposés.

Cette première tentative laborieuse fut suivie par celle du quotidien "Le JOUR", disparu depuis. Une rubrique "troc" suscite une cinquantaine de lettres quotidiennes et concerne surtout le petit électro-ménager et les services. Les participants semblent motivés par le souci d’éviter les "gâchis", de ne pas jeter des objets "en double", ou démodés mais encore en état de servir.

Cette tendance est ensuite confirmée par les lecteurs du journal TROC TOUT, lancé en mars 1994, par un journaliste qui réalisait là un vieux rêve. Consacrée exclusivement au troc, cette publication fut un véritable succés de curiosité pour ses premiers numéros, mais a du cesser sa parution pour une durée non déterminée. TROC TOUT a permis de cibler un lectorat composé de collectionneurs, de propriétaires de choses "invendables", et aussi de personnes démunies proposant, en hiver surtout, des échanges de services contre nourriture ou vêtements.

La télévision a offert une émission hebdomadaire (troc-moi-tout, chaîne 3) assez marginale par rapport à la masse des programmes diffusés. Depuis peu, de nombreux reportages sur le mouvement SEL se succèdent sur les diverses chaînes, dans nos quotidiens et revues. Alors, le troc… nouvelle règle du jeu ou vrai projet social ?

LE TROC… PROJET SOCIAL ?

Le troc n’est pas, en lui même, un projet politique et social capable d’affronter les machineries capitalistiques ou autres… Il pourrait-être tout au plus un lieu de résistance, (de Résistance pour les plus anciens d’entre nous). De brillants intellectuels médiatiques y verront le laboratoire où se prépare l’émergence d’un futur planétaire différent, composante de ce 21ème siècle mystique annonçé par l’un de leurs célèbres prédécesseurs.. Celles et ceux qui ont encore foi en la sagesse humaine, et pas deux pieds dans le même sabot ont -nous le croyons- initié l’action, entre-eux, doucement, gentiment,… et nous invitent à les rejoindre.

Et là, il suffit de pousser l’analyse pour comprendre que l’humanité, menée par son instinct de survie, expérimente enfin la mise en œuvre d’un véritable changement de civilisation.

L’HUMANITE, DE CIVILISATION EN CIVILISATION …

Les civilisations sont les chapitres de l’histoire de l’humanité. Leur succession raconte l’évolution des sociétés, des croyances, des arts, des techniques et des relations humaines. Chaque civilisation a puisé une énergie collective dans la volonté de s’étendre à une zone géographique de plus en plus large, jusqu’à ce que la civilisation vieillissante soit supplantée par une autre organisation sociale, de nouvelles techniques et une évolution culturelle venues d’autres régions de la planète. Chaque nouveau projet, importé par les armes, devait obtenir la soumission puis l’adhésion de plusieurs générations d’individus.

Pour naître et s’implanter, se développer et durer, un projet de civilisation doit, au minimum, répondre à trois conditions fondamentales pour satisfaire l’intime conviction des individus et la conscience collective des communautés.
- Première condition - Assurer la survie individuelle immédiate. Assurer la possibilité d’acquérir un savoir et d’exercer une activité qui en soit la garantie.
- Deuxième condition - Offrir la possibilité de s’élever dans la hiérarchie sociale. Que ce soit par le travail ou la mise en valeur de dons personnels, artistiques, techniques scientifiques, ou encore par l’exercice de responsabilités, même si cette ascension sociale est en même temps une voie d’accès aux pouvoirs.
- Troisième condition - Offrir la meilleure alternative de "mieux-être" pour les générations futures. Même si les conditions présentes sont difficiles, l’espérance collective, mystique, de progression vers le bonheur sous-tend tout projet "gagnant" de nouvelle civilisation.

Et inversement, lorsque ces conditions ne sont plus satisfaites, une autre civilisation peut apparaître, DOIT apparaître- pour dominer, balayer ou remplacer la précédente.

UNE CIVILISATION MALADE, EN SURSIS,…

Pour la première fois de notre histoire une civilisation - la civilisation industrielle - s’est étendue à l’ensemble de la planète. Le système capitaliste qui lui est associé a monopolisé la gestion de la richesse et des échanges du monde entier. La civilisation industrielle, comme toutes les précédentes, poursuit sa volonté d’expansion. Elle a exploré le sous-sol, le fond des océans, occupé le champ orbital de la planète, posé l’homme sur la lune… Elle expédie ses vaisseaux vers de plus lointaines planètes, elle poursuit sa prospection par les ondes, utilise microscopes et télescopes pour élargir ses champs d’action.

La civilisation industrielle remplissait les trois conditions fondatrices, sorte de contrat moral à présent rompu et cause du désarroi des individus et des communautés humaines de la planète.
- Première condition : La civilisation industrielle offrait une foule d’emplois nouveaux nécessaires au remplacement des emplois agricoles.
- Seconde condition : La civilisation industrielle offrait la réussite sociale à tout être "entrepreneur" et non plus seulement aux Maîtres, propriétaires du sol.
- Troisième condition : La civilisation industrielle offrait une perspective de production massive de biens de consommation, leur distribution rapide à des prix accessibles à tous, l’espoir de bonne utilisation finale des sciences et des techniques malgré leurs applications guerrières. Elle autorisait les libertés de pensée, de culte, et les pratiques démocratiques.

Ces options fondamentales ont été dévoyées, oubliées ou rejetées par le système de gestion capitaliste. La civilisation industrielle est assignée, avant toute autre considération, à produire du "profit financier". La civilisation industrielle est parvenue à son apogée. Vieillie, elle génère en ce moment plus d’inconvénients, de nuisances, d’exclusion, de désespoir… que de raisons d’espérer, d’attirer et de retenir la confiance nécessaire à sa survie. La civilisation industrielle, puissante et efficace, à son apogée, est pourtant affaiblie. Elle est secouée par les luttes internes ; luttes acharnées entre les différentes composantes légales ou illégales, connues ou occultes, industrielles ou commerciales, financières ou politiques, culturelles ou soi-disant "sociales" ; toutes sont créées, organisées et dirigées en vue de la course - prioritaire ou exclusive - au profit financier.

Dès lors, il est aisé de prévoir que les dynasties, les états-nations, les compagnies multinationales, les monopoles de production, les églises transformées en sectes, les sectes nouvelles et anciennes, les intégrismes, les mafias, les sociétés occultes, les partis politiques… etc, de par leurs luttes intestines, contribueront à sa disparition. Tous sont maintenant soumis aux règles non-écrites d’un jeu visant à un seul but : le profit financier et le profit du profit. Les armées, les milices, les hommes de main à la solde de ces différents pouvoirs continueront de s’affronter tant que des armes seront en vente. Tous seront attentifs à localiser, à soudoyer, à écraser les alternatives ne relevant pas de la même règle du jeu. Mais ils ne pourront empècher l’implosion de ce système. La civilisation industrielle souffrante de ces maux internes, sera de plus en plus affaiblie par la désaffection des individus, mais blessée, ses réactions seront de plus en plus à craindre.

Aux révoltés et allergiques, s’ajouteront, de plus en plus nombreux, ceux qui se trouveront écartés de la "course au profit et au profit du profit…" qu’ils avaient entreprise. Autre désaffection déja sensible, celle des jeunes. Ils observent chez les personnes agées, l’énorme disparité des retraites, après une longue carrière et l’adhésion au contexte "industrie / capital / profit". Pour les jeunes, la perspective d’une vie professionnelle emplie d’incertitudes, amputée de l’espoir d’une fin de vie tranquille pour eux-mêmes et d’un mieux-être pour leur descendance est proprement insupportable.

La civilisation "Industrie / Capital / Profit" survivra tant qu’elle aura la possibilité de créer du profit par l’exploitation de la matière première, de la production agricole et industrielle, l’exploitation des vices humains, de la crédulité, de la cupidité, de l’agressivité. Cette analyse pourrait aisément conforter le bien-fondé de la proposition alternative porteuse d’espoir que présente le mouvement SEL. Dans le même temps, elle doit inciter à la plus grande circonspection dans nos relations avec cet environnement.

QUE PRESERVER DU NAUFRAGE… ?

La civilisation industrielle, liée dorénavant à son système de gestion capitaliste, poursuivra jusqu’à son extinction l’implacable "course au profit" qui reste sa seule justification. La civilisation "Industrie / Capital / Profit" est gangrénée par la concurrence permanente que se livrent les différentes branches, organisations mondialistes occultes et anonymes. Chacune s’appuie sur une forme particulière de pouvoir : économique, financier, politique, culturel, intégriste, terroriste, mafieux… Les autres formes d’idéologie, de déontologie, de moralité susceptibles de contrebalancer ou de contrecarrer ces agissements sont impitoyablement soumises, dévoyées par corruption, ou éliminées, détruites. Ultime "raison d’état" justifiant tout cela : le "profit".

La civilisation "Industrie / Capital / Profit" a remplacé "l’utilisation" des richesses naturelles, de l’intelligence, de l’art et du travail humain par leur "exploitation" systématique.

La civilisation "Industrie / Capital / Profit" ne propose plus d’assurer à chaque individu, en échange de son travail, de sa science, de son art, la sécurité monétaire élémentaire nécessaire à sa propre survie, ou, à défaut, la solidarité nécessaire au sein de la collectivité. Elle exige "le profit" avant tout.

La civilisation "Industrie / Capital / Profit" propose à l’individu une association temporaire, provisoire, pour collaborer au seul but de générer un profit maximum. Dès que la performance diminue ou peut être obtenue par un autre moyen, le contrat cesse… le "profit" avant tout. L’individu, après avoir tenté le remède "lutte des classes", est réduit à l’alternative soumission ou exclusion. Devenu "money-positif" par contagion ou de façon héréditaire, l’individu, se soumet… !

La course au profit financier, véritable SIDA de la civilisation industrielle relève, somme toute, d’une sorte de justice immanente qui est le châtiment de la rupture du contrat moral initial. Serait-ce l’imminence de la véritable justice divine, jusqu’alors promise par les tenants du système pour rendre "supportable" le plus longtemps possible l’état actuel des choses, ici-bas, en attendant des jours meilleurs… dans un autre monde ! Cette civilisation et son système de gestion sont obsolètes et caducs. Ils ne vont pas disparaître magiquement du jour au lendemain, mais vont être remplacés par l’émergence de nouveaux projets. Les peuples vivent dès à présent dans cette attente et le mouvement SEL en est une nette préfiguration. Pour la première fois dans l’histoire, une civilisation ne sera pas "attaquée" par une civilisation différente "venue d’ailleurs". Pour la première fois elle sera supplantée par des projets en gestation en son sein et qui répondront aux trois conditions fondatrices.

Ici commence l’aventure à laquelle chacun peut et doit participer s’il n’est pas égoïstement attaché à maintenir des privilèges obtenus par la course au profit financier. Le droit de s’enrichir à tout prix, sous prétexte d’assurer la survie de la descendance, va disparaître, car ce concept égoïste a mené à l’impasse que nous connaissons avec des risques pour l’humanité toute entière.

Il faut avoir à l’esprit les trois conditions fondatrices pour déceler les vrais changement de société à venir et orienter nos actions individuelles. Intellectuels, penseurs, sociologues, futurologues vont jouer un rôle important dans ce changement, soit pour le supporter, soit pour le freiner ou le combattre. Chacun doit se préparer à sauver du naufage le patrimoine matériel, les valeurs conquises et accumulées par l’humanité depuis l’aube des temps. La démocratie est l’une de ces valeurs élémentaires car elle est la base morale sur laquelle repose, pour chaque citoyen, la liberté de pensée et d’opinion nécessaires pour contribuer au processus de changement de civilisation.

Cette prochaîne civilisation mondiale, pour la première fois, ne se développera plus sur des objectifs "quantitatifs", mais sur des propositions "qualitatives". Les espaces restant à conquérir sont ceux de la prise de conscience et du libre arbitre individuels, de la sauvegarde et de la protection de tous les patrimoines, de l’organisation de l’accès de chacun au "bien-être" collectif. Le projet SEL véritable alternative économique, expérience réelle d’autogestion, ouvre la voie.

CIVILISATION ALTERNATIVE OU VIRTUELLE ?

Les exclus du système "Industrie / Capital / Profit", les victimes de ses méfaits, expérimentent déjà les "formules de remplacement" d’où le profit financier est à priori exclus. Ce sont le bénévolat, le troc, les organisations humanitaires… Cette évolution fait appel à des valeurs morales ou spirituelles fortes, telles que la solidarité, la tolérance, le civisme, l’écologie…

De nouveaux types de relations supra-nationales semblent se développer. L’utilisation des troupes armées par l’ONU à des fins de retour à la paix est dans son principe un indice de cette évolution. Ces interventions sont en réalité limitées par la soumission de ces troupes aux pouvoirs politiques. Ces pouvoirs étant eux-même engagés dans le maintien d’une course au profit financier, ces opérations sont dévoyées vers ce même but… vente d’armes, contrôle des réseaux commerciaux, conquète de marchés de travaux…etc. Les interventions anti-mafia ou anti-drogue de troupes nationales se heurtent aux mêmes limitations, mais au fond, la tendance vers une évolution est perceptible.

Ce changement a été perçu par les milieux financiers, et nous avons déja parlé du troc-bartering qu’ils développent. Autre indice : en France, les produits "FCP" (fonds communs de partage) attirent l’épargne dont une partie du profit est consacrée à la solidarité, à la générosité sous forme de dons à des associations chargées de la répartir. Mais là encore, les mêmes gérants anonymes orientent toute la chaîne financière ne renoncent jamais à leur pouvoir de décision et à leur part de profit !…

Une alternative de civilisation se mettra progressivement en place et supplantera la précédente lorsqu’à travers le monde une majorité d’individus adhèrera personnellement à un projet nouveau, différent, qui doit maintenant s’exprimer, s’exposer. Par l’exercice des droits démocratiques, seront alors portés aux pouvoirs les représentants élus qui feront évoluer les systèmes économiques et sociaux.

Les tenants de la civilisation en place ont à leur disposition les trois composantes du pouvoir, c’est à dire la richesse, la force et le savoir. Pour obtenir l’accès aux pouvoirs, le savoir a désormais le rôle prépondérant. L’informatique et les techniques de transmission de l’information à la surface du globe, de plus en plus accessibles permettent dès maintenant l’accès au savoir. Et le partage du savoir est chose naturelle.

Ces techniques véhiculent les idées et un projet cohérent tel que celui des SEL, pour une réelle alternative de civilisation, trouvera nécessairement les échos favorables. Mais nous devons toujours être conscients qu’il ne faudra jamais compter pour cela sur un soutien réel des pouvoirs en place !… Nous pourrons obtenir des soutiens limités, ou de façade, exeptionnellement, peut-être des soutiens confidentiels, ou qui seront assortis de contreparties inacceptables pour le mouvement SEL.

Le véritable développement alternatif passe par l’adhésion et la coopération des individus aux systèmes parallèles de type SEL. Et encore se souvenir que d’autres tentatives initiales (radios-libres par exemple !) sont récupérées au fur et à mesure de leur apparition par le système dominant. En terme de "marketing", le besoin, la demande existent, la technique, le produit existent… reste à assurer la diffusion du projet SEL adéquat à cette situation.

Ce projet alternatif de civilisation a maintenant ses meilleures chances de voir le jour, et même le "grand jour". Le temps est venu pour les tenants des "savoir-faire" de reprendre la prévalence sur les tenants du "savoir faire-faire et en tirer profit"… !.

Le temps est venu de réparer l’énorme gachis sur lequel survit la vieille civilisation, de sauver ce qui peut encore l’être des patrimoines naturels et culturels de l’humanité. Ces travaux, par définition, ne peuvent "globalement" générer de "profit". Ils ne peuvent être entrepris et poursuivis que par une civilisation dédiée à l’art de vivre. A chacun-e d’en décider. Choisir les SEL est la plus innovante façon personnelle d’entrer dans ce qui est un nouveau jeu de société dont les règles sont discrètement en train de s’écrire.

Les SEL organisent dans un esprit ludique, pacifique, tolérant, un réseau de plus en plus étendu de solidarité, d’entr’aide sous réserve de réciprocité, entre individus volontaires… Les SEL respectent et sauvegardent tous les patrimoines, procurent la fierté de vivre et d’agir "humainement"… Les SEL remplacent, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la lutte pour la survie par la mise en œuvre d’un "art de vivre" dans la solidarité entre volontaires participants …

UN AUTRE JEU DE SOCIETE

Les SEL proposent la mise en œuvre d’un nouvel "art de vivre" envisagé comme participation à un "jeu de société" nouveau, différent. Le but de ce jeu est de contribuer à l’épanouissement d’une nouvelle civilisation de " l’art de vivre ". Ce postulat relève de l’acte de foi et du projet politique mis en œuvre,defaçonréaliste et pragmatique, dans les relation économiques instaurées entre les participants. Le but sera approché après probablement une ou deux générations, suivant la sincèrité, l’intelligence et l’ardeur des volontaires qui s’y consacreront.

La règle - fort simple - de ce jeu propose à chacun d’infléchir, d’adapter sa propre façon d’être en fonction du but à atteindre. L’art de vivre "global" commence par un art de vivre individuel, et la prise de conscience des obstacles à surmonter. Les règles impératives du profit et du gâchis régissent encore pour quelque temps nos sociétés !… chaque volontaire doit nécessairement envisager, pour lui-même, les mesures à prendre pour se dissocier de cet état de choses.

L’organisation SEL propose les espaces de liberté indispensables pour dégager les individus et les communautés des innombrables dépendances imposées par le système dominant. Dans ce jeu, l’acquisition de la "non-dépendance" découle de la "non-soumission". La non-soumission implique à son tour la "non-domination" et la "non-violence".

Non-dépendance / non-soumission, non-domination / non-violence, impliquent entr’aide et solidarité organisée et gérée à l’intérieur de chaque SEL. Ces mêmes rapports de non-dépendance / non-soumission, non-domination / non-violence, pourront s’étendre aux communautés, lorsque les représentants de l’organisation SEL (ou d’autres mouvements similaires qui ne manqueront pas d’éclore) y seront en majorité "démocratique". Cette étape sera le passage à un nouvel état des relations sociales au sein de l’humanité.

Il n’est pas irréaliste d’imaginer d’ores et déja le post-capitalisme, la post-démocratie et l’avènement d’une Multicratie globale que le mouvement SEL et d’autres contribueront à inventer. Auparavant, il est nécessaire d’affirmer que les devoirs de non-dépendance/non-soumission, de non-domination/non-violence que s’imposent les volontaires participant au sein des SEL à cette entreprise, fondent leur droit à se déclarer en état virtuel de légitime défense.

Légitime défense partout où les responsables "aux affaires" et au pouvoir ne peuvent empêcher les conflits, l’exclusion, les pollutions, la misère de mettre en péril la santé, l’existence même des individus, celle des êtres vivants et de l’environnement naturel nécessaires à la survie sur la planète. Cet état de légitime défense justifie dès à présent l’organisation d’une solidarité humanitaire de survie dans le prolongement de l’activité SEL. Cette règle du jeu est la seule sur laquelle il soit possible de fonder de nouveaux rapports entre les individus et les peuples, face à la dégradation de la situation sur notre petite planète.

JEU OU STRATEGIE… ?

Ce jeu n’est pas et ne doit pas devenir un jeu de stratégie. Pas de "conquètes", pas de "mobilisation", pas de "luttes" pour ou contre ceci ou cela… ces mots peuvent être définitivement exclus du langage des participants aux activités SEL.

Pas de stratégie, puisque ce jeu ne nécessite pas de ruse, pas de mensonge, pas de dissimulation !… et pas de trésor de guerre. La Nature et les Patrimoines préservés deviennent le Trésor de Paix des SEL.

Pas d’organisation " partisane " avec réunions de cellules, meetings, cotisations, fédérations, carte d’adhésion… Pas de primaires, pas de délégués, pas de slogans !… Pas de "mot d’ordre" ni d’affichage !… Pas de Président d’honneur, de Secrétaire général, de permanents, de signe distinctif, d’apartheid.

Les SEL présentent un jeu de construction… il n’y est pas question de prendre d’assaut, de brûler ou d’écraser la vieille société. Cette civilisation est encore notre maison avec tout ce qu’elle contient. Elle va d’elle même vers son évolution au fur et à mesure de la désaffection des gens sensés et des luttes internes. Jeu de construction SEL : bâtir, agrandir, embellir la demeure neuve du " Savoir-faire / patrimoine / art de vivre ".

Ce projet sera dédaigneusement qualifié d’utopiste par ceux qui au nom de "l’ordre établi" continueront de défendre leurs privilèges dans la course aux profits " à tout prix ". La mise en œuvre en est cependant commencée, … écologistes, humanistes, futurologues, sociologues et scientifiques, inquiets de nos erreurs et de notre devenir, en ont déja exprimé les fondements. L’immense majorité silencieuse ne pouvait, ou ne savait comment s’exprimer et agir. Les SEL ouvrent la voie.

Le monde a l’œil fixé sur la France, tant est grande et évidente sa vocation et sa capacité à mettre en œuvre, à concrétiser, à organiser ce qui n’est, ailleurs, qu’idées diffuses et expériences éparses.


1996/a - 7/8/03/b
- contact-> bjp11@tiscali.fr


Commentaires

Brèves

19 juin - DEMAIN...Le Plan ESSE

Le plan ESSE, un dispositif à hauteur des enjeux écologiques et humanitaires. A retrouver sur le (...)

13 octobre 2008 - Les enfants difficiles : comment leur venir en aide par l’échange d’unités

Non-respect des limites, opposition systématique, agressivité... certains enfants sont enfermés (...)

9 octobre 2006 - Un mois, un million d’euros pour sauver un des derniers journaux un peu libre...

Un mois, un million d’euros Depuis plusieurs mois, Politis travaillait à un plan de reprise. (...)