Vouloir le pouvoir

dimanche 10 août 2003
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L’écoocivisme, comme tout projet de société, n’échappera pas au questionnement touchant à la conquète et à l’exercice du pouvoir. Reste à trouver une manière originale de s’organiser, de se conforter et de "donner pouvoir" aux femmes et aux hommes réellement porteurs de valeurs alternatives.

VOULOIR LE POUVOIR…

…depuis leur apparition les groupes SEL ont vigoureusement choisi d’éluder la question, en interne grâce à l’atomisation de la mouvance et en externe, par le profil bas maintenu vis à vis de l’autorité administrative et fiscale. L’écoocivisme doit trouver une manière originale de s’organiser, de se conforter et de "donner pouvoir" aux femmes et aux hommes réellement porteurs de valeurs alternatives.

CONSIDÉRATIONS PRELIMINAIRES

Le pouvoir n’est qu’une composante de la vie en société, mais c’est une composante essentielle.

La qualité de vie dépend forcément de la qualité de celles et de ceux qui accédent au pouvoir et de l’usage qu’ils en font.
- La conquète du pouvoir est une sorte de péché originel source de toutes les vilennies auxquelles sont confrontées les sociétés humaines. L’argument restera irréfutable aussi longtemps que l’on fera de la lutte un préalable.
- L’alternative à la lutte pour la conquète du pouvoir est -théoriquement- le consensus démocratique permettant de confier l’exercice du pouvoir aux meilleurs ; mais ce jeu-là est perverti : désormais, c’est la richesse qui est le principal facteur d’accès "aux affaires".

Pour être "moral", le pouvoir doit, en principe, être employé à servir le bien-être de qui le délègue, c’est-à-dire, en démocratie, le peuple. Puisque la richesse est aujourd’hui indispensable pour accéder au pouvoir, la même logique veut qu’il soit désormais employé au profit des tenants de la richesse.

L’écoocivisme se doit d’intégrer au plus tôt cette problématique dans le développent des échanges économiques solidaires comptabilisés en minimisant le recours au système monétaire courant. Jusqu’à présent, à chaque tentative de cet ordre, l’accusation d’illégalité est tombée. Aux tenants des pouvoirs publics s’allient administrations, services fiscaux, compagnies d’assurances, employeurs et médias, chacun voulant dicter la "normalité" à laquelle l’activité économique doit, de leur point de vue, se plier. Cette démarche est corollaire de la part de pouvoir que chacun d’eux incarne ou s’attribue.

L’écoocivisme doit prendre en compte cette évidence dans sa réflexion pour élaborer, proposer et expérimenter en interne des règles d’organisation préfigurant l’évolution souhaitable de la règlementation. Et prévoir que cette confrontation permanente, prévisible, provoquera les suites judiciaires nécessaires à l’établissement d’une jurisprudence favorable à l’écoocivisme. Ce parcours du plaideur sera nécessaire pour officialiser l’accès de représentants écoocivistes aux instances de décision. Et enfin, leur accès "aux pouvoirs" permettra d’installer et de conforter durablement le projet écoocivique dans une "normalité" rénovée.

Une dernière hypothèse hasardeuse reste à envisager qui verrait l’accession au pouvoir, ici ou là, d’une force politique existante se réclamant du projet écoocivique ou encore la conversion idéologique soudaine d’un régime établi aux préceptes écoociviques… ! Je laisse cette improbable éventualité à votre pouvoir… de réflexion.

LES COMPOSANTES DU POUVOIR

Le pouvoir, en lui-même ni bon ni mauvais.

Le pouvoir est un aspect inévitable de l’organisation des relations humaines dans la vie en communauté, en collectivité, en société. Une fois rappelée cette notion fondamentale, tentons de voir "comment ça marche", le pouvoir, pour alimenter notre réflexion écoocivique.

Le pouvoir repose sur des composantes qui agissent comme des leviers. Les trois composantes essentielles du pouvoir dans sa forme récente, sont la force -disons plutôt la violence-, la richesse et enfin le savoir, mais l’importance relative de ces composantes fluctue et évolue rapidement.
- La violence assure la conquète et la soumission au pouvoir, mais le SAVOIR est nécessaire désormais, à l’utilisation efficace de la violence.
- La richesse achète l’exécution des basses œuvres et assure le prestige du pouvoir, mais le SAVOIR, ici encore, est indispensable à la création de la richesse.
- Le SAVOIR, qui n’était pas forcément indispensable à la manifestation du pouvoir, en est devenu la composante essentielle.

MONDIALISATION DES POUVOIRS

La fin du vingtième siècle est bouleversée par la mondialisation.

Information, politique, économie, mais aussi les fléaux épidémiques, les maladies, la pollution, la drogue et les famines atteignent toutes les populations et vrillent la conscience mondiale. C’est bien aussi à l’échelle de la planète qu’il nous faut réfléchir à la nature des pouvoirs.
- Pouvoir des Etats.
- Réciprocité entre confiance et autorité.
- Assise démocratique des pouvoirs.
- Pouvoirs anonymes.
- Pouvoirs occultes… etc.

LE POUVOIR DES ETATS

Les Ètats sont - au moins en théorie - les tenants du pouvoir dans une aire géographique définie par des frontières.

Les États utilisent la violence, la richesse et le savoir pour exercer leur pouvoir. Le pouvoir des Ètats-nation repose en principe sur un contrat "moral" passé entre le peuple et ceux qui ont pour fonction de le diriger. Dans la forme "démocratique", l’emploi de ces pouvoirs est règlementé, les abus restent limités, sous peine de sanctions judiciaires, ou par crainte du verdict électoral. Mais les Etats démocratiques sont minoritaires sur la planète et la plupart génèrent ou tolèrent nombre d’abus.
- Les États utilisent la violence par la gestion de l’armée, de la police, de la justice, la production et le commerce des armements… etc… ;
- ils utilisent la richesse par la gestion de la monnaie, de l’impôt, des ressources naturelles, de la règlementation commerciale, etc… ;
- enfin, ils utilisent le savoir par la gestion du renseignement, de l’information, de la diplomatie, de la recherche, de l’enseignement,… etc…

Depuis la fin du siècle dernier le pouvoir des États s’amenuise.

Des groupes humains, indépendants supplantent le pouvoir des Etats et instaurent de super-puissances à l’échelle de la planète. Le pouvoir des États-nation est battu en brèche et subjugué par les pouvoirs mondialistes, supra-nationaux et anonymes. Sous leur pression, les pouvoirs nationaux deviennent i-né-luc-ta-ble-ment excessifs, injustes et amoraux.

LES POUVOIRS ANONYMES

Les pouvoirs mondialistes, anonymes et occultes utilisent la violence, la richesse, le savoir.
- ils gèrent les trafics d’armes, l’intègrisme, le terrorisme… etc… ;
- ils disposent d’immenses richesses et gèrent de méga-sociétés financières, commerciales, industrielles, de services,
- nécessairement, ils collectent le savoir, filtrent et orientent à leur profit la diffusion de l’information, de la formation, de l’éducation et de la culture.

L’organisation incontrôlable des pouvoirs anonymes noyaute, suborne et utilise à son profit, le pouvoir des Etats par des moyens directs ou indirects.
- L’influence directe concerne les pots de vin, fausses factures, fraudes, financement de campagne électorale, compte bancaire secret, attribution de marchés, de travaux, nomination à des postes honorifiques ou protégés etc…
- L’action indirecte concerne mille manœuvres sur les cours financiers, les approvisionnements, les lobbies, le choix d’implantations industrielles, les agissements intègristes ou mafieux, les conflits sociaux, la culture, l’information, etc…

ACCÉDER AU POUVOIR

Comme nos conditions de vie sont liées à l’environnement naturel, notre qualité de vie dépend de la nature du ou des "pouvoirs" auxquels nous sommes soumis ou confrontés.

La pratique juste et morale du pouvoir exige une vision politique indissociable des pratiques économiques solidaires.

Aux arguments "pragmatiques", l’écoocivisme doit ajouter l’exposé d’une rigueur "idéologique" spécifique pour préciser sa vision originale de la pratique juste et morale du pouvoir. Et il restera enfin à récuser toute tentative d’embrigadement ou de dévoiement de la dynamique et du mouvement écoocivique. Car ces tentatives auront lieu.

L’heure est à la plus totale méfiance envers celles et ceux qui emploient le verbe "enrôler". Ils tenteront immanquablement d’utiliser l’écoocivisme pour satisfaire leur propre soif de pouvoir. Un mouvement insuffisamment charpenté attirerait nécessairement les aventuriers impatients et les spécialistes des prises de pouvoir à la hussarde.

Porter au pouvoir des représentants rompus aux pratiques courantes des groupes écoociviques, voilà qui est digne de susciter et de guider les destins individuels de volontaires vers la carrière politique jusqu’à générer une nouvelle race (non-raciste) de dirigeants.

L’objectif paraît lointain et incertain, mais nous persistons à croire que les grandes choses sont encore et toujours faisables au nom d’espérances démesurées.


27/08/03/a - 12/12/03/b

contact-> bjp11@tiscali.fr


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