Le LETS de CALDERDALE

samedi 16 août 2003
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Copie intégrale d’un texte diffusé début 1996 par le SEL PYRÉNÉEN / Canterate / 09600 MONTBEL pour susciter le lancement des SEL en France. - Traduction de "The LETS Info Pack" (1994 ) - LETS LINK U.K - 61 Woodcock Road, Warminster Wilts BA12 9HD - Traduction : F. DESPAX

De LETS à SEL - TEXTE DE RÉFÉRENCE

ROLE DU SECTEUR INFORMEL DANS LA REHABILITATION DES ZONES PERIPHERIQUES : EVALUATION DES LETS - LOCAL EXCHANGE TRADING SYSTEMS

Le LETS de CALDERDALE - WEST YORKSHIRE - ANGLETERRE

D’après l’étude de Monsieur Colin C. WILLIAMS, de l’Université de LEEDS, présentée à l’université de Glasgow (Ecosse), les 17/19 août 1994.

RÉSUMÉ

Dans la situation actuelle (taux de chômage élévé et persistant, crainte de voir réduire les dépenses du secteur social conventionnel) il est indispensable de trouver des solutions nouvelles au problème du chômage ainsi qu’aux problèmes d’exclusion et de pauvreté qui en découlent, particulièrement dans les régions périphériques. On a présenté le secteur non-conventionnel comme un moyen potentiellement capable d’améliorer les conditions de vie des chômeurs dans ces régions. Cependant la recherche laisse à penser que les exclus de l’emploi ne peuvent pas utiliser ce secteur non-conventionnel pour remédier à leur situation. C’est pourquoi cette étude évalue les implications pour les chômeurs d’une formalisation du travail "hors-normes" utilisant les systèmes LETS. En se basant sur une étude du système LETS de CALDERDALE (West Yorkshire) cet article révèle qu’en réalité LETS aide les pauvres et les sans-emplois à pallier à leur exclusion sociale, leur pauvreté, et leur incapacité à s’introduire dans une activité productive ; ce même article propose des idées sur la manière d’étendre le rôle de LETS en amenant des modifications dans l’environnement interne et externe où LETS évolue.

INTRODUCTION

Les objectifs et les méthodes de fonctionnement de LETS ont été décrits auparavant.

Cet encouragement à l’échange est un phénomène récent. L’idée fut lancée pour la première fois au début des années 80 par un Canadien qui créa un réseau en COLOMBIE BRITANNIQUE. Puis elle atteignit le Royaume-Uni en 1985 ; en 1986 ce même Canadien présenta un article à "L’autre Sommet Economique", forum de réflexion pour des gens à la recherche d’une alternative ou d’un système différent, qui se réunit pendant le G7. Par la suite cette idée fut prônée et développée dans ce pays et ailleurs aussi, principalement par ceux qui recherchaient un système différent. Leur journal "NEW ECONOMIES" définit ainsi l’économie nouvelle : ses objectifs sont : "procurer une justice économique, la satisfaction des besoins humains, le bien-être des hommes et de la terre ; un travail satisfaisant et démocratique ; la confiance en soi et la liberté de choisir ; l’encouragement aux activités économiques non-conventionnelles ; le respect des habitants, de la terre dans le présent et l’avenir".

Afin d’éviter toute confusion il est nécessaire de définir les relations entre l’activité économique conduite par les LETS et les autres secteurs conventionnels ou non. Le secteur ordinaire est celui de l’emploi rétribué en monnaie et déclaré à l’ETAT qui le soumet aux impôts, à la Sécurité Sociale, et à la législation du travail. Dans le système LETS il n’y a pas de rétribution en monnaie nationale, on paie en fournissant à d’autres membres un service équivalent au travail que l’on a demandé pour soi-même.

Par ailleurs, il existe une activité économique informelle, soit clandestine, soit ignorée par l’Etat, qui échappe au fisc et reste en marge de la Sécurité Sociale et de la législation du travail. Cette activité peut être rétribuée ou pas. Payé en monnaie nationale, un tel travail est dissimulé à l’Etat mais absolument légal à tout autre égard. Le travail non-rétribué est de trois types :
- le travail domestique, non payé, mené au sein d’une famille,
- le travail mené au sein d’une communauté, dont le champ dépasse celui de la famille,
- le travail bénévole, toujours impayé, mais n’entraînant pas de réciprocité et généralement effectué dans le cadre d’une organisation d’entraide.

Dans le système LETS, le travail n’est pas du type "rétribué mais non déclaré" parce qu’il n’y a aucune intention de dissimuler ce "revenu" à l’Etat et parce qu’il est normalement déclaré. Ce n’est pas non plus un bénévolat puisqu’il y a obligation de réciprocité. On peut rapprocher ce travail du type "travail de communauté" mais la différence essentielle est que l’obligation de réciprocité reste généralement implicite dans une communauté alors que dans un réseau LETS elle est comptabilisée, et donc régularisée. De plus, l’échange ne se fait pas nécessairement entre deux membres seulement mais peut bénéficier à une tierce personne ; il s’agit d’échanges multi-latéraux. Ce travail est régularisé non par l’Etat, mais par les membres eux-mêmes.

Ceci étant entendu, pour apprécier la nécessité d’une solution au problème du chômage que pourrait apporter un secteur non-conventionnel comme LETS, il importe d’abord d’analyser les difficultés contenues dans les solutions du secteur conventionnel.

PROBLEMES DECOULANT DES SOLUTIONS PROPOSEES PAR LE SECTEUR CONVENTIONNEL

Le plus souvent, les solutions proposées au problème du chômage ramène au secteur conventionnel et au retour à l’économie de plein-emploi : ce peut être une politique de partage du travail ou de création d’emplois dirigée par l’Etat, ou une approche dominée par le marché qui, lui, favorise une plus grande flexibilité et une réduction du coût du travail. A défaut, l’objectif est souvent de procurer un "parapluie", c’est à dire l’accès pour les exclus du marché du travail aux avantages de l’Etat Providence. Telle est la dynamique de la politique sociale et économique de la GRANDE-BRETAGNE actuelle, et plus généralement de l’UNION EUROPEENNE ; mais le "hic" est que le chômage reste à un taux très élevé, et qu’il semble subsister un danger constant de voir réduire les dépenses du domaine social.

Persistance du chômage : comme le signifiait PAHL en 1984, le plein emploi n’exista qu’une trentaine d’années après la seconde guerre mondiale et dans quelques pays industrialisés seulement. Même à cette époque (voir tableau n° 1) le plein emploi n’existait que pour les hommes, mais pas pour les femmes. En 1961, 98% des hommes en âge de travailler (en G.B) avait un emploi, contre 51% des femmes. Donc, en pleine moitié du soi-disant "âge d’or", 76% seulement de la population en âge de travailler avait un emploi. Dès 1992 ce chiffre était tombé à 72%, révélant la proportion grandissante de gens exclus du marché du travail. De plus, 75% des hommes avaient un emploi mais chez les femmes le taux arrivait à 69%. Ce n’est peut-être pas une simple coïncidence si le problème du "plein-emploi" n’a surgi qu’à l’arrivée du chômage masculin et le changement de la proportion hommes/femmes dans le secteur conventionnel. Quoi qu’on en pense, le chômage reste important et la proportion d’exclus du travail est en augmentation. Il est peu probable que la situation change. Les chiffres concernant l’emploi et le chômage cachent l’importance du sous-emploi qui va grandissant à mesure que les emplois permanents à plein-temps sont remplacés régulièrement par des emplois temporaires et à temps partiels. La question suivante est de savoir si le secteur conventionnel fournit en permanence une couverture sociale suffisante pour protéger ceux qui ne travaillent pas ou sont sous-employés.

TABLEAU N°1
- EMPLOI ET POPULATION 1951 - 1992 - PERSONNES AYANT UN EMPLOI

-  % de la population totale :
- 1961:47% - 1971:44% - 1981:44% - 1992:44%

-  % de la population en âge de travailler :
- 1961:76% - 1971:75% - 1981:74% - 1992:72%

-  % des hommes en âge de travailler :
- 1961:98% - 1971:91% - 1981:85% - 1992:75%

-  % des femmes en âge de travailler :
- 1961:51% - 1971:56% - 1981:62% - 1992:69%

- (sources : Employment gazette 1994 - Historical supplement Régional trends 1994,1993, 1983 - Abstract and Annual Stastistics, 1954, 1973, 1993).

LA COUVERTURE SOCIALE

Suivant une intégration plus étroite à l’Union Européenne, toute discussion concernant la réduction des dépenses sociales en Grande-Bretagne doit être prise au niveau de l’Union Européenne. Dans quelle mesure l’Union Européenne peut-elle garantir un renforcement de la couverture sociale ? Ou bien, la tendance est-elle à l’opposé ? Pour comprendre ceci, les problèmes nés de l’application d’une charte sociale de l’Union Européenne exigent une brève analyse.

Dès le début des discussions sur une charte sociale, le débat superficiel concernant les droits des citoyens se transforma rapidement en discussion sur les droits des travailleurs. Donc, depuis le début, les droits des travailleurs, dans le dialogue, étaient placés avant les droits du citoyen. Néammoins, même cette tentative de déterminer une politique sociale commune basée sur les droits des travailleurs fût un échec partiel. La tentative d’inclure les principes de la Charte Sociale dans le Traité de Maastricht (1991) se heurta à l’opposition de la Grande-Bretagne qui décréta que même un traité des droits des travailleurs était une politique coûteuse. Malgré cette opposition, les onze persistèrent dans leur programme social commun bien qu’ils n’aient pas pu négliger la présence de la Grande-Bretagne attardée sur la frange de l’Europe sociale. La résistance de la Grande-Bretagne à une politique sociale commune de l’Union Européenne a donc forcé les onze à agir ensemble pour maintenir les dépenses sociales à leur niveau.

Mêmes conséquences découlant de la concurrence née du coût des salaires dans les pays extérieurs à l’Union Européenne tels que ceux su Sud-Est Asiatique, d’Europe Centrale et d’Europe de l’Est. En tant que bloc commercial, l’Union Européenne doit affronter la concurrence d’autres blocs et ainsi ne peut prendre le risque de faire croître les coûts de production en instituant une couverture sociale lourde pour l’Etat. Il existe aussi une tension entre les Etats membres concernant les dépenses de l’Etat et la politique de l’emploi ainsi que la politique sociale. Des nations comme la France et l’Allemagne sont prêtes à investir dans la formation et la couverture sociale par exemple, parce qu’elles désirent ou possèdent déjà le statut de pays à haute technologie et au coût de travail élevé. D’autres, comme la Grande Bretagne, cherchent à faire baisser le coût du travail chez elles, afin d’attirer les investissements dans les industries à succursales de niveau plus bas, politique qu’elles ont mené avec grand succès. D’autres nations encore comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne, n’ont pas les moyens de donner une telle couverture sociale sans l’aide des états membres riches,… chose improbable. Par conséquent, malgré de nombreuses discussions concernant l’Europe sociale, il sera très difficile dans un proche avenir et même au-delà, d’augmenter ou de maintenir à leur niveau actuel les dépenses sociales du secteur conventionnel.

D’où la nécessité de chercher d’autres moyens de répondre aux besoins des chômeurs et des populations marginalisées, besoins matériels et besoin d’avoir une place dans la société et une activité reconnue.

LE SECTEUR INFORMEL, OUTIL DE RÉGÉNÉRESCENCE : EST-IL UN PALLIATIF AU CHOMAGE ?

La période actuelle, marquée par un chômage élevé et prolongé, a connu des campagnes de presse et des concerts d’indignation publique concernant des fraudes fructueuses commises par les "profiteurs de l’aide sociale". De plus, les politiciens désireux de réduire les dépenses de sécurité sociale n’ont pas fait grand-chose pour évaluer le bien-fondé de ces accusations. Au contraire, les soupçons créés par la presse ont été souvent exploités pour légitimer les réductions de la couverture sociale des chômeurs, et pour augmenter les dépenses découlant de l’institution du système.

Pour savoir si les chômeurs utilisent ou non un emploi informel, avec ou sans rétribution pour se tirer d’affaire, la seule source de renseignements est l’ensemble des preuves fournies par des études locales isolées menées dans toute l’Union Européenne sur le secteur non-conventionnel, à des moments et à des lieux différents. Dans l’ensemble, ces études montrent que, non seulement les gens reletivement aisés font plus de travail informel que les populations pauvres, mais encore que les chômeurs ont peu souvent recours à ce genre de travail, comparé aux détenteurs d’emploi. En Grande-Bretagne, les études ont démontré à plusieurs reprises que les détenteurs d’emploi effectuent plus de travail informel (travail domestique, bénévolat, travail clandestin rétribué) que les chômeurs. Des découvertes semblables ont été faites dans toute l’Union Européenne. Aux Pays-Bas, une étude portant sur six localités a montré que le recours au travail informel était inversement proportionnel au taux de chômage. En France, des études portant sur les zones à taux de chômage élévé d’Orly-Choisy et Lille révèlent que les chômeurs ne peuvent éviter la pauvreté au moyen du travail informel. En contraste net, des études portant sur des zones de France plus prospères indiquent une activité du secteur informel, surtout parmi les populations nanties et exemptes de chômage. De telles révélations se retrouvent dans les études empiriques menées en Allemagne et en Italie.

En fait, ce n’est pas seulement la quantité mais aussi la qualité du travail informel qui varie. Les détenteurs d’emploi font un travail informel autonome, non routinier et gratifiant dans une plus forte proportion que les chômeurs dont les tâches informelles sont monotones et ennuyeuses. De même, le travail de ce type est mieux rétribué et plus autonome s’il est conduit par un détenteur d’emploi.

Il y a plusieurs raisons à celà :
- l’isolement consécutif à la perte de l’emploi fait que le chômeur a moins de chance d’entendre parler d’un travail ou d’une possibilité d’aide.
- le chômeur n’a pas assez d’argent pour acheter les matériaux nécessaires à une production
- le chômeur manque souvent de qualification
- la peur d’être dénoncé

LETS PEUT AIDER A RESOUDRE LES PROBLEMES DU CHOMAGE

LETS peut aider les chômeurs à surmonter les obstacles qui les empêchent de s’engager dans la voie du travail informel : il faut examiner séparément chacun de ces obstacles.

D’abord l’isolement : le chômeur voit ses contacts sociaux se réduire et reçoit moins d’informations sur les possibilités de travailler et d’être aidé ; en outre, il est de plus en plus évident que les chômeurs ont tendance à rester entre eux, ce qui accentue leur isolement. Cependant, en théorie, LETS pourrait réduire cet isolement en apportant aux chômeurs une possibilité de diversifier et de multiplier leurs contacts. Ces réseaux peuvent aussi redonner aux chômeurs quelque estime de soi en leur permettant de participer à une tâche et prouver leur valeur à travers leur activité économique.

Un autre obstacle : les chômeurs manquent d’argent pour s’équiper. LETS pourrait mettre fin à cette restriction. Ceux qui peuvent acheter leur matériel en argent national ont la possibilité de se lancer dans les échanges et ainsi acquérir ou emprunter ce qu’il leur faut auprès d’entreprises conventionnelles ou d’un particulier. Le principe de la transaction est que l’on doit s’endetter pour que le système soit lancé, et donc entreprendre ensuite une activité pour établir l’équilibre du budget. Ainsi, manquer d’argent pour acheter du matériel n’est pas un obstacle à l’activité. LETS permet au chômeur d’accéder au crédit, aide qui lui est généralement refusée, sauf par des prêteurs illégaux.

L’intérêt de LETS, donc, réside dans sa capacité théorique à attaquer directement tous les obstacles qui empêchent la participation des chômeurs au travail informel. Ceci veut-il dire que dans la pratique LETS fonctionne en permettant aux chômeurs de remédier en partie à leur pauvreté, leur exclusion sociale, et leur incapacité à travailler ? C’est ce que nous allons voir.

ETUDE DU RESEAU LETS DE CANDERDALE

Malheureusement il a été publié très peu de recherches détaillées au Royaume-Uni sur ce qui caractérise les participants au système LETS, sur la nature et l’importance du travail qu’ils entreprennent. Les seuls renseignements couramment disponibles concernent quelques réseaux hollandais des années 80, souvent situés dans les régions relativement prospères ; les participants étaient assez souvent des "cols-blancs" munis de qualifications, ce qui donne à penser que le système fonctionnait comme un "hobby" pour classes moyennes plutôt que comme un moyen de faire mieux vivre les pauvres et les chômeurs. Est-ce le cas au Royaume-Uni ? C’est ce que nous verrons en examinant un réseau de moyenne importance en fonctionnement : le réseau LETS de CALDERDALE dans le West Yorkshire.

Région de 363 km2, population de 193 900 habitants dont la majorité se concentre dans les centres urbains comme HALIFAX et BRIGHTHOUSE, au fond des vallées de trois rivières. Les deux tiers de la région sont à plus de 240 m d’altitude formant une "terre-haute" à population clairsemée ; plus de la moitié de la région est désignée sous l’appellation de "ceinture verte". En janvier 1994, 8400 personnes étaient recensées officiellement comme sans-emploi (6,3% de la population active, contre 8% sur le plan national). Parmi ces personnes, 33,9% sont chômeurs de longue durée contre 37,4% sur le plan national. La région de Calderdale a donc un taux de chômage et un chômage de longue durée inférieurs à la moyenne nationale. Le réseau LETS de Calderdale, comme bien d’autres au Royaume-Uni se situe donc dans une zone où le chômage se situe au dessous de la moyenne.

LA PARTICIPATION

En octobre 1994 un questionnaire fut envoyé par la poste aux 120 membres de LETS ; 46 personnes répondirent (taux de réponse 38%) parmi lesquelles 10 (22%) étaient au chômage, 6 autres personnes (13%) étaient retraitées ou faisaient des études. A première vue, il semble donc que les non-chômeurs participent plus facilement ausystème que les autres. Néammoins, le nombre de chômeurs présents dans le LETS de Calderdale dépend beaucoup de la façon dont "le chômage" est défini et estimé : le problème est que de nombreuses personnes, définissant leur profession comme un "travail indépendant", reçevaient des allocations et figuraient comme "chômeurs" aux yeux de l’Etat. Ce qui ne signifie pas que les chômeurs pratiquaient largement le travail informel rétribué, mais révèle que de nombreux membres de LETS refusent de se définir d’après les statuts de l’emploi, idée reflétée par des réponses au questionnaire. Par exemple, beaucoup se déclaraient astrologue, masseuses et physiothérapistes indépendants.

Devant ce genre de difficultés, pour déterminer si ce sont les pauvres ou les classes moyennes relativement aisées qui s’engagent dans les réseaux LETS, il faut examiner le revenu annuel (avant taxation) des participants. Le tableau n°2 montre clairement que la participation est le fait des relativement pauvres. En 1992, dans le Comté du Yorkshire et Humberside, seulement 15,7% des foyers avaient un revenu hebdomadaire brut inférieur à 125 livres (1000 francs). Cependant, en 1994, 50% des membres du réseau LETS de Calderdale avaient un revenu inférieur à 96 livres (768 francs) c’est à dire 5000 livres par an (40 000 francs). De plus, trois personnes seulement (6,5%) vivent dans un foyer dont le revenu annuel dépasse 20 000 livres (160 000 francs) alors que dans les Contés de Yorkshire et Humberside près d’un foyer sur trois (37,2%) dispose d’un revenu annuel brut supérieur à 19 500 livres (156 000 francs). Il y a peu de différence entre hommes et femmes en ce qui concerne les revenu.

Par conséquent, les participants au réseau LETS de Calderdale semblent, en grande majotité, appartenir aux groupes locaux à revenus modestes alors que les gens à revenus aisés sont peu représentés. Dans une certaine mesure, ceci vient combattre cette idée répandue dans le public ; LETS est fait pour les classes moyennes.

TABLEAU N°2

TOTAL DES REVENUS (AVANT TAXES) DES MEMBRES DU LETS DE CALDERDALE. en % des répondants

- inférieur à 4999 livres
- tous:50,0 % - hommes:56,2 % - femmes:46,7 % - non:23

- de 5000 à 9999 livres
- tous:10,9 % - hommes:0,0 % - femmes:16,7 % - non:5

- de 10000 à 19999 livres
- tous:32,6 % - hommes:37,5 % - femmes:30,0 % - non:15

- de 20000 à 29999 livres
- tous:6,5 % - hommes:6,2 % - femmes:6,7 % - non:3

- plus de 30000 livres : 0,0

MOTIVATIONS DES ADHERENTS

Le tableau n°3 montre que l’on adhère pas à LETS pour des raisons seulement économiques. Il y a deux types d’adhérent : d’une part des travailleurs indépendants qui s’enrôlent pour élargir leur champ d’action (électricien indépendant par exemple) ; pour ces adhérents LETS représente un moyen supplémentaire de développer leur artisanat et leur "revenu" ; d’autre part, des gens relativement pauvres déclarent avoir adhéré pour des raisons purement "économiques" ; "je suis au chômage", "je suis pensionné avec juste le nécessaire", "ceci m’est une aide considérable" (femme pensionnée) ou encore "ne pourrait pas payer en argent" (homme avec un emploi). Pour ce groupe, LETS représente une stratégie personnelle de survie.

TABLEAU N°3

RAISONS PRINCIPALES DE LA PARTICIPATION AU LETS DE CALDERDALE.

- Raison Purement économique
- Nombre : 8 - en % des réponses :17,3

- Raison Economique et sociale
- Nombre : 10 - en % des réponses :21,7

- Raison Economique et capacité d’échange
- Nombre : 11 - en % des réponses :23,9

- Raison Economique et idéologique
- Nombre : 11 - en % des réponses :23,9

- Raison Non économique Nombre : 6 - en % des réponses :13,1

Cependant, dans leur grande majorité, les participants combinent des motivations économiques avec d’autres objectifs : idéologiques, désir d’utiliser ses compétences, de manipuler ses relations sociales. En fait il est très peu de réponses qui ne mentionnent pas de raisons économiques (13,1%). Par exemple, voici ce que répond une adhérente dont les motivations sont à la fois économiques et idéologiques : "je n’ai pas d’argent. J’adhère et participe à un système d’échanges qui n’a pas recours à l’argent" (étudiante). De plus, ceux qui ont adhéré pour des raisons économiques et pour rechercher la compétence ont eu souvent le sentiment que LETS les aiderait à trouver des gens du métier qui exécuteraient certains travaux qui autrement ne seraient jamais faits. Voici une réponse typique : "pour faire exécuter chez moi des travaux d’entretien et d’amélioration, (électricité, menuiserie) que je ne pourrais pas payer, et par des gens de confiance" (femme au chômage). Ce type de réponse est en majorité donné par des femmes, femmes seules par exemple : elles désireraient quelqu’un de sérieux pour des travaux d’entretien et d’amélioration, et voyaient dans les LETS un moyen d’entrer en contact avec ceux qu’elles recherchaient. Une telle motivation est à la fois économique et sociale. Economique parce que ces personnes ne veulent pas être exploitées à leur insu, et sociale, parce qu’elles ne veulent pas introduire chez elles des personnes en qui elles n’ont pas confiance. Il y a eu également des réponses qui fournissaient plus explicitement des raisons à la fois économiques et sociales : "j’ai adhéré parce que j’ai des moyens financiers limités et parce que les gens qui adhérent sont certainement intéressants à connaître" (enseignante au chômage).

Etant donné la présence largement majoritaire des chômeurs dans le réseau LETS, et les raisons largement économiques pour leur engagement, nous allons maintenant vois si LETS vient gommer ou renforcer les inégalités que supportent les chômeurs dans les secteurs conventionnels ou non-conventionnels de l’économie.

LETS VIENT-IL GOMMER OU RENFORCER LES DISPARITES SOCIALES ?

La question est celle de la segmentation du marché du travail : existe-t-il dans le réseau LETS un "noyau" de travailleurs dont la compétence et la contribution sont largement recherchées (souvent au prix fort) et des travailleurs "périphériques"" dont la compétence et l’offre soient moins prisées ? Et, comme sur le marché du travail officiel, y a-t-il des travailleurs qui restent en marge du marché du travail LETS parce qu’ils ont peu ou ne sont jamais demandés ?

Le tableau n°4 révèle que détenteurs d’emploi et chômeurs ont des chances égales de vendre des biens et des services. En conséquence, on peut penser à première vue que LETS n’opère aucun changement sur les inégalités existant entre détenteurs d’emploi et chômeurs. Toutefois, le tableau n°5 résulte d’un examen de la qualité et du montant des biens et des services vendus ; ce tableau montre que les détenteurs d’emploi proposent et vendent un choix plus vaste de biens et de services, mais, que, par contre, les chômeurs vendent plus souvent, donc réussissent mieux à négocier leurs biens et services. En ce sens, LETS semble aider utilement les chômeurs à s’engager dans une activité productrive, à restaurer leur propre estime et à jouer un rôle dans la communauté, ce que ne peut faire aucun revenu de substitution versé par le système de couverture sociale.

Toutefois afin que LETS agisse avec plus d’efficacité pour améliorer les conditions de vie des chômeurs, il est indispensable d’opérer certaines modifications dans son fonctionnement.

TABLEAU N°4

MARCHANDISES ET SERVICES ECHANGES PAR CHOMEURS ET NON-CHOMEURS.

-  % de qui vend des biens et des services :
- Chômeurs : 75,0 - Non-chômeurs : 72,4

-  % de qui ne vend rien :
- Chômeurs : 25,0 - Non-chômeurs : 27,6

- soit au total :
- Chômeurs : 16 - Non-chômeurs : 29

TABLEAU N°5

- MARCHANDISES ET SERVICES ECHANGÉS
- COMPARAISON ENTRE CHOMEURS ET NON-CHOMEURS
- (chômeurs : nb:16 - non-chômeurs : nb:29)
- Moyenne des offres : chômeurs : 4,25 - non-chômeurs : 4,76
- Moyenne des ventes : chômeurs : 2,06 - non-chômeurs : 2,41
- Moyenne Nb de ventes : chômeurs : 6,69 - non-chômeurs : 5,34
- Prix total : chômeurs : 26,84 - non-chômeurs : 47,84
- Prix moyen : chômeurs : 4,01 - non-chômeurs : 8,95

IMPLICATIONS SUR LA POLITIQUE

CHANGEMENTS INTERNES NECESSAIRES.

Tout d’abord peu de réseaux LETS ont une importance suffisante pour fournir un choix exhaustif de biens et de services dont les chômeurs auraient besoin pour résoudre leurs problèmes. Par exemple, le volume annuel moyen des transactions pour chaque membre est de 53 unités à Diss, 53 à Nottingham, 125 à Bristol, et 202 à Tradelink ; dans le réseau Calderdale, le rendement annuel est l’équivalent de 4780 livres (38240 FF) et pour chaque membre, les transactions représentent en moyenne 40 livres (320 FF) par an.

Néammoins, ce réseau de portée moyenne, ne fut créé qu’en 1993 ; au contraire il semble que le volume total des transactions par membre augmente avec l’âge et le nombre de participants des réseaux LETS. Donc, tant que LETS ne se développe pas, les chômeurs n’y trouveront pas l’occasion d’y satisfaire, dans une proportion importante, leurs besoins et leurs aspirations. Les chômeurs du réseau Calderale, nous l’avons déjà dit, ont gagné l’an passé l’équivalent d’un peu plus de 0,5% de leur revenu annuel total. Dans une certaine mesure, le réseau LETS de Manchester semble décidé à être le premier à savoir si LETS peut améliorer la vie des chômeurs, une fois atteinte "la masse optima". Avec l’appui des autorités locales un effort est en cours pour créer un réseau à vaste échelle avec une participation massive. En ce moment 500 personnes se sont inscrites. Même si cette dimension optima est atteinte, toutefois, d’autres changements seront nécessaires pour parvenir à aider les chômeurs.

TABLEAU N°6

COMPARAISON DES VALEURS DES ECHANGES SUIVANT LE REVENU.

- revenu < 4999 livres
- Services vendus (taux horaires) 3,43
- Marchandises : vente/location (prix moyen) 7,28

- revenu de 5000 à 9999
- Services vendus (taux horaires) 5,25
- Marchandises : vente/location (prix moyen) 28,67

- revenu de10000 à 19999
- Services vendus (taux horaires) 4,30
- Marchandises : vente/location (prix moyen) 16,22

- revenu de 20000 à 29999
- Services vendus (taux horaires) néant
- Marchandises : vente/location (prix moyen) 14,00

- revenu > 30000  : néant

En faits, LETS doit s’introduire non seulement dans les zones d’aisance relative et parmi les populations comparativement prospères, mais aussi dans les zones périphériques plus pauvres. Bien qu’aucune enquête détaillée n’ait encore été menée sur la distribution géographique des réseaux, il semble que de nombreux réseaux, surtout parmi ceux qui ont des projets étendus, s’enracinent dans des populations relativement aisées. Par exemple, en Ecosse, quatre réseaux sur onzesetrouvent dans des zones où les gens doivent faire de longs trajets pour aller travailler, et où les taux de chômage sont plus élevés que la moyenne en Ecosse. En fait, en Angleterre, les projets les plus développés se situent là où l’on ne parle pas de taux élevé de pauvreté et de chômage. LETS devra mener une politique nettement axée sur la promotion du système parmi les catégories défavorisées, sinon les inégalités actuelles seront renforcées plutôt que réduites.

Un autre problème pour LETS concerne la qualification des chômeurs. Les qualifications, ignorées ou sous-estimées dans le secteur conventionnel, peuvent connaître le même sort dans les réseaux LETS. Dans le LETS de Calderale, par exemple, les chômeurs gagnent moins que les détenteurs d’emploi. Diverses méthodes ont été utilisées pour essayer de résoudre ce problème. Certains réseaux (Leeds) utilisent le temps comme base d’évaluation, de sorte que toutes les qualifications ont été mises au même niveau ; d’autres, (Diss) ont un taux de rétribution minimum. Mais ceci dissuade certaines personnes d’adhérer, en particulier ceux dont les qualifications valent plus que le minimum. D’autres comme les travailleurs à la petite semaine du réseau de Manchester se font payer une unité LETS pour une tâche, quelle qu’elle soit. Toutefois, si les gens ne veulent pas ce que les chômeurs ont à proposer, ces mécanismes d’évaluation n’apporteront pas de solution. Par conséquent il faut que LETS s’efforce d’incorporer dans le cadre du système une possibilité d’acquérir des qualifications partout où c’est faisable, ceci en encourageant ses adhérents à "vendre de la formation" sous forme de crédits de formation qui seront honorés par un travail d’autre nature. LETS doit aussi instaurer un système de taxe qui donne aux chômeurs un avantage leur permettant d’affronter la concurrence des détenteurs d’emploi (voir plus loin). S’agissant de crédits de formation, les Conseils d’Entreprises et de formation pourraient jouer un rôle positif en contribuant à ces crédits, s’ils considèrent LETS comme un autre moyen d’assurer la formation.

En quatrième lieu, pour réduire les disparités, LETS doit absolument rechercher les chômeurs et les encourager à participer activement. En Hollande, le recrutement des chômeurs fut le premier objectif de LETS. Pourtant il y a eu peu d’adhésions. En Grande-Bretagne, dans le même temps, bien que ce recrutement ne soit pas son but explicite, LETS a connu un succès relativement plus grand.

Mais il reste encore beaucoup à faire pour encourager les chômeurs à adhérer. A Calderdale, par exemple, la plupart des chômeurs ont entendu parler des LETS par le bouche-à-oreille ; donc, un effort de marketting plus systématique et mieux concerté de la part des coordinateurs est indispensable.

Enfin, mais ce n’est pas le moins important, nous allons voir quels changements sont nécessaires dans l’attitude du système de couverture sociale vis-à-vis des chômeurs engagés dans ce type de travail.

CHANGEMENTS POLITIQUES EXTERNES NECESSAIRES.

A l’heure actuelle, au Royaume-Uni, l’activité au sein de LETS menée par des détenteurs d’emplois est négligée par les services fiscaux ; au contraire, quiconque émarge à l’aide sociale est plus sévèrement contrôlé et souvent dissuadé de s’engager dans ce type d’activité. Le fisc assure que tout revenu, quelle qu’en soit la nature, doit être déclaré annuellement, mais qu’aucun impôt ne sera perçu si les transactions se font sur une petite échelle, et occasionnellement. Donc, en pratique, le travail dans le cadre des LETS est tenu pour nul.

Les services officiels qui décident de la politique de couverture sociale et ceux qui distribuent les allocations, sont, par contre, moins clairs en ce qui concerne la façon dont un travail dans le cadre des LETS peut affecter les prestations sociales.

En général, il semble que les crédits LETS sont considérés comme des gains (malgré des écarts dans l’application de ce principe par les services sociaux locaux). Tout revenu dépassant la limite de non-imposition est ainsi décrété affecter les taux de prestation ; ainsi, les unités LETS sont traitées comme des revenus malgré les règlements affirmant que les "paiements ou revenus en nature" ne sont pas des salaires.

En conséquence, les bénéficiaires de prestations sociales, de quelque type que ce soit, sont dans une position beaucoup plus incertaine que les détenteurs d’emploi. Le résultat est que les chômeurs sont, plus que les autres, empéchés de s’enrôler dans les LETS. Cette différence émane en partie de cette idée répandue dans la société : frauder l’aide fiscale est plus grave que frauder le fisc, et donc exige des règlements plus stricts. A moins de venir à bout de ces préjugés, LETS ne pourra constituer de solution aux problèmes de chômage et des inégalités sociales, et le travail fourni par LETS ne fera que les renforcer. A l’heure actuelle, la politique de l’Etat vis-à-vis de LETS ne fait que souligner ces mêmes disparités, il est donc nécessaire que l’Etat modifie son attitude.

Le traitement de la pauvreté et de l’exclusion reste à le charge d’un système d’aide sociale déjà accablé qui, de toute évidence, ne pourra jamais répondre aux besoins des citoyens. Ceci étant reconnu, ainsi que l’importance du rôle qu’a toujours joué le secteur non-conventionnel, les possibilités offertes par LETS deviennent évidentes. Etant donné la progression du chômage et les menaces de réduction des dépenses sociales, on pourrait permettre aux chômeurs de remédier partiellement à leurs difficultés en entrant dans ce système de réciprocité dont les règles ont été formulées ; on éviterait ainsi de créer une "culture de dépendance". En d’autres termes, la politique de l’Etat vis-àvis de LETS doit être inversée : c’est la politique du fisc qui doit devenir plus stricte, et les règlements de l’aide sociale plus souples.

En pratique, les membres du LETS dont les revenus dépassent un certain seuil, revenu provenant du secteur conventionnel, devraient payer un impôt sur ce que leur rapporte leur activité dans le cadre de LETS (impôt payable soit en monnaie nationale, soit en monnaie LETS) tandis que les membres ayant des revenus inférieurs, ou frappés par le chômage, pourraient exercer leur activité libérée des contraintes que leur imposent les services sociaux. L’impôt, s’il était perçu, non seulement contribuerait à augmenter les revenus de l’Etat, mais montrerait clairement que les détenteurs d’emploi à haut salaire sont les moins avantagés au sein de LETS. Ils seraient obligés de faire payer des prix plus élevés pour leurs travaux que les moins nantis et les chômeurs qui, eux, n’auraient pas à ajouter de taxe à leurs tarifs. Les consommateurs seraient ainsi encouragés à utiliser les services et acheter les biens proposés par les chômeurs et les pauvres.

POLITIQUE DE L’ÉTAT VIS À VIS DE LETS : D’AUTRES PAYS DONNENT DES LEÇONS

En fait, si les pays de l’Union Européenne adoptaient une approche plus positive de systèmes tels que LETS, ou SEL, ils feraient comme bien d’autres.

La Nouvelle-Zélande a reconnu le potentiel LETS : les employés des services sociaux conseillent aux demandeurs d’entrer en contact avec leur réseau local ; on comprend que ceci soulage l’Etat. De plus, en Nouvelle-Zélande, les services fiscaux se réservent le droit de taxer les bénéfices réalisés en "dollars verts". De même, en Australie, Peter Baldwin, ministre des affaires sociales, a déclaré "les projets LETS constituent une initiative utile qui ne doit pas être découragée artificiellement par l’attitude des services sociaux. Ils représentent une forme d’activité qui aide nos clients à rester en contact avec le marché du travail, ses qualifications et ses habitudes". Par des règlements officiels, précisant les rapports de l’Etat avec LETS, méthode déjà acceptée par le gouvernement d’Australie, LETS pourrait dans une certaine mesure améliorer les conditions de vie des chômeurs. Ce qui ne signifie pas que LETS puisse suffire à régler tous les problèmes nés du chômage.

CONCLUSIONS

Cette étude a expliqué comment les chômeurs, marginalisés par la perte de leur emploi, se retrouvent dans la même position au sein du secteur non-conventionnel : travail moins gratifiant, moins avantageux que celui des détenteurs d’emploi. Bien que le secteur non-conventionnel ne soit pas un remède universel, cette étude montre qu’il peut le devenir si l’on prend la décision d’utiliser LETS. En étudiant le cas de Calderale nous avons vu que les pauvres et les chômeurs adhèrent et négocient biens et services plus volontiers que les détenteurs d’emploi. Donc LETS fournit une autre voie aux chômeurs pour résoudre leurs problèmes.

Si pauvres et chômeurs sont moins bien rétribués pour leur travail, ce n’est pas une raison pour abandonner LETS ; il faut au contraire amener des modifications pour que le système devienne efficace.

Il faut d’abord augmenter le nombre des adhérents afin d’élargir le choix des biens et des services ; il faut axer ce développement vers les localités moins favorisées ; il faut introduire la formation professionnelle dans le cadre de LETS sur une plus grande échelle et rechercher les chômeurs pour les amener à adhérer et à participer.

D’autre part, en ce qui concerne le rôle de l’Etat, nous proposons que, suivant l’exemple de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, le fisc impose les gains réalisés au sein de LETS et que le ministère des Affaires Sociales reconnaisse l’allègement apporté par LETS au secteur conventionnel en permettant aux chômeurs, par un assouplissement des règlements, de travailler dans le cadre des LETS.

A l’approche du XXIème siècle, il nous faut considérer comment, dans l’avenir, nous voulons organiser le travail et l’aide sociale, et non pas regarder vers le passé et maintenir l’organisation de l’emploi d’il y a cinquante ans. C’est ainsi que nous découvrirons et appliquerons des méthodes efficaces, capables de résoudre les problèmes des gens sans emplois. LETS, nous en sommes convaincus offre une voie qui peut être fructueuse si on lui porte un intérêt plus grand : une manière directe d’aider les communautés à s’aider elles-mêmes.


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