Sauvons les SEL de la mort lente

Comment passer d’un SEL jetable à un SEL durable ?
dimanche 30 mai 2004
par Collectif TRANSVERSEL
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Après un bel élan de quelques années, les SEL disparaissent ou s’étiolent les uns après les autres, regardons pourquoi.

Depuis 1994, les SEL soulèvent notre enthousiasme. Quelle belle idée. Pendant quelques années les échanges vont bien. Le niveau de vie des adhérents augmente, chacun y gagne en dignité. Les échanges sont d’abord dopés comme dans toute société où l’on introduit une monnaie abondante. Les grains, les truffes, les unités de valeur (quel que soit leur nom) apportent de l’huile dans les échanges et les relations. Puis au bout de 4 ou 5 ans, ce beau mécanisme commence à se gripper. Pourquoi ?

Un réseau d’échange, un système d’échange, c’est un territoire, c’est comme un grand chaudron dans lequel on prépare de la soupe. Cette soupe ce sont les hommes et les richesses qu’ils produisent. Ces hommes et ces femmes créent la richesse par leur imagination, leurs rêves, leur communication, leurs accords, leurs enthousiasmes, et la confiance qu’ils s’accordent. Pour faciliter les échanges on ajoute des unités dans le chaudron et ces unités circulent de l’un à l’autre.

Qu’est-ce qu’une unité ? Dans les SEL, les unités d’échange, sont censées permettre plus d’équité dans les échanges. Les unités sont comme des tickets, des promesses de consommation. Alors qu’un ticket de bus permet seulement de consommer du bus, une unité de valeur dans un SEL permet de consommer n’importe quelle richesse ou service disponible dans le chaudron, c’est une unité de consommation universelle comme n’importe quelle monnaie classique. Encore faut-il que les richesses soient là. S’il n’y a pas de bus au rendez-vous (en grève, trop peu nombreux, pas réparés ou remplacés ou bloqués par un encombrement), on peut avoir pleins de tickets dans la poche, on est quand même obligé d’aller à pied. Dans un réseau d’échange, dans un SEL, nos unités de consommation universelle ne nous sont pas de grande utilité si les richesses ne sont pas en face.

La règle dans les SEL, est que les unités de consommation (les crédits) naissent des débits. C’est un peu ce qui se passe dans la société orthodoxe (de l’euro ou du dollar) où ce sont les découverts et les prêts qui apportent des unités monétaires dans le système. Mais il y a une grande différence : dans le système orthodoxe, ces prêts sont rigoureusement contrôlés. Toutes sortes de mesures de régulation, de garanties, de lois financières ou civiles, de tribunaux, de prisons sont mis en place pour permettre le retour des unités prêtées. Dans les SEL, donc, quand quelqu’un est en débit, sa consommation personnelle des richesse du réseau est (c’est la définition du mot débit), supérieure à sa production personnelle. On est en face d’une destruction de richesse (une salade consommée est une salade détruite). Les unités « négatives » représentent de la richesse réellement produite puis consommée et détruite. L’ennui, c’est que quelqu’un augmente son crédit en même temps. Il se met à accumuler des unités sur son compte. Il accumule des chiffres. Les unités « positives » représentent un droit symbolique de consommation future (dans un SEL, ce sont des chiffres dans des colonnes, autant dire du vent ou presque).

Maintenant groupons tous les débits d’un côté. On obtient une grosse masse de destruction de richesses. De l’autre côté, en exacte proposition on obtient une belle addition de chiffres. Plus le réseau se développe plus ces masses grossissent. Les porteurs d’unités se retrouvent avec plein de chiffres positifs sur leur compte et de moins en moins de richesses disponibles sur le marché.

La mort lente des SEL

Vous devinez la suite. Les possesseurs d’unités commencent à trouver que les services sont de plus en plus difficiles à obtenir. Leur enthousiasme à produire des biens et services, commence à s’émousser. Avec cet enthousiasme qui s’envole, c’est toute la richesse potentielle du réseau qui s’effrite. Ces « producteurs » suspendent leurs services en espérant d’abord consommer la richesse qu’autorisent leurs unités accumulées. Ce processus d’essoufflement est difficile à repérer. Il est masqué d’une part, par l’arrivée de nouveaux adhérents « tout feu, toute flamme ». D’autre part, le temps de réaction est variable pour chacun. L’éternel méfiant s’arrête de produire avec 500 unités tandis que l’éternel optimiste, peut s’arrêter de produire quand il atteint 40.000 unités. De leur coté, les personnes débitrices ne se mettent pas comme par enchantement à produire. Pour elles aussi, l’accès aux services se fait plus difficile. Elles hésitent à renouveler leur cotisation. Puis, quand elles sont exclues et rayées des listes pour défaut de paiement de cotisation, vexées par cette exclusion, elles ne pensent évidemment plus à leur dette vis à vis du réseau. Dans les petits SEL, où les échanges se font « à la bonne franquette » et sont très peu comptabilisés, il n’y a évidement que très peu de création d’unités et l’équilibre entre création d’unités et création de richesses n’est pratiquement pas menacé.

Comment passer d’un SEL jetable à un SEL durable

Il nous faudra peut-être un peu de temps pour que nous admettions que les grands SEL ressemblent à une machine à transformer de la richesse en unités, en chiffres sans valeur. Les SEL et les LETS comportent une véritable bombe à retardement. En comprenant ce lent et inéluctable mécanisme d’autodestruction nous pourrons désamorcer cette bombe et apprendre à contrôler l’émission des unités. Ces unités de consommation devront évidemment être émises parallèlement à la production des richesses et non pas parallèlement à leur destruction.

Puisque qu’il y a trop d’unités en circulation en France (parce que les débits sont créateurs d’unités), ne continuons pas à en créer encore plus, supprimons d’abord les débits. Si l’équilibre richesses-unités redevient normal, on pourra à nouveau autoriser l’injection d’unités dans le système, soit en réintroduisant prudemment les débits ou par d’autres méthodes de création d’unités, comme celles qui ont fait leurs preuves dans le réseau Ithaca (prêts gratuits, bourses accordées à des associations caritatives apportant une richesse sociale depuis longtemps, crédits individuels accordés en échange du maintien d’un service essentiel pour une durée de plusieurs mois). L’ajustement des unités injectées dans le réseau peut être réglé par un mécanisme déjà utilisé dans le réseau Ithaca. Une petite visite à Ithaca (au nord de New York) ne serait pas du luxe.

Quelques autres mesures

En attendant que la prise de conscience se fasse et que les mesures appropriées se mettent en place, je suggère que les échanges se fassent en trocs, dons ou partages, sans comptabilité. Les échanges seront stimulés si les annonces de nos bulletins de liaison sont assez séduisantes pour nous donner envie de nous rencontrer. Les rencontres collectives ont aussi leur rôle. Avec une fréquence mensuelle et à dates faciles à retenir et connues de tous, elles pourraient regrouper sur 3-4 heures, un marché, un repas avec panier tiré du sac, une présentation et un débat sur les projets et options futurs. Chacun pourrait y trouver une motivation pour venir à la fête.

Sauvons les SEL de la mort lente ou comment passer d’un SEL jetable à un SEL durable ? Texte du collectif Transversel, Mai 2004


Commentaires

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jeudi 18 octobre 2012 à 18h04, par  lAYmOFxUmVpiJyMvHg

Dans le contexte de crise ateculle, il existe un autre moyen d’obtenir un preat Emprunter e0 un particulier, je propose sur mon site P2PInvest de mettre en relation preateurs et emprunteurs particuliers afin de re9aliser ce type d’ope9ration et aussi d’e9chapper aux arnaques trop courantes sur le net.Cordialement,Se9bastien

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lundi 27 février 2012 à 03h19, par  MFdRlScFzJj

pierre lreochalle dit :Charest veut se meler d’economie ! Que Dieu nous preserve d’une telle catastrophe ! Charest devrait s’occuper de son apres carriere car il est politiquement fini.

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mercredi 12 janvier 2005 à 12h21, par  Marco

Bonjour à tous, je réponds à mon propre article car je voudrai y ajouter ce post-scriptum :

PS :(le 12 01 2005) Après en avoir parlé longuement au téléphone avec Daniel Fargéas, je voudrai ajouter qu’à mon avis bien sûr dans une certaine mesure il faut à un moment donné mettre des limites aux débits, mais pas les mêmes pour tout le monde.
Je m’explique : l’agriculteur qui auparavant à fournit une partie de ses productions au système d’échange et qui, ayant dépensé ses unités en "crédit" veut faire du débit ne devrait pas rencontrer de difficultés car tous savent qu’il "renfloura" facilement son compte avec ses produits.
Le problème n’est pas le même lorsqu’il s’agit d’un adulte dans la force de l’âge qui ne fait qu’accumuler les débits sans jamais rien donner en échange : à moins qu’il ne justifie par exemple d’une qualité de parent isolé ayant de nombreux enfants à charge, il n’y a pas de raison de l’encourager à augmenter son débit à l’infini...
Autrement dit si je vois arriver un type munis d’un carnet d’échange uniquement couvert de débit, il est évident que je vais réfléchir à deux fois avant de conclure un échange avec lui, à moins qu’il ne propose un échange qui lui permette de ratrapper son déficit.
Par contre la mère isolée avec par exemple un ou plusieurs enfants en bas âge à sa charge doit pouvoir aller loin dans son débit, surtout, encore par exemple, si elle est en train de faire construire une maison ou a besoin d’une voiture à échanger en unité d’échange...
Donc pour ma part je pense que de la même manière où tous le monde peut se prendre en charge en faisant sa propre comptabilité sur son carnet individuel, tous le monde peut avoir assez de jugeote pour mettre un frein aux échanges lorsqu’un "profiteur" professionnel arrive, la "gueule enfarinée", avec un carnet bourré de débit et que de débits...
( C’est un peu ça aussi que j’aime bien dans les SEL et le JEU : nul n’est tenu d’accepter une offre d’échange si il ne le désire pas...
Et ceci dans les deux sens, que ça soit pour donner aussi bien que pour recevoir...)

De même passer à une comptabilité individuelle sur carnet peut, comme le dit Daniel, permettre de se débarrasser des structures lourdes de gestion et du système obligatoire de cotisation en euro, la cotisation en euro restant par exemple pour ceux qui veulent recevoir un annuaire des offres et demandes et/ou un bulletin de liaison...

mardi 11 janvier 2005 à 17h48

Ceci est une réponse à Marco :
Je mets cette réponse sur la liste selidaire-alimentation avec ton article car on y parle du SEL vivrier...

Oui, je me souviens avoir lu ce que dit Daniel fargeas il y a quelques temps… Et je n’étais pas d’accord avec lui non plus !… Et je ne serais pas la "contradictrice" (ou "teuse" ? Ya pas de féminin à ce foutu mot ?! :-)) que tu demandes ! Ca non !, Je trouve ton raisonnement génial ! ! !

J’ai tiqué au début quand j’ai lu que le producteur devrait "payer" la main d’œuvre plus cher que le "smic", alors qu’ils ont tant de mal à vivre de leur production !… Mais ensuite, tu expliques que le prix des légumes en unités SEL devraient être plus élevé, que les productions devraient être payées à leur juste valeur (ce que défend Daniel depuis longtemps !), alors là, ça me va !

Et j’ai tout à coup su mettre des mots sur ce qui me gène aux éternels vides grenier que sont les bourses d’échanges… C’est pas le vide grenier en soit ; recycler des choses qu’on ne veut plus et qui peuvent servir à d’autres ; fouiller, fouiner, j’adore !!! C’est la valeur qu’on donne à ces choses !… D’ailleurs maintenant au SEL GABARE, on a mis une table de dons ; l’idée est un peu la même pour moi, redonner leurs vraies valeurs aux choses… Les légumes que je vais produire, je les échangerais pas contre une vieille casserole ! ! !

Si tu permets, je reprend tes idées pour un futur article pour Passerelle éco concernant le SEL vivrier (je vais essayer de faire une synthèse de ce qui se dit sur les listes à ce sujet) Si tu es d’accord, je propose aussi ton article pour le bulletin de Troc’ Lot et du SEL GABARE ! Dans le Lot d’ailleurs, c’est tout à fait le problème ; c’est un marché alimentaire, ça se sait, les gens viennent d’ailleurs "rafler" les produits et le solde global de Troc’Lot est très positif… Beaucoup d’unités, mais les richesses se sauvent……Du coup ils risquent fort (c’est ce que je crains…) de se refermer sur le local… A Bordeaux, les producteurs ont disparus (s’il y en a eu un jour…), il ne s’agit plus que d’un vaste vide grenier, sur lequel on retrouve les même vieilleries d’un mois à l’autre…

Elisabeth

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vendredi 7 janvier 2005 à 21h29, par  marco

Bonjour à tous ,

pour ma part je pense pas vraiment comme Daniel Fargéas au sujet des SELs, à mon humble avis la solution n’est pas dans le rationnement des débits, je l’ai déjà dit à plusieurs reprises dans de nombreux mails.

A mon sens les solutions passent par la reconnaissance de la valeur réelle des choses et des êtres.

Il est logique qu’un membre des SEL qui refuse d’aller jouer un rôle d’esclave mal payé au smic dans le système traditionnel, le refuse aussi dans les SEL si on lui propose une paye de misère en équivalent unités d’échanges.

En plus le travail doit s’organiser différemment, car au lieu d’être une corvée due au seigneur argent il doit être une partie de plaisir avec des potes...

Cela veut dire qu’à mon avis si l’agriculteur (par exemple) organise des journées de coup de mains à lui donner pour (par ex) biner un champs de poireau, il doit non seulement proposer de faire une bonne bouffe à midi, mais aussi de règler des "salaires" à leurs juste valeur, donc pas à un équivalent smic mais plutôt soit des minutes de travail en comptant bien large dans le genre multipliées par 2 ou 3, soit en unités mais en tous cas pas à moins de 60 ou 100 unités de l’heure...

C’est vrai qu’ensuite ça fera cher le kg de poireau en unités, mais où est le problème puisque ceux qui produisent ont plein d’unités dont il ne savent que faire et ceux qui auront travaillé aux poireaux en auront eux aussi un max à dépenser...

Et je coupe court aux défaitistes qui objecteront que ça créra de l’inflation en me brandissant sous le nez le spectre des années 36, en disant pas du tout, seul les produits vivriers (la bouffe pour parler plus simple) seront proposés à leurs juste valeurs, ce qui n’est pas du tout le cas dans le système économique débile dans lequels nous sommes coincés où un agriculteur bio arrive tout juste à gagner un smic en travaillant du matin au soir... (à moins d’être un gros industriel archi mécanisé et encore...)...

Il n’y aura pas d’inflation dans la mesure où tous les autres produits, genre vide-grenier, eux resteront à leurs juste valeur, celle de l’offre/demande pour des produits pas vraiment indispensable.

C’est ça l’erreur que nous avons tous commis au début, à mon avis, c’est d’oublier que les producteurs des produits vitaux se font rouler un max par le système économique dominant et nous avons reproduit la même erreur, même eux n’ont pas pensé à multiplier par 2, 4 voire dix l’équivalent unités pour rendre leur juste valeurs à leur produits...

Je me souviens très bien de Chantal qui était scandalisée du manque de respect qu’avaient ses "clients" du SEL lorsqu’au lieu de lui acheter des petites portions de ses tomes de 2 kg de fromages de chêvre, comme le faisaient les gens au marché bio traditionnel, ceux là lui rafflaient des tomes entière aussi vite qu’elle les mettait sur son stand...

Tu m’étonne, à 90 unités le kg c’était comme si elle les donnait alors qu’à 90 francs le kg les gens réfléchissaient à deux fois...

Si elle avait réajusté la juste valeur de ses fromages pour les proposer à 2 ou 300 unités le kg, d’abord ils seraient partis un peu moins vite, mais de toutes façons après, elle aurait trouvé des mains pour l’aider à rentrer les foins, pour peu qu’elle ait proposé 100 unités de l’heure (à l’époque le "smic" devait être à 30 fr de l’h ) et une bonne fête le soir après le boulot...

Voilà, pour ma part ça me parait évident...

Tellement évident que dès que j’ai 5 mn je reprends la plume pour délayer un peu le raisonnement, et j’attends avec impatience des contradicteurs, ça me permettra d’étayer plus solidement mon raisonnement...

Une joyeuse année à tous, à mon avis suffit de le vouloir pour qu’elle le devienne...

Cordialment,

Marco

mardi 8 juin 2004 à 09h19

Salut Daniel,
bonjour de bjp

bien ton texte, le problème se pose de la marginalisation lente et inéluctable de tout système alternatif face au système établi

ceci devrait nous amener à cogiter la façon de transformer l’essai.

il faudrait alors placer l’épisode SEL en perspective dans un processus d’alternative sociétale plus large

les SEL comme détonateur

il faudrait alors, plus concrètement, que les unités SEL puissent être reconverties en unités de temps

chaque seliste se constitue un compte temps en vidant comme il le souhaite son compte SEL (60 grains = 1 heure par exemple)

l’idée étant que les unités-temps puissent servir, plus tard, comme unités, dans un méga-sel-temps (quand je serai vieux, j’utiliserai mon compte-heures pour obtenir des services)

l’objectif étant que cette démarche puisse être portée en politique, que ce système soit légalisé, que toute la filière "économie solidaire" issue des SEL soit institutionnalisée.

l’utopie réalisable de l’alternative économique solidaire est toujours à l’ordre du jour

debout, les jeunes, il y a toujours des rêves sur la planche.
le propre de l’espèce humaine est d’imaginer son devenir

salut à tous

bjp

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