Time-Dollar

La Co-Production made in USA
jeudi 1er juillet 2004
par Collectif TRANSVERSEL
popularité : 1%

1997 : Les Time-Dollars sont une monnaie destinée à enregistrer, conserver et récompenser les transactions par lesquelles les voisins aident leurs voisins. Les gens gagnent des Time-Dollars en utilisant leurs capacités et ressources pour aider les autres (en fournissant l’aide aux enfants et personnes âgées, le transport, la cuisine, l’aménagement de la maison). Ils utilisent cette monnaie pour obtenir de l’aide pour eux-mêmes ou leur famille ou pour s’inscrire dans un établissement qui leur accorde des remises sur la nourriture ou les soins de santé. Ils aident ceux à qui l’économie de marché n’apporte rien à se redéfinir comme acteurs de la société et ils donnent à celle-ci le moyen d’accorder de la valeur à des activités non reconnues par l’économie de marché. Ils permettent à tout le monde de convertir leur temps personnel en pouvoir d’achat, étendant celui-ci beaucoup plus loin que ce que peut faire le dollar officiel. Ils renforcent la réciprocité et la confiance et récompensent l’engagement civique et les actes de gentillesse d’une façon qui génère, heure par heure, le capital social.

Tout en développant les applications de ce nouveau moyen d’échange, l’Institut du Time-Dollar a saisi un quatrième élément peut-être encore plus basique, plus fondamental que le Time-Dollar lui-même : il l’appelle la Co-Production.

La Co-Production est une contribution essentielle pour changer les efforts nécessités par tout consommateur qu’il le soit en tant qu’étudiant, client, patient, locataire, voisin, résident, citoyen. A partir de l’expérience du Time-Dollar, nous sommes arrivés à l’hypothèse suivante : sans Co-Production, seuls les professionnels peuvent réussir. Avec la Co-Production tout est possible.

Si cette hypothèse est vraie, il suffit de persuader tous les groupes voués au service de la communauté, les agents de la Police, les départements sociaux, de la nécessité de cette participation et ils doivent commencer à générer intentionnellement la Co-Production à partir des bénéficiaires de toutes leurs actions. La réciprocité doit être au centre de tout changement social. C’est l’impératif de la Co-Production.

Celle-ci n’est pas simplement un euphémisme pour étendre ou mettre en valeur les services sociaux spécialisés dans le travail bénévole fourni par l’utilisateur. Sa fonction et son pouvoir sont beaucoup plus fondamentaux. Si elle est entreprise comme une priorité et de façon délibérée, la Co-Production peut engendrer des services et des revenus nouveaux et plus efficaces. Elle provoque des interactions qui engendrent de nouveaux comportements.

Elle transforme la distinction conventionnelle entre producteurs et consommateurs, entre professionnels et clients, entre donateurs et bénéficiaires, etc. En créant une parité, pour les individus et les communautés, dans leurs relations avec les services d’aide officiels, elle réalise un changement fondamental de système.

Tout en reconnaissant la valeur de ce que les professionnels ont à offrir, elle oppose aussi un défi aux notions de "pratique correcte" et de "façon de penser correcte" qui nous ont conduits à ce que nous sommes : paralysés ou frustrés par notre incapacité à résoudre les principaux problèmes sociaux parce que nous n’avons pas réussi à intégrer la Co-Production comme une stratégie permettant de redéfinir les rôles, les relations, les processus divers et le revenu auquel peuvent prétendre les gens.

Cependant aussi critique qu’elle soit, la Co-Production (dont l’initiative principale doit venir du consommateur en bout de chaîne) n’est jamais totalement appliquée ou même partiellement. A la place, nous créons des programmes spécialisés s’adressant aux professionnels, rémunérant une équipe, alors que le travail, extensif et essentiel de l’individu, de la famille, de la communauté n’est pas rémunéré. Nous exposons rarement cette injustice aussi explicitement. En partie parce que rémunérer ce travail aux prix du marché serait prohibitif. Aussi tournons-nous sur la pointe des pieds autour du but, appelant à l’implication de la communauté, demandant la participation citoyenne, sans insister trop directement de peur que quelqu’un ne nous demande d’appliquer le tarif réel.

Time-Dollar est un mécanisme destiné à récompenser cette réciprocité et convertir cette contribution en travail compensé. C’est un mécanisme qui assure la Co-Production.

En 1996 l’Institut du Time-Dollar a entrepris de déterminer et gérer des programmes permettant de mieux comprendre et démontrer les nombreuses dimensions de la Co-Production, la dynamique qu’elle crée, la redéfinition des rôles, des procédés, des résultats qui en découlent. Les exemples suivants démontrent ce que nous avons constaté : Dans un programme d’aide au travail scolaire par des jeunes du même âge, à Chicago, les étudiants fournissant cette aide gagnent des Time-Dollars avec lesquels ils peuvent acheter des ordinateurs recyclés. Les étudiants apportent l’élément clé manquant entre l’ aide scolaire officielle, moins efficace, et les efforts de l’Education : l’approbation, par des jeunes de même âge, de l’enseignement académique. A Chicago ce tutorat est apporté pendant certains jours. Les étudiants viennent à l’école et y restent après les cours pour aider ou être aidés. Les bagarres après l’école ont cessé et 400 enfants ont gagné assez de Time-Dollars à la fin de l’année scolaire pour acheter des ordinateurs qu’ils rapportent chez eux.

A Washington, une Cour de Justice des jeunes amène de jeunes délinquants primaires, accusés de délits non violents devant un jury d’adolescents de leur âge qui gagnent des Time-Dollars à exercer cette fonction. Les jeunes apportent des éléments clé manquants à beaucoup d’interventions inefficaces : l’approbation des pairs et l’acceptation de la communauté. Les jeunes participants atteignent leur but en raisonnant, en mettant en valeur une conduite décente, responsable, en incitant à éviter certains risques. Dans la Cour de Justice des jeunes Time-Dollar à Washington, il y a eu seulement 8 récidives sur plus de 150 cas. Des offres de boulot ont été faites aux délinquants qui avaient terminé leur peine de travail social et les jeunes dépensent les Time-Dollars qu’ils ont gagnés dans leur travail de juré en achetant des ordinateurs recyclés.

Toujours à Washington, les résidents participant à un travail communautaire peuvent payer ce qu’ils doivent à une entreprise effectuant certaines actions sociales comme se débarrasser de maisons fissurées, combattre la corruption de la police, obtenir un prêt pour la rénovation d’un terrain de jeu, en échangeant un Time-Dollar contre une heure facturée de travail légal. L’année dernière, la firme accomplissant ces actions a facturé 234 979 dollars de travaux dont la communauté bénéficiait et les volontaires de cette communauté ont payé la facture avec des Time-Dollars gagnés en nettoyant les rues de leurs déchets, en plantant des fleurs, en relevant les numéros de plaque d’immatriculation de nombreux trafiquants de drogue, en accompagnant des personnes âgées, en faisant du tutorat à l’école et accomplissant une foule de travaux de voisinage.

Pour mieux tester le principe, l’Institut en 1997 a aidé des résidents de logements sociaux à Washington à démarrer une banque alimentaire. Certes il y a beaucoup d’endroits où ces résidents pourraient obtenir de la nourriture gratuite et sans doute meilleure que ce que cette banque peut leur faire avoir. En tout cas, celle-ci a généré 78 540 heures de service (payées en Time-Dollars) durant l’année écoulée.

Malgré ces exemples réussis, il est important de noter que le système n’est pas une panacée et qu’il n’est pas le seul moyen d’assurer la Co-Production. Les programmes de volontariat, les associations charismatiques, les associations de voisinage, les mouvements sociaux, la co-propriété des entreprises par les employés, les changements dans la pratique professionnelle qui insistent sur une plus grande autonomie du patient ou du client, l’exhortation religieuse ou l’inspiration spirituelle, l’aide entre voisins, les entreprises co-possédées et gérées par les résidents, les programmes d’aide par des pairs, le mouvement d’auto-aide tout entier, tout cela engendre la Co-Production.

Les efforts conventionnels faits par les services sociaux pour mobiliser une communauté représentent un labeur intensif et tendent à taxer la capacité organisationnelle. Et le résultat est imprévisible. Toutefois pour réaliser la Co-Production dans ces services, deux questions se posent :
1) Comment sortir de façons de penser et agir et d’un mode de recrutement traditionnels pour accéder à un nouveau mode de pensée ?
2) Comment réussir sans dépenses prohibitives ?

Ci-dessous voici quelques exemples de façons de procéder accessibles à toutes les formes d’organisations même gouvernementales :

- La loi concernant l’aide sociale : l’option "service communautaire" y représente une opportunité historique pour redéfinir le travail de façon à inclure un grand éventail de contributions que le marché ne prend pas en compte mais qui génère un capital social essentiel pour rebâtir la communauté, revitaliser le voisinage et renforcer les familles. De plus gagner des Time-Dollars pour un travail communautaire crée un exemple, confère des habitudes de disponibilité pour le travail, procure des références à ceux qui en manquaient et fournit un système de soutien qui peut constituer une critique à toute rétention d’emploi. Le système Time-Dollars peut étendre l’assistance publique à des secteurs où il n’y a pas d’emplois salariés disponibles.

- Les nouveaux rôles professionnels : la Co-Production fournit l’occasion de reconceptualiser la nature des relations de travail entre les fournisseurs de service et les communautés. Une organisation de services peut devenir une firme consultante, un prêteur, un conseiller plutôt que celui qui possède la connaissance et le pouvoir nécessaires.

- Les rétributions pour services : les honoraires en Time-Dollars peuvent être attribués à une série de services offerts dans les communautés : santé physique et mentale, services juridiques, etc.

- Assistance technique : plutôt que de payer des fournisseurs, les gouvernements et les fondations peuvent encourager et aider l’assistance technique réciproque entre des voisins.

- Le système de taxes : une communauté peut créer une option de département spécial de taxes, modelé sur les départements d’amélioration du commerce, par l’intermédiaire duquel une taxe d’amélioration du voisinage (avec possibilité de payer en dollars ou en Time-Dollars) serait destinée à des services locaux, des écoles et autres équipements sociaux. Ou bien l’amélioration du voisinage provoquant l’accroissement de la valeur des habitations du quartier, des crédits de taxes et impôts locaux pourraient être offerts en échange de Time-Dollars gagnés en créant cette valorisation du voisinage.

- Propriété : les acheteurs de maisons cherchant à se procurer une maison à un prix abordable pour eux et des fonds pour la rénover, grâce à des subventions du gouvernement, pourraient se voir offrir des prêts en Time-Dollars qui seraient remboursés en aidant à entretenir les environs, fournir des services à la communauté, comme participer à sa gestion, aider aux soins des personnes âgées, etc. Le programme Habitat a déjà popularisé une version limitée de cette possibilité : le candidat à la propriété paye moins et donne moins d’intérêts en fournissant 500 heures de travail pour aider à construire les maisons Habitat des autres. Une hypothèque Time-Dollar élargirait simplement l’éventail des services qu’on pourrait rendre, étendrait les délais de remboursement et fournirait un lien entre la propriété privée et la construction de la communauté.

- Subventions du gouvernement ou de fondations : certaines subventions pourraient être transformées en prêts de Time-Dollars, remboursables par des groupes communautaires. Grâce à cette stratégie, la cité obtiendrait des services délivrés sur une base communautaire à un prix qui ne pourrait être accordé par le marché.

- L’éducation : on pourrait demander une rétribution en Time-Dollars pour l’emploi d’ordinateurs ; permettre à des étudiants de rembourser des prêts en Time-Dollars. Dans les facultés, des conférenciers pourraient recevoir une compensation en Time-Dollars, couplée avec certains autres privilèges accordés par les facultés.

Il est clair que de nouvelles applications du Time-Dollar et de la Co-Production ne sont limités que par les limites de la créativité. Dans toute application, leur utilisation opère une amélioration spectaculaire de la relation dans le service qui l’emploie, avec des résultats importants.

Transformer des actes de générosité unilatéraux (de la part de volontaires, du gouvernement, des professionnels de l’aide, des services d’aide sociale, d’entreprises de développement de la communauté) en réciprocité transforme l’altruisme et le bénévolat en une catalyse de la contribution et de l’auto-validation par le récipiendaire.

Cela redéfinit le travail, étend notre notion de la compensation bien au-delà de ce que la monnaie peut acheter et fournit une définition de la valeur au-delà de ce à quoi le marché accorde une reconnaissance. Cela signifie que nous avons besoin les uns des autres. Dans ce contexte, Time-Dollar a le pouvoir de :

- nous faire sortir de la notion de déficit pour nous faire accéder à un autre modèle, en nous forçant à utiliser toutes les ressources humaine pour résoudre les problèmes sociaux critiques ;

- développer le capital humain, de sorte que les personnes désavantagées puissent trouver un chemin pour sortir de la pauvreté et éviter d’être rejetés de la vie en étant cantonnés dans des petits boulots qui sont de véritables impasses et revitaliser l’éthique du travail en récompensant la contribution sociale comme un travail authentique ;

- promouvoir le capital social dans les communautés habituées à se désinvestir ;

- reconstruire l’économie non marchande de la famille, du voisinage et de la communauté.

En résumé la Co-Production permet de rendre accessible le pouvoir de créer un monde où toute personne désireuse de contribuer à aider l’autre puisse être en mesure d’obtenir un pouvoir d’achat et un statut suffisants pour jouir d’un standard de vie décent et de l’opportunité d’apprendre et de progresser.

Référence :

Le texte sur Time-Dollar est tiré de leur site web.

La traduction en français a été réalisé bénévolement par Mylène Rémy que nous remercions.

http://www.timedollar.org


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