SEL et JEU, où est le problème ?

une suite de courrier m’étant adressé...
lundi 28 février 2005
par Collectif TRANSVERSEL
popularité : 4%

Suite aux différents courriers dans lesquels je suis mis en doute , je publie et je réponds au fil du mois de février. Le titre SEL et JEU : où est le problème ?? est volontairement remis à l’ordre du jour , après de long mois de calme relatif et de fonctionnement dans de nombreux SEL tout à fait normal.

SEL et JEU, où est le problème ?

accès direct au site du JEU (jardin d’échange universel)

Le débat SEL/JEU se cristallise autour d’un clivage idéologique rendu caricatural : les tenanciers du SEL seraient somme toute méfiants envers l’être humain, un peu maniaque du contrôle, et parfois simplement à la recherche du pouvoir. Le Jeu, se serait l’autogestion libre, Jonathan le goéland, confiance, maturité, créativité, n’en jetez plus...

Pour ma part, je pense que le problème fondamental actuel est commun au SEL et au JEU, et qu’il ne faut pas que les querelles servent à fuir en avant au lieu de répondre à cela : c’est le manque d’équité dans ce qui est proposé, qui fait fuir au fur et à mesure les adhérents proposant des produits créés (produits agricoles et artisanats). Dans les faits, il n’y a rien de commun entre la couette ou la doudoune reçu gratuitement de La Redoute, le vase offert dont on se débarrasse parce qu’on n’aime pas, l’heure passée au chaud chez soi, à un moment choisi, pour taper un texte par exemple, et dépanner en urgence sous la pluie une personne en piochant dans les cailloux pour lui dégager un tuyau d’évacuation. Dans notre SEL, les personnes produisant des objets d’artisanats ou de la ferme s’en vont au bout de quelques mois, ou cessent d’amener leur produits. Un couple de personnes âgées m’expliquait dernièrement : « nous ne pouvons pas amener cela contre des truffes ». Ils créaient des boîtiers et des tableaux de toute beauté, qui prenaient plusieurs heures de patience et de savoir faire. Au delà de la valeur qu’ils pourraient demander (il faut déjà oser "demander plus"), il y avait là, dit très simplement, le fait qu’ils ne trouvaient tout simplement pas de contrepartie équivalente dans ce qui était proposé dans nos bourses.

Que faire ? Des monnaies d’échange différentes pour chaque type d’échange ? Le problème de manière économiste : il n’y a tout simplement pas création de richesses dans un objet récupéré (type vide-grenier). Il y aurait donc création de cartes géographiques (les unités d’échange) ne correspondant pas à des territoires (les richesses à échanger). La plupart des unités type "vide-grenier" n’aurait donc pas d’équivalence possible avec un objet créé.

Au delà, je pense, au moins pour partie, que cette difficulté a à voir avec la confiance, et avec la cohésion d’un projet commun (force centripète, maintenant les adhérents ensemble), face à l’exacerbation des individualismes (force centrifuge, renvoyant chacun face à lui-même).

Pourquoi est-ce que je m’oppose au JEU aujourd’hui (tel qu’il est proposé autour de moi) ?

Il y a deux difficultés, mais elles sont toutes les deux de taille :

Premier problème : pas de réciprocité.

Paul est âgé, au RMI, sort d’un séjour à l’hosto, il est bougrement sympathique. Il habite une vieille maison, pas très grande. Un mauvais coup de vent, sa cheminée est par terre. Elle s’est effondrée dans la cuisine, en passant à travers le toit. Pas de chance. 3 bonnes journées de travail, à deux. Son copain Alain du JEU lui propose le coup de main. Bonne ambiance, le travail avance, se finit. Un bon repas, arrosé, avec des potes, puis on discute l’échange. 60 unités de l’heure, c’est « la règle », OK : Alain reçoit 1 500 unités, c’est bien normal. Paul sort son carnet à son tour. « Ca va pas », lui dit Alain, « Tu ne trouves pas que tu as eu assez d’emmerdements comme ça ? C’est pas toi qui as demandé au vent de te souffler ta cheminée, non ? D’ailleurs, je vais même te dire : l’esprit de Jeu, pour moi, c’est ça : tu as bossé comme moi, tu n’as eu aucune création de richesse, aucun profit, alors, je vais te marquer 1 500 unités sur ton carnet à toi aussi ». Les personnes présentes discutent, puis acquiescent : on est entre amis.

Est-ce impossible ? C’est possible. Cela s’est fait (l’exemple est créé, mais l’équivalent existe). Cela se fera. Cela ne peut se faire dans un SEL avec un compte centralisé. Où est le problème ? Non, il n’est pas idéologique. Ce qu’ont fait Paul et Alain n’est pas « mal ». C’est « bien ». C’est même tout à fait sympathique. Le seul problème, c’est que l’exemple, une fois connu, se reproduira, puis se multipliera, avec, à chaque fois, une justification nouvelle : « putain, je n’ai quand même pas demandé à ma voiture de tomber en panne, je dois déjà acheter les pièces et réparer dans le froid. C’est toi, ma compagne, qui te servais de ma voiture quand elle est tombée en rade, alors, marque moi des unités. Non, ne t’en enlève pas, ce n’est qu’en même pas toi qui l’as cassé, l’embrayage, tu n’y es pour rien. » Etc...

A terme : le JEU est un compte virtuel, toujours en positif, comptabilisant les bonnes actions, les réparations, les trucs sympas. Pourquoi pas, mais alors, pourquoi compter ? Il suffit d’avoir une ligne de conduite généreuse dans la vie, de développer des qualités de don. Pourquoi un carnet de bonnes actions et de conduites généreuses ? Pourquoi pas, ça ne peut pas faire de mal, c’est même sympa. A condition, bien sûr, que la règle soit connue de tous : cela me semble juste.

Deuxième problème : la responsabilité et la dimension associative.

Daniel D. nous le répète et nous le répépète : en gros, « tout doit être libre, sans contrôle, et l’individu donnera le meilleur de lui-même ». Tout ? Tout. Cela pose une succession de questions autour de la responsabilité, de la consistance du groupe, de ce qui sera réellement mis en commun par les membres du groupe, et de la raison (le sens) pour investir son temps et son énergie dans une telle association.

- La responsabilité : tout individu ou groupe peut répondre d’actes ou propos devant la loi. Qui prendra la responsabilité d’une association ou journal ou site, s’il ne contrôle rien de ce qui s’y fait ou dit ? Quand on sait que nous nous situons sur la frange avec le travail au noir, et la fascination qu’exercent les sectes pour certains adhérents, la question vaut d’être posée.

- Un groupe sans adhésions, sans statuts (ou alors des plus universels), sans engagement à une participation réelle : quelle est sa consistance, de quoi est-il fait ? Sur quelle base, quel projet lisible une personne aura envie d’adhérer ? Et, par voie de conséquence, quelles seront les personnes qui seules adhéreront ? Qui pourra accéder réellement au projet, sinon par le bouche à oreille et par relations directes ? Autrement dit, ne limitons-nous pas là l’entrée à des personnes ayant déjà fait le choix de la marginalité ?

- Surtout : les mêmes travers qui apparaissent dans le système libéral apparaîtront ici : mieux vaudra être en bonne santé, avec une bonne pêche, un réseau d’amis et une capacité à s’exprimer à tout vent que d’être timide, effacé, malade et ne sachant pas trop défendre son cas : dans ce cas, mieux vaut « suivre » et rester dans l’ombre. La société a créé des mécanismes (imparfaits) de régulation et de solidarité, permettant l’expression de tous (le vote) et la protection sociale de tous, même avec une mauvaise santé (sécu, accidents du travail, retraite). Le travail au noir, ou les journaliers à la mode anglaise, c’est un recul pour le travailleur : à part les rares « démerdards », cela se traduit par un travail moins payé, sans rien lorsqu’on est malade, et rien en cas d’accident. Cela pour dire que le cadre légal d’une association loi 1901 et le respect de la loi autour du travail ne sont pas seulement des « choses qui nous sont imposées » : nous avons tout intérêt à les défendre età les pratiquer. Il suffit de voir avec quel acharnement le code du travail et la sécurité sociale sont mis en pièces aujourd’hui par le MEDEF. Ne tenons pas les mêmes discours que les patrons libéraux, défendons tout ce qui reste de solidarité sociale dans notre société : c’est, tout simplement, l’intérêt des plus démunis, et le nôtre.

- Enfin, je termine là, nier tout rôle et tout statut aux personnes qui se consacrent aux formes d’organisations collectives (adhésions, informations, relations avec les autres assos, les mairies, etc) va avoir 2 effets pervers : les rares personnes qui s’investiront de fait auront un pouvoir exorbitant, car non repéré, n’existant pas officiellement, à la différence d’un président d’asso qui peut être « déboulonné ». Que faire si on a affaire à une personne mégalomaniaque qui veut garder coûte que coûte le pouvoir qu’elle n’a pas officiellement ? Par ailleurs, le cadre, informel de fait, limitera essentiellement les activités, ou au moins les informations, à un groupe ayant déjà des liens existants, et dans lequel une personne étrangère au groupe aura bien du mal à s’intégrer.

Gérard S. (Sel du Périgord pourpre)


Ce texte n’engageant que l’auteur, demande des réponses sur les points précis abordés, dans le cadre du dossier du mois et pour la première fois sur ce site , nous invitons toutes celles et ceux qui ont un droit de réponse à le faire . En effet le débat déjà très limité, sur une liste de diffusion d’une cinquantaine de personnes et de plus modérée pour ne pas dire censurée, demande à sortir au grand jour. Le JEU n’est qu’une pratique comptable utilisée déjà par de nombreux SEL et sur internet par le SEL Terre et les SEL utilisant ce mode de comptabilité, il n’a rien à voir avec les exemples cités ci dessus , mais bien sûr chacun reste libre de le pratiquer comme il l’entend.

Je répondrai personnellement plus longuement au cours du mois de février.

Bien cordialement à tous nos ami(e)s du JEU et des SEL.

Daniel Delarasse.


Commentaires

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Répondre au débat déjà ancien du SEL et du JEU c’est retomber dans un autre vieux comme le monde et les sociétés humaines ; à savoir le conflit (ou plutôt le paradoxe) entre liberté et sécurité en sachant que comme le soleil et la lune, l’eau et le feu, la terre et le ciel et tous les opposés de la création, ces deux-là sont inséparables.

Les adeptes du SEL exclusif sont plutôt en recherche de sécurité non seulement dans leur mode d’échange mais aussi dans la structure employée pour encadrer ces échanges, alors que les joueurs sont dans la liberté - pour certains jusqu’au-boutisme- dans la confiance et le plaisir brut de faire connaissance , de partager et de ne pas véritablement s’impliquer dans la valeur ou non économique de l’échange.

Cette dernière disposition est évidemment beaucoup plus facile pour les 80% qui ont un travail régulier et qui ne sont pas génés de se retrouver dans un vide-grenier bis en fin de semaine avec leurs compagnons d’association.

Pour celui qui cherche une forme de revenu principale ou complémentaire, et donc obligatoirement une masse d’unités d’échange à la disposition de ses besoins, SEL ou JEU s’avèrent notoirement insuffisants, en particulier dans le milieu urbain qui fabrique de la richesse intellectuelle mais pas ou peu de biens de consommation courante.

En conclusion , le vrai débat n’est pas entre SEL et JEU ou autres structures, mais bien dans la production de richesses et leur distribution équitable et durable.
Et ce n’est pas le Baron SELLIERES dans sa grande générosité qui nous apportera la meilleure des réponses !!

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vendredi 4 février 2005 à 22h02, par  Collectif TRANSVERSEL

Seulement le problème de ceux qui le crée.
Merci de votre témoignage, en effet , dans les SEL, nous ne voyons certainement pas tous avec les même lunettes et les même yeux...selon où nous nous plaçons dans la société et selon notre niveau d’appréhension des valeurs humanitaires.

Il est sûr que celui qui vient dans le SEL après sa semaine de dur labeur et qui vient pour se changer les idées et rencontrer du monde différent, ne verra pas les choses du même oeil que celui qui essaie de compléter ses revenus minima par des échanges de première necessité...Tout le réel problème se joue dans cette différence ,d’après moi..

Dans les SEL , des mondes différents se côtoient et c’est sans nul doute cela qui en fait sa richesse, alors dans les vosges, à Marseille ou à Lille , c’est aussi cela qui fait que çà marche et que cela se développe ainsi en France comme en Europe.

La question comptable est secondaire , et si le carnet du JEU fait que le temps libéré sert à renforcer l’échange c’est un grand bien pour tous.

L’état le premier devrait s’inspirer de l’exemple du JEU afin de réduire ses coûts...exemple précis des 200 000 personnes qui ne servent qu’à recevoir et percevoir l’impôt...Cela laisse sans voix...

Avis aux amateurs d’impôts de tous genres.... !!!

à bientôt pour la suite ...

Daniel D , rédacteur à Transversel

vendredi 4 février 2005 à 11h23

Merci pour cet article, qui nous fait réfléchir, depuis deux ans que nous sommes membres d’un sel, nous n’avons pas encore tout compris dans les différents noms, à chaque réunions lorsque chacun explique l’esprit du sel à de futurs membres, on constate que nous n’avons pas exactement la même explication, il faut être prudent bien sûr, on peut causer des heures, rien ne vaut les travaux pratiques et l’action.

Pour notre part nous essayons de développer l’esprit du sel, d’en parler, membre ou pas membre, il est tellement agréable de rendre service et d’en recevoir le moment venu.

Continuons, salutations.

Francis MARCHAND
Déosel (Vosges)

Logo de Marco
vendredi 4 février 2005 à 00h05, par  Marco

Bonjour à tous, pour ma part j’ai pas tout lu, je le ferai peut-être plus tard si j’ai du temps à perdre et répondrai point par point mais j’ai l’impression que c’est de l’énergie gaspillée, le JEU ça fonctionne déjà, c’est en route, alors pourquoi gaspiller de l’énergie à couper les cheveux en quatre ?

Cordialment

Marco

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