Dix poncifs sur la richesse

by Philippe Merlant et Patrick Viveret
samedi 1er novembre 2003
par WikiMan
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Dix poncifs sur la richesse

Par Philippe Merlant et Patrick Viveret

1. Le PIB est un bon indicateur de la richesse créée De la vache folle à l’Erika, de la tempête de décembre 1999 aux accidents de la route ou à l’explosion de l’usine AZF à Toulouse : toutes ces catastrophes sont des bénédictions pour notre produit intérieur brut ! Les centaines de milliards de francs qu’elles coûtent à la collectivité ne sont pas comptabilisées comme des destructions, mais comme des créations de richesse : dès lors qu’il faut payer des garagistes pour réparer les voitures endommagées, des cimentiers pour brûler les farines animales ou des médecins pour soigner les victimes de la pollution, des valeurs ajoutées monétaires sont enregistrées dans les comptes. Ce qui contribue à gonfler le PIB (produit intérieur brut).

2. Seules les entreprises produisent de la richesse Notre système économique repose sur la stricte séparation entre, d’un côté, des entreprises considérées comme seules productrices de richesse et, de l’autre, des activités sociales et écologiques financées par prélèvement sur cette richesse. Un tel mythe condamne les associations à quémander leurs moyens d’existence à l’État ou à les rechercher sur le marché, faute de disposer de ressources directement liées aux richesses sociales qu’elles contribuent à créer ou à préserver. En termes de comptabilité nationale, les associations concourent à faire baisser le PIB en développant des activités bénévoles plutôt que rémunérées. Ce système pervers fait des services publics un secteur suspecté en permanence de parasitisme.

3.Les indicateurs de productivité de l’ère industrielle sont toujours valables Nous disposons d’outils de mesure de la productivité forgés pour favoriser une croissance matérielle de nature industrielle. Ceux-ci s’avèrent largement contre-productifs lorsqu’il s’agit d’affronter les trois grands défis de l’avenir : entrée dans l’ère informationnelle, enjeux écologiques, rôle des services relationnels (éducation, santé…) dans notre développement. Ainsi, en matière de santé, ce qui compte n’est pas le nombre de visites chez le médecin, mais le fait de savoir si l’on est guéri ou, mieux, si l’on échappe à tel ou tel risque. Or, dans la comptabilité actuelle, plus on fait de prévention, plus on casse la croissance (puisqu’on consomme moins de médicaments et d’heures d’hospitalisation) !

4 La monnaie sert d’abord à faciliter l’échange Exact, mais pour une part seulement. Le mot "payer" vient du latin pacare, qui signifie pacifier et Montesquieu a développé une théorie du " doux commerce " comme alternative à la guerre. Mais, si la monnaie remplit cette fonction lorsqu’elle facilite l’échange entre partenaires, elle devient facteur de violence quand elle se fait outil de domination d’un capitalisme relevant plus de la volonté de puissance que du désir d’échange. Que des personnes désireuses d’échanger et de créer des activités ne puissent le faire au motif qu’elles sont insolvables est en contradiction avec la théorie de la monnaie comme outil d’échange.

5 L’argent reste le fondement de tout système d’échange Le système d’échange le plus universel entre les êtres humains est en réalité celui du temps. Celui-ci remplit d’autant mieux les rôles d’unité de compte et de moyen d’échange traditionnellement dévolus à la monnaie que ses unités (heures, minutes, secondes) ont l’avantage, contrairement à l’argent, d’être universellement reconnues et invariables. Bref, ce qu’on appelle l’argent, et qui n’est en fait que la " monnaie de marché ", n’est qu’un cas particulier de l’échange de temps. Il serait plus judicieux de dire que " l’argent, c’est du temps " plutôt que " le temps, c’est de l’argent ".

6 C’est la rareté qui fait la vraie valeur d’un bien Nous définissons la valeur, au sens économique, par la rareté. Mais cette intuition devient fausse lorsqu’elle dénie toute valeur à des biens non rares mais dont la perte serait irréparable : l’air est abondant et gratuit, mais sa disparition condamnerait l’espèce humaine. Ce qui montre que la valeur marchande est un sous-ensemble d’un système de valeurs plus élevé, dont il suffit de simuler la perte pour découvrir l’importance.

7 Les ressources planétaires sont insuffisantes pour satisfaire tous les besoins La guerre économique actuelle, que l’on nous présente comme liée à des logiques de rareté et de survie, se situe dans un contexte où les besoins fondamentaux des six milliards d’êtres humains peuvent être satisfaits. Les chiffres du Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) sont éloquents : il faudrait environ 40 milliards de dollars par an pour éradiquer la faim, permettre l’accès à l’eau potable pour tous, pour les loger décemment et combattre les grandes épidémies. Soit dix fois moins que pour les dépenses mondiales de publicité !

8 L’économie est née de la nécessité d’affecter des ressources rares Dans la plupart des cas, ce n’est pas la rareté mais l’abondance qui caractérise la nature : que l’on pense à l’abondance des espèces, des cellules et, de manière générale, à la formidable profusion dont témoigne le phénomène de la vie… Loin que l’économie apparaisse comme l’activité de base, condition de toute survie, elle est beaucoup plus, à partir de sa réinvention moderne au xixe siècle, l’idéologie dominante de la société industrielle.

9 L’économie joue un rôle central dans toutes les sociétés humaines S’il est un trait commun à la plupart des civilisations, c’est la subordination du travail, de la production et, plus largement, de la sphère économique à des activités ou des valeurs jugées plus fondamentales comme la politique, la culture, la philosophie. Même Adam Smith, le père de notre économie politique, estimait que le vrai rôle de l’économie était, en organisant l’abondance, de réunir les conditions pour construire ensuite une " république philosophique ". Quant à Keynes, il considérait que l’économie devrait occuper, à terme, une place réduite dans l’activité sociale et les économistes accepter que leur rôle ne soit pas plus important que celui des " dentistes ".

10 Il n’y a pas d’alternative au plan international sur ces questions Dès aujourd’hui, on peut s’appuyer sur un courant de recherche international pour faciliter la transformation de nos systèmes de représentation de la richesse. En témoignent les indicateurs de développement humain et de pauvreté élaborés par le Pnud, ceux de l’Union européenne sur des indicateurs environnementaux et sociaux, le débat récent sur la " responsabilité sociale de l’entreprise " et même certaines études de la Banque mondiale et de l’OCDE sur " le capital social " et le " capital naturel ". Enfin et surtout, l’exigence croissante de la société civile mondiale pousse les acteurs institutionnels et économiques à bouger sur cette question : la rencontre de Québec " globaliser la solidarité ", organisée par les acteurs de l’économie sociale et solidaire, et le Forum social mondial de Porto Alegre ont tous inscrit la reconsidération de la richesse à leur ordre du jour. Du coup, il devient difficile d’arguer du fait que la France ne saurait s’engager seule dans une stratégie de transformation pour justifier l’immobilisme. l Hors des circuits commerciaux et financiers traditionnels, des réseaux informels de solidarité se mettent en place dans nombre de pays. Loin d’être négligeable, leur action est aujourd’hui prise en compte par les autorités.

Vers un monde de troc

C’est la forme d’échange économique la plus vieille du monde et elle revient aujourd’hui à la mode pour incarner une certaine modernité. Le troc est remis en selle par l’économie sociale. De nos jours, on ne troque plus seulement des objets, mais aussi du temps, de l’entraide, du savoir, des compétences, de l’attention aux autres. Toutes sortes de choses de la vie quotidienne qui entretiennent des solidarités, alimentent des réseaux et nourrissent la convivialité, le " vivre ensemble ". Avec les systèmes d’échange partagés se développe une économie invisible qui rend de grands services. Surtout lorsqu’elle est démultipliée par des initiatives d’épargne et de crédits originales. En quelques exemples, voici un tour du monde (loin d’être exhaustif) de la planète solidaire.

France

Les Sel de la terre Grégoire initie Bernadette à Internet. Laquelle fait découvrir la cuisine provençale à Mélusine, qui elle-même garde les enfants de Bertrand. Quelque 40 000 Français se rendent ainsi service, aujourd’hui, à travers des systèmes d’échanges locaux, plus connus sous le nom de Sel. Lancés en 1983 en Ariège, ils représentent aujourd’hui près de 400 réseaux, présents dans 93 départements. Le principe est simple : échanger des biens, des services et des savoirs, par le biais d’une " monnaie " locale. Pas de francs ni d’euros en circulation dans ces nouveaux réseaux citoyens. Les adhérents détiennent un compte à la Banque des Sel. Chaque coup de main, chaque enseignement y est comptabilisé en monnaie fictive. Certains comptent en grains de Sel. D’autres en piafs ou en fleurs. La plupart des groupes accueillent entre cent et deux cents adhérents. Les Sel ruraux s’adressent souvent à une population aux faibles moyens. Les citadins, davantage à des adhérents désireux de sortir de l’anonymat des grandes villes. Aucun Sel ne ressemble à un autre. C’est leur force et leur faiblesse. Il y a trois ans, des artisans du bâtiment, en Ariège, ont intenté un procès à des adhérents. Motif : la construction d’un toit dans le cadre des Sel aurait occasionné une concurrence déloyale. Ils ont perdu en appel, mais l’épisode a marqué les esprits. Pour éviter une telle mésaventure, le Sel de Paris souhaite qu’une loi reconnaisse officiellement l’existence de ces nouveaux systèmes d’échange. Mais, il est sans doute encore un peu tôt pour figer un mouvement par essence évolutif, qui n’a pas dix ans d’existence. l Étienne Séguier

Contact par téléphone : 01 40 24 18 13. ???? Sur Internet, vous trouverez une liste à jour des Sel de France ici

États-Unis

Le time-dollar de l’entraide À 72 ans, Barbara se sent parfois trop fatiguée pour faire ses courses au centre commercial le plus proche. À Brooklyn, les escaliers des immeubles sont raides. Alors, deux fois par semaine, elle fait appel à Jeffrey, 34 ans, qui habite à deux rues de chez elle. Jeffrey gagne ainsi deux time-dollars. Il les réutilise en les donnant à la jeune fille qui vient, deux heures par semaine, donner des cours de soutien scolaire à son petit garçon. Barbara, quant à elle, récupère ses deux time-dollars dépensés en lisant des contes aux enfants de son quartier le samedi après-midi… Dans trente villes des États-Unis, des communautés se sont formées pour bénéficier de cette nouvelle monnaie non imposable. Elles peuvent aussi bien regrouper 200 personnes âgées, qui souhaitent pouvoir trouver de l’aide à tout moment, comme à Miami, que 70 000 individus de tous âges, comme dans cette banlieue pauvre de Saint-Louis. Pour chaque service rendu, un certificat est signé par le bénéficiaire. Une Time Bank gère les comptes de chacun et centralise offres et demandes de service. " Le time-dollar repose sur l’idée que tout le monde a besoin de tout le monde ", explique Edgar Cahn, président fondateur du Time Dollar Institute de Washington. " C’est un moyen pour les étrangers de devenir des voisins, pour les voisins de devenir des amis. Dans ce système, même ceux qui ne bénéficient pas l’économie de marché ont aussi une richesse à offrir. "

Japon

Les héritiers du yui et du ko Au premier regard, ce sont des associations comme les autres. Leurs membres consacrent du temps à des personnes âgées ou handicapées, leur apportent de l’aide ou des soins. Rien que de très classique. L’originalité du système réside dans la " rémunération " des " bénévoles ". Ils possèdent un " livret épargne-temps " qui ressemble aux livrets délivrés par les banques. Ils y accumulent leurs heures de travail sous forme de points. Chacun peut, ensuite, utiliser ce " crédit-temps " afin de bénéficier de services similaires ou différents, pour lui-même ou sa famille. Ces systèmes d’assistance sont encouragés par les pouvoirs publics comme complément efficace aux services assurés par l’État. Créée en 1999, une commission composée de fonctionnaires et de citoyens fixe le cadre des activités que ces associations prennent en charge, ainsi que les aides financières dont elles bénéficient. Depuis mars 2000, ce Conseil national d’entraide assure de manière collective la formation des bénévoles. De tels réseaux d’échange ne sont pas nouveaux au Japon. Autrefois, la société traditionnelle fonctionnait avec le yui (réseau d’entraide pour le repiquage du riz, par exemple) et le ko (financement mutuel reposant sur des dépôts en argent et en nature). l Adélaïde Colin

Italie

Des banques qui stockent le temps

Valoriser leurs activités du quotidien, non salariales, c’est le défi que s’est lancé au début des années 90 un groupe d’Italiennes de la région de Bologne. En 1991, la première Banque du temps y est créée, sur les mêmes principes que les Time Banks américaines : elle organise les emplois du temps des volontaires selon l’offre, la demande et les compétences de chacune, puis comptabilise les heures en crédit ou en débit. Aujourd’hui, plus de 260 Banques du temps, qui regroupent entre dix à 100 personnes, sont recensées à travers toute l’Italie. Les Banques du temps ont une spécificité : le lien très fort avec les administrations locales, qui sont, dans presque tous les cas, à l’origine de leur création. Mairies et services sociaux offrent finances, parfois locaux. L’administration répond ainsi à une revendication des Italiens exprimée dans un débat sur le " mieux vivre social " qui a traversé les années 80. Même si beaucoup d’associations viennent à fermer, car le " réseau d’échange " ne fonctionne pas toujours, le système des Banques du temps reste un excellent moyen de resserrer le tissu social… et de valoriser le temps des femmes italiennes, dans une société qui les cantonne à un rôle traditionnel. l Dorothée Drevon

Argentine

Le troc contre la crise Comme dans le conte, c’est une simple citrouille qui a transformé leur vie. En 1995, des voisins solidaires de la banlieue de Buenos Aires, ont donné naissance au troc par hasard, en échangeant un surplus de potager. L’expérience, d’abord locale, devint rapidement régionale, puis nationale. En trois ans, des milliers de familles argentines, victimes de la crise et du chômage, et qui ne bénéficient ni du RMI, ni de l’assurance chômage, ni d’allocations familiales, ont adhéré aux clubs de troc. Aujourd’hui, ils sont plus de 400 000 à échanger des produits ou des services, dans les 500 clubs de troc reliés par le Réseau global. Grâce à ce système élaboré de centralisation et de comptabilité en micro-crédits, la " monnaie sociale " qui matérialise le troc est devenue une réponse efficace à la détérioration de la qualité de la vie. Le gouvernement a vite compris l’importance de cette économie solidaire. Il a déclaré le système " d’intérêt social ". l Claire Lamotte

Québec

Des syndicalistes capitalisent Travailleur et actionnaire ! Au Québec, le principal fonds de pension est détenu par le premier syndicat de la Belle Province : la Fédération des travailleurs du Québec. Plus de 400 000 travailleurs lui ont confié leur pécule afin de s’assurer une meilleure retraite, soit près d’un actif sur neuf. Les ambitions de ce fonds n’ont pas varié depuis sa création en 1983 : faire fructifier les économies de ses actionnaires et maintenir l’emploi. Sur dix ans, ce Fonds de solidarité - son nom officiel - peut se targuer d’une rentabilité en moyenne de l’ordre de 7 %. Côté emplois, 1 600 entreprises ont bénéficié de ses investissements. Avec, à la clé, la sauvegarde ou la création de 90 000 postes. Le fonds investit aussi bien dans les entreprises classiques que dans les jeunes pousses prometteuses. Il a ainsi été le premier à croire en l’avenir des biotechnologies. Aucune initiative similaire n’existe pour le moment en France. Mais cet automne, la CFDT a exprimé son intention de suivre cet exemple, histoire de peser de l’intérieur sur la mondialisation. l E.S.

Cameroun

Le coup de pouce du micro-crédit À Ekounou, quartier populaire perché sur une colline verdoyante de Yaoundé, l’atelier de couture d’Estelle connaît une renommée enviable. Il y a encore deux ans, cette Camerounaise de 23 ans gagnait sa vie au coup par coup, en reprisant à l’aiguille pantalons et boubous ou en vendant des beignets sur le bord de la route avec sa tante. C’est une femme de son quartier qui lui a conseillé d’aller voir l’antenne d’Action contre la faim présente à Ekounou. Celle-ci prête de l’argent aux femmes souhaitant démarrer une activité de production ou de vente. Avec 15 000 francs CFA (150 F ou 22,87 euros), Estelle a pu acheter une machine à coudre à pédale et monter ainsi son petit atelier. La pièce est minuscule, en béton et tôles ondulées. Mais les deux grandes ouvertures offrent une bonne luminosité. Aujourd’hui, Estelle fabrique des vêtements sur mesure, mais aussi des sacs, des poupées. Son frère travaille avec elle, sur la machine. À eux deux, ils ont pu rapidement rembourser la petite somme prêtée et font vivre une famille élargie : père, mère, aïeux, cousins. Si Estelle n’a pas hésité à se lancer dans l’aventure, c’est parce que le système du prêt ne lui était pas inconnu : la pratique traditionnelle de la tontine permet depuis longtemps aux femmes africaines de mener à bien des projets grâce à une mise de fonds commune, dans les villages ou les quartiers. Les institutions publiques (ministère des Affaires étrangères, Agence française pour le développement), les ONG et les sociétés privées s’intéressent au micro-crédit depuis le succès de l’initiative lancée au Bangladesh dans les années 70. Ce type de financement connaît un succès grandissant au Cameroun, et dans toute l’Afrique. Cependant ses limites sont connues. Le micro-crédit permet, certes, de lutter contre la pauvreté. Mais uniquement dans les zones qui bénéficient déjà d’une activité diversifiée.

Redonner leur sens aux mots La plupart des mots du vocabulaire économique ont pour particularité de transformer le sens courant des termes usuels. Porter un autre regard sur la richesse, c’est donc d’abord se les réapproprier.

Richesse

Adam Smith, dans la Richesse des nations, et Malthus, dans Principes d’économie politique, consacrent une vision de la richesse assimilée à une production marchande matérielle. Une convention dont le double objectif est de valoriser certaines activités et d’assurer à l’économie les moyens d’affirmer son autonomie en lui donnant le statut d’une science objective, assise sur des comparaisons quantitatives. Pourtant, reconnaît Malthus, il existe des richesses d’une autre nature ; ce sont " des sources de bonheur autres que celles qui proviennent d’objets matériels mais que l’on ne saurait sans le plus grand abus, mettre au rang des objets grossiers dont se compose la richesse des nations. "

Économie

Vient du grec oikos (maison) et nomos (ordre, loi). Pour les inventeurs de l’économie que sont les Grecs et pour son premier théoricien, Xénophon, l’économie se place dans une nette division sociale et sexuelle des tâches. La politique est réservée aux hommes, le travail aux esclaves et l’économie aux femmes. Mais lorsque l’économie est réinventée, à la fin du xviiie siècle, ses théoriciens vont pratiquer un véritable coup de force par rapport au sens originel du mot en décrétant "improductives" l’ensemble des tâches domestiques. Au moment où la bourgeoisie masculine prend le pouvoir et considère que c’est l’économie, plus que la politique, qui devient un genre majeur, les femmes ne leur paraissent plus dignes d’être au centre de l’activité économique.

Valeur

Du latin valor, la valeur est ce qui donne de la force, de l’énergie. Au sens radical du terme, la valeur, chez un être humain conscient d’être mortel, c’est ce qui lui donne une force de vie : le sens et la reconnaissance sont ainsi beaucoup plus forts face à la mort que la puissance et la richesse monétaire. Pourtant le courant économique dominant a fini par réduire la valeur à ce que les Anglo-Saxons nomment : " Value for money ". On est passé ainsi de sociétés où " ce qui a vraiment de la valeur n’a pas de prix " à des sociétés de marché où ce qui n’a pas de prix n’a pas réellement de valeur.

Utilité

Le langage économique dominant a nommé " utilité ", à la suite de Jean-Baptiste Say, ce qu’il conviendrait en réalité de nommer " désirabilité ". Il y a en effet des objets ou des services que le sens commun considère comme inutiles, mais désirables (un diamant par exemple), et d’autres qui sont très utiles, voire vitaux (l’eau potable), dont l’utilité au sens économique sera considérée comme faible, sous prétexte qu’elle est abondante et gratuite. Léon Walras, théoricien de l’économie marginaliste, systématisera ce sens contestable : " Je dis que les choses sont utiles dès qu’elles peuvent servir à un usage quelconque et en permettent la satisfaction. Ainsi il n’y a pas à s’occuper ici des nuances par lesquelles on classe, dans le langage de la conversation, l’utile à côté de l’agréable entre le nécessaire et le superflu. Nécessaire, utile, agréable et superflu, tout cela, pour nous, est seulement plus ou moins utile. "

Travail

Du latin trepalium (instrument de torture), le travail a gardé longtemps son sens de malédiction (" accoucher dans la douleur "). C’est à partir des débuts de la révolution industrielle qu’il commencera à prendre un sens positif, face à la peur du chômage, sens qui culminera dans le fameux " droit au travail ". Le mouvement ouvrier préféra la notion d’ouvrage et inscrivit son action dans la perspective de l’abolition du travail et du salariat.

Activité/inactivité

Au sens économique du terme notre vie est " active " pendant le temps réduit de notre activité professionnelle rémunérée, ce qui correspond aujourd’hui à moins de 10 % du temps de vie total (pour une durée moyenne de 76 ans). En revanche nous sommes " inactifs " lorsque nous effectuons des tâches domestiques gratuitement, lorsque nous éduquons nos enfants, lorsque nous nous engageons bénévolement dans des associations


Ce texte est à transmettre et à faire découvrir sur tous les forums...

IL est à diffuser parmi tous les sytèmes d’échanes non monétaire.

cordialement . Daniel D.


Commentaires

dimanche 21 juillet 2002 à 11h26

Vous avez soulevé l’une des « anomalies du PIB ».Vous auriez pu écrire « que lePIB est une imposture de notre économie » !Il mesure la croissance des biens et des services produit par le travail monétisé par des méthodes extrêmements complexes .La commission Bostin, experts américains, avait conclut : « que la marge d’incertitude sur la croissance dans les années 1990 pouvait conduire à la sous –estimer de plus d’un point par an…. » Nous sommes en 2002 ,voyez la richesse non prise en compte …
Que le temps libre n’est pas pris en compte…
Que le PIB américain s’exprime en dollars , le français en euro (actuellement) que nous sommes amenés sans cesse à le convertir !……
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Le temps semblerai le plus approprié comme moyen d’échanges…
Faire admettre la parité :1 heure d’un plombier == 1 heure d’un médecin me semble une gageure. Malgré la souplesse d’évaluation de l’échange, que nous pourrons lui apporter,
il y a risque d’insatisfaction des partenaires.
Vous avez omis la notion du lien ,qui en soi est le plus important !
Dans les SEL nous parlons beaucoup :que l’argent est subordonné au lien .Mais cet argent ,tel un affront ! réapparait sans cesse et nous empoisonne la vie. Consultez la littérature économiques des SEL : lénifiante et décevante…
Les Sel devraient s’en souvenirs, s’en écarter et s’investir corps et âmes dans la notion du DON. Là, nous serons sûrs de remporter des victoires et non plus essuyer des sarcasmes
ou les indulgences de certains.
C’est le sens de mes propositions pour un nouveau statut pour le SEL37.Que je résume :
-  donner un sens politique à nos actions
-  vivifier nos liens d’échanges par l’approfondissement de la notion du DON ,donner/recevoir et rendre.

André Fraioli Sel37 tours

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