Les lignes de fuite

par SIMON
mardi 11 avril 2017
par Collectif TRANSVERSEL
popularité : 1%

Dans l’univers des dispositifs de pouvoir, dans ce monde tellement blindé de rôles et de rapports qu’il n’en finit pas de mourir, l’émancipation ne se pose pas comme un programme, un projet alternatif mais comme une perspective, une ligne : la ligne de fuite.

Le concept de ligne de fuite a été élaboré par Félix Guattari et Gilles Deleuze.

Ils distinguent pour cela au sein de nos vies trois types de ligne : la ligne dure, la ligne souple et la ligne de fuite. Les lignes dures sont celles des dispositifs de pouvoir. Tant que nous restons sous contrôle, nous nous contentons de passer d’un segment dur à l’autre : de l’école à l’université, puis au salariat et enfin la retraite. Les lignes dures nous promettent un « avenir », une carrière, une famille, une destinée à accomplir, une vocation à réaliser.

Les lignes souples sont différentes mais voguent autour des lignes dures sans les remettre en question : histoires de famille, désirs cachés, rêveries pendant les cours, vilain petit secret, discussions à voix basses autour de la machine à café, micro-politique. Ce sont ces liens qui s’immiscent même au cœur d’un univers de rapports, ces petits refus de respecter le règlement ou le code de la route, ces grèves ponctuelles, ces cours séchés. D’un passage par une ligne souple, tu reviens rapidement sur la ligne dure : tout rentre dans l’ordre.

Et enfin il y a les lignes de fuite, et de celles-ci nous ne revenons jamais au même endroit. « Une vraie rupture est quelque chose sur quoi on ne peut pas revenir, qui est irrémissible parce qu’elle fait que le passé a cessé d’exister » (Deleuze et Guattari citant Fitzgerald dans Mille Plateaux). Les lignes de fuite ne définissent pas un avenir mais un devenir. Il n’y a pas de programme, pas de plan de carrière possible lorsque nous sommes sur une ligne de fuite. « On est devenu soi-même imperceptible et clandestin dans un voyage immobile. Plus rien ne peut se passer ni s’être passé. Plus personne ne peut rien pour moi ni contre moi. Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu’ils sont imaginaires, au contraire, parce que je suis entrain de les tracer » (Mille Plateaux). « Nous devons inventer nos lignes de fuite si nous en sommes capables, et nous ne pouvons les inventer qu’en les traçant effectivement, dans la vie » (ibidem). La destination est inconnue, imprévisible. C’est un devenir, un processus incontrôlable. C’est notre ligne d’émancipation, de libération. Elle est le contraire du destin ou de la carrière. Et c’est sur une telle ligne que je peux enfin me sentir vivre, me sentir libre.

Et pourtant si Félix et Gilles définissent trois lignes (et non deux), c’est bien pour nous garder de tout dualisme. Il n’y a pas d’un côté les méchantes lignes dures et de l’autre les bonnes lignes de fuite. Le dualisme est plutôt celui de la morale et des dispositifs de pouvoir. Prendre une ligne de fuite ne signifie pas « prendre la bonne voie » mais « expérimenter ». Il n’y a pas de dualisme tout d’abord parce que les lignes dures nous sont parfois vitales (pour nous nourrir et avoir un endroit où dormir) bien qu’elles travaillent nos corps, nous découpent, surcodent nos manières de percevoir, d’agir, de sentir. Le travail visant à miner ces lignes est délicat car il se fait non seulement contre l’Etat mais aussi sur soi.

Ensuite les lignes de fuite sont les plus dangereuses parce qu’elles sont réelles et pas du tout imaginaires (ce sont les lignes souples qui sont imaginaires : rêveries, fantasmes, utopies révolutionnaires, ragots,...) . Avant de suivre une ligne de fuite il faut pouvoir la tracer. Sinon cela peut nous mener à la catastrophe : paranoïa, suicide, overdose, hôpital psychiatrique, solitude, alcoolisme ou dépression. La ligne de fuite tourne en ligne d’abolition, notamment lorsque quelqu’un fuit seul(e), fuit les autres au lieu de fuir les dispositifs. Mais même à plusieurs, la fuite peut nous emmener tout droit dans un trou noir, un micro-fascisme, une secte ou un groupuscule de lutte armée, puis la prison et la mort. Dans ce cas nous avons effectivement fui nos lignes dures mais pour se faire rabattre sur des lignes bien pires encore. La désertion est une expérimentation périlleuse aussi parce qu’elle n’est pas encadrée : nous devons tracer nous-mêmes nos lignes de fuite.

Enfin, dans nos vies, toutes les lignes sont entremêlées. A la multitude des dispositifs de pouvoir correspond une multitude de lignes dures autour desquelles se tortillent une myriade de lignes souples. Et de chaque dispositif une multiplicité de désertions sont possibles. Malgré tout une émancipation globale ne se résume pas à la fuite de tous les dispositifs : ce serait là l’erreur de vouloir faire de l’émancipation une fin-en-soi, d’unifier les lignes de fuite en un programme politique. Les émancipations sont autant de libérations que de difficultés et de dangers. C’est parfois en repassant ponctuellement par des lignes dures que nous élaborerons nos meilleures désertions : un boulot saisonnier pour financer une caravane permanente, une petite subvention ponctuelle pour construire une zone d’autonomie collective, un passage par le dispositif RMI pendant un an pour repartir de plus belle ensuite.

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la rupture

Les lignes dures ne sont pas à considérer de manière morale mais de manière éthique et stratégique :
- Ethique car ces dispositifs ne sont pas neutres et peuvent rapidement nous asservir et nous façonner (d’où ma proposition de n’y faire que des passages furtifs).
- Stratégique car ces passages sur les lignes dures peuvent nous permettre de propulser nos désertions et établir nos plans d’émancipation. Argent, salariat, action politique, médiatisation, subvention, voiture, propriété privée, peuvent parfois nous servir pour enclencher une évasion ou bien éviter la répression. Toute la difficulté est de ne pas se laisser rabattre sur une ligne dure lors de ces incursions.

Car ce dont il s’agit dans ces exemples ce n’est pas de choisir une ligne dure moins pire que les autres (le RMI plutôt que le salariat, une conjugalité sans enfant plutôt que le projet familial, l’agriculture biologique plutôt que l’agriculture conventionnelle). Cela serait passer d’une ligne dure à une autre sans jamais fuir quoi que ce soit. Il s’agit de tracer astucieusement un plan d’émancipation ; le tracer tout en l’expérimentant au jour le jour, et en slalomant entre les tentatives de rabattement. Parce que les dispositifs de pouvoir essayent par tous les moyens de rattraper les déserteurs et des déserteuses : c’est l’assistance sociale qui veut nous réinsérer, le conseiller d’orientation et nos parents qui veulent nous aider à définir notre avenir, le syndicat qui veut nous encarter à la fin de la grève sauvage nos ami(e)s et parents qui veulent « sauver notre mariage », la psychothérapie, les juges, les flics, et moi-même. Et oui. Moi-même lorsque je rédige mon CV et élabore mon projet de vie, de carrière, mon avenir. Le risque du rabattement ne vient pas que de l’extérieur et c’est pour cela que les problèmes ne sont pas seulement politiques mais bien éthiques : c’est dans mes peurs, mes préjugés, mes besoins, mes dépendances, mes habitudes, mon mode de vie que se cachent le rabattement, l’auto répression, l’autodiscipline. Le flic est en moi.

La fuite n’est donc pas simplement désertion du champ de bataille, évasion d’une prison, fugue de l’école ou de la famille, rupture conjugale. Nous constituons nos propres dispositifs de pouvoir et d’aliénation. La fuite peu aussi bien être immobile, en tant que renversement des rapports, ruine du dispositif, soustraction aux rôles attendus, refus d’obéir. Non pas fuite de l’autre mais élaboration d’une autre relation à l’autre. Il y a des dispositifs qu’il nous faudra fuir réellement tant ils nous anéantissent mais il y a ces dispositifs que nous avons bâtis nous-mêmes (ces collectifs devenus communautés terrible, ces couples devenus conjugalités, ces familles devenues patriarcales et cloisonnées). Ces rapports que nous avons laissé s’établir, il s’agit désormais de les renverser, d’établir une autre relation à soi et aux autres, d’élaborer d’autres modes d’existence.

Nos lignes de fuites progressent au sein de ces expériences.


remerciements à SIMON pour ses travaux :

la suite sera republiée en prime-time en janvier 2018, mais est disponible sur le site si vous allez sur les documents de 2008.

Ce texte a été lu plus de 9000 fois depuis sa parution. Merci à vous tous qui soutenez l’action de l’association Transversel.

Pour 2011 ; nous avons besoin de vous...Vous pouvez nous aider à développer nos actions...

En 2015-2016....toujours besoin de votre participation...

Et oui, la preuve...ici , grandeur nature avec ce site...exceptionnel... !

A bientôt ...Avril 2017...Et toujours là avec VOUS... La rédaction.

Le collectif "Transversel" Nous écrire sur : transversel2014@yahoo.fr

Merci

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Commentaires

Logo de Lena
samedi 17 juin 2017 à 06h51, par  Lena

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And i am glad reading your article. But want to remark on few general things,
The web site style is wonderful, the articles is really great :
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mercredi 16 janvier 2013 à 22h55, par  CQedAbMx

C’est malheureusement la pervue qu’il n’e9tait plus de son temps : il n’a pas su voir comment fonctionne la socie9te9 nume9rique du web collaboratif.C’est dommage qu’il insiste pour croire que c’est le0 son seul he9ritage (et en plus, son site n’est meame plus en ligne). C’est orgueilleux. Son he9ritage, il l’a de9je0 donne9 (il a apporte9 une re9flexion sur le multime9dia alors que personne ne savait se qu’e9tait un ordinateur). Bien sfbr, il est triste de devoir laisser sa place, mais la jeune ge9ne9ration est de9je0 en train de collaborer selon de nouveau standards

Logo de Collectif TRANSVERSEL
jeudi 29 septembre 2011 à 15h12, par  Collectif TRANSVERSEL

Nous avons pris note de votre texte en réponse à l’article "Les lignes de fuite" ...Merci beaucoup, c’est très intéressant, on vous retrouve sur FB...

A bientôt.

Daniel

Logo de Mathieu
lundi 19 septembre 2011 à 21h30, par  Mathieu

Remarquable post, merci pour le partage.

De plus, votre site a-t-il un flux RSS auquel s’inscrire ? Pouvez-vous me le faire parvenir par email svp ? Merci par avance ;)

Vous voulez tester de jouer aux jeux de grattage

mardi 18 mai 2010 à 22h21

C’est tout simplement dommage !!
BetClic

dimanche 13 septembre 2009 à 18h17

Pareil que l’autre article, vraiment très intéressant !

Site web : Bingo
Logo de webmaster
jeudi 27 mars 2008 à 21h11, par  webmaster

DÉMANTÈLEMENT DU CODE DU TRAVAIL
Le gouvernement prépare des ordonnances pour démanteler le code du travail.
Une "recodification" du code du travail qui vise à faciliter les licenciements et abroger la durée légale du travail. "La partie réglementaire entrera en vigueur à partir de mai
2008."

Cette recodification comporte deux parties : une législative et
une réglementaire. Et le conseil des ministres a adopté le 7 mars 2007
l’ordonnance relative à sa partie législative, texte de 58 pages accompagné du
pavé du code lui-même, soit 476 pages et 42 pages de table des matières. Ce
travail de recodification devait être effectué à « droit constant ». Tu parles !
C’est un embrouillamini.

La partie législative à l’échéance du 4 décembre 2007.
Ce texte a été avalisé par le Conseil Constitutionnel le 20 janvier 2008 - sur ce sujet, le mutisme des médias est intolérable !
A l’Assemblée Nationale, ce texte a été présenté comme une amélioration et une modernisation alors qu’il casse le code du travail et rétablit les pires conditions de travail voulues par le grand patronat (MEDEF) : déréglementation de la durée légale du travail, légalisation des licenciements, augmentation de la période d’essai, bref, il annule les acquis
sociaux de plus de 130 ans de luttes syndicales tandis que le gouvernement enlève aux salariés pratiquement tout recours... en supprimant des tribunaux des Prud’hommes.

A peine adopté, il était déjà contesté par les syndicats
La CGT, opposée sur cette recodification, a expliqué « que le nouveau texte,
qui devait être rédigé à "droit constant", est en réalité une réécriture
complète qui modifie de façon très négative l’articulation, le sens général et
donc l’interprétation du code ». Mais si les députés UMP à la botte du
gouvemement valident cette recodification, il sera applicable à partir de mai
2008.
La « réforme des licenciements »
La « période de validation économique », qui offre à l’employeur la possibilité
de licencier plus facilement pendant une période d’essai doublée, fait
l’hunanimité contre elle. L’indemnité de licenciement ne compenserait évidemment
pas la perte d’emploi et la période de chômage. Le comble, c’est Denis
Gautier-Sauvagnac, chef de file de la délégation patronale, qui a présenté les
propositions du MEDEF, de l’UPA et de la CGPME sur les ruptures de contrat de
travail, alors qu’il est confronté à une affaire judiciaire insoutenable sur les
fonds secrets du syndicat patronal de la métalurgie (UIMM) (affaire en cours).

« Fiction juridique »
"C’est vers une période d’essai allongée que se trouve très certainement le
compromis, à condition que les conditions d’accompagnement des chômeurs soient
réévaluées au travers de nouveaux droits. Une piste que n’exclut pas la CQT. Sur
la séparation à l’amiable, en revanche, les positions sont encore loin de
concorder : qualifiée de « fantasme » par Marcel Grignard (CFDT) et de « 
fiction juridique » par Stéphane Lardy (FO), les critiques ont fusé tout au long
de la réunion de négociation. L’arbitrage prud’homal reste encore, pour
beaucoup, l’ultime rempart aux excès supposés du parquet" ... cela pendant que
beaucoup de tribunaux des Prud’hommes sont supprimés.

Pas de « garantie procédurale » !
Les syndicats ont également regretté l’absence de mesure d’accompagnement en
cas de rupture de contrat. En effet, si la séparation à l’amiable semble
permettre la constitution d’un pécule pour le salarié, Alain Lecanu (CGC)
regrette qu’il ne soit prévu aucune « garantie procédurale associée à la
sécurisation de son parcours professionnel ». C’est en 2005 qu’une commission
avait été crée pour préparer tout cela, sous Chirac-Raffarin.
« La route est longue et la pente sérieuse, aurait ajouté Jean-Pierre Raffarin, mais la
compétitivité de nos entreprises ne peut s’améliorer qu’au prix de cette refonte
du droit du travail. » Les entreprises du CAC40 engrangent des gros bénéfices, et
les autres ferment une à une.
« En matière de souplesse, on ne sera jamais au niveau des Chinois, alors ne remettons pas en cause notre dispositif », estime Maurad Rabbi (CGT). Peut-être, car les conditions de travail des chinois sont encore bien pires. "Le salut viendra vraisemblablement des avancées proposées dans le cadre des garanties à apporter en cas de rupture de
contrat", lisait-on dans Les Echos le 8 octobre 2007.

Logo de Hervé Pache (H.P.)
samedi 4 août 2007 à 06h47, par  Hervé Pache (H.P.)

Les lignes de fuite, c’est la constitution d’agencements, un « fil tendu vers… », un mouvement actif de déterritorialisation opérant la constitution singulière et singularisante d’une « cartographie » des devenirs… guêpe et orchidée. Au bout du compte, le fil ne part pas d’un « sujet » qui serait pris dans un « pousse-à-l’objet » - formulation lacanienne du mécanisme pulsionnel -, « objet » dont l’obtention viendrait interrompre une tension forcément désagréable si l’on colle à l’idée freudienne, par une nécessaire « décharge » confondue avec le « plaisir », et dont la résultante serait l’abolition - Todtriebe - du désir (conception psychanalytique) : masturbation, orgasme… éjaculat de petite mort. Car, en vérité, il ne saurait y avoir d’objet « manquant » dans la mesure où le désir méconnaît l’objet esseulé, appréhendé dans l’abstrait et comme isolé du monde, pure re-présentation imaginaire. Non, ce que le désir vise dans le réel, c’est peut-être un objet, certainement d’ailleurs, mais un objet toujours en tant qu’ « inscrit » dans un dispositif contextuel, un agencement, une constellation toujours à créer, production, construction. « Le grand secret », comme dit si bien Deleuze dans son commentaire de l’Œdipe à Colone de Sophocle, « c’est quand on n’a plus rien à cacher », mais c’est aussi l’affirmation de la puissance du désir en tant qu’il ne manque de rien. A l’évidence, il y a de l’objet dans le sujet, le philosophe René Scherer allant même jusqu’à consacrer tout un article dans la revue « Chimères » aux subjectivités hors sujet. Guattari parlant, quand à lui de subjectivités objectives .
Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder évoluer les jeunes enfants dans leurs jeux comme dans la vie… de nouveau Guattari : « Les esprits - anthropomorphiques- semblent peupler les choses, les paysages, les groupes. » projection / introjection ? Combien de devenirs, de lignes de fuite chez les enfants : Le cheval, l’arrosoir, le petit coléoptère, l’eau du bain, les poubelles, leur contenu… les enfants sont des petits bergsoniens pénétrés de métaphysique. Qu’advient-il de ce que l’adulte jette ? Où vont donc ces objets dont on ne fait plus usage ? A la poubelle certes, « mais une telle réponse est insuffisante… car ce qui a cessé d’être utile commence à être, tout simplement. » ( Deleuze, sur le cinéma de Werner Herzog, in Cinéma, 1.L’image-mouvement, Paris, Minuit, 1983, pp. 250-251)
Les enfants savent bien ce que c’est qu’un devenir, une ligne de fuite. Ils n’ignorent rien de ce qui fait un « processus », voyage qui, au sens du grand Jaspers, méconnaît le trajet.
Je ne souhaite pas particulièrement parler de moi, mais il me semble que j’aurais à dire sur les effets des « noms de l’Histoire » ( personnages historiques, dieux, races, peuples… ), si bien compris, à la suite de Nietzsche ou encore Nijinsky par les auteurs de L’anti-Oedipe . Les enfants comme les « fous » voire comme les historiens (même s’ils sont garants d’une certaine rigueur universitaire et pédagogique !) ne se sont jamais littéralement pris pour Ramsès II, Hammourabi, Baal-Moloch, Messaline, Zeus, Caligula, Napoléon, Marguerite de Navarre, Jésus-Christ, Spinoza, Mick Jagger, Paganini, Picabia, Tartempion, Lacan, etc. Mais il paraît tout à fait incontestable que tout « ces noms propres identifient des races, des peuples, des personnes à des régions, des seuils ou des effets dans une production de quantité intensives. Ces noms renvoyant, comme en physique (type effet Joule), à l’effectuation d’un système de signes. (cf : L’anti-Œdipe)
Infirmier en service de psychiatrie, je voudrais pour terminer ma « contribution textuelle », rendre compte de ce que je saisis – je peux me tromper - des devenirs et lignes de fuite du schizo tel qu’interné - schizophrène « décompensé » - en service d’accueil, à l’H.P. :
N.B. : il s’agit de l’extrait d’un court article publié sur le blog (excellent par ailleurs) « L’anti-Œdipe en question » :
« Ce qui frappe d’emblée (véritable uppercut, toujours cette intrication des mots et des choses dans la schizophrénie…), c’est l’insaisissable de la position du « sujet » dans le monde. Comme si il y avait métastase des lignes de fuite (mixte d’éléments de réalité éprouvé), imbrication de celles-ci jusqu’au collapsus nodal, – les lignes folles se mélangent, les devenirs s’entremêlent comme autant de possibles jusqu’à constituer des nœuds, authentiques points d’arrêt processuels : grains d’abolition dans une mécanique en surchauffe – coagulation, stase. »

Dans l’espoir d’un « retour » de votre part.

Bien à vous.

Hervé Pache.

Logo de Hervé Pache (H.P.)
samedi 4 août 2007 à 06h43, par  Hervé Pache (H.P.)

Les lignes de fuite, c’est la constitution d’agencements, un « fil tendu vers… », un mouvement actif de déterritorialisation opérant la constitution singulière et singularisante d’une « cartographie » des devenirs… guêpe et orchidée. Au bout du compte, le fil ne part pas d’un « sujet » qui serait pris dans un « pousse-à-l’objet » - formulation lacanienne du mécanisme pulsionnel -, « objet » dont l’obtention viendrait interrompre une tension forcément désagréable si l’on colle à l’idée freudienne, par une nécessaire « décharge » confondue avec le « plaisir », et dont la résultante serait l’abolition - Todtriebe - du désir (conception psychanalytique) : masturbation, orgasme… éjaculat de petite mort. Car, en vérité, il ne saurait y avoir d’objet « manquant » dans la mesure où le désir méconnaît l’objet esseulé, appréhendé dans l’abstrait et comme isolé du monde, pure re-présentation imaginaire. Non, ce que le désir vise dans le réel, c’est peut-être un objet, certainement d’ailleurs, mais un objet toujours en tant qu’ « inscrit » dans un dispositif contextuel, un agencement, une constellation toujours à créer, production, construction. « Le grand secret », comme dit si bien Deleuze dans son commentaire de l’Œdipe à Colone de Sophocle, « c’est quand on n’a plus rien à cacher », mais c’est aussi l’affirmation de la puissance du désir en tant qu’il ne manque de rien. A l’évidence, il y a de l’objet dans le sujet, le philosophe René Scherer allant même jusqu’à consacrer tout un article dans la revue « Chimères » aux subjectivités hors sujet. Guattari parlant, quand à lui de subjectivités objectives .
Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder évoluer les jeunes enfants dans leurs jeux comme dans la vie… de nouveau Guattari : « Les esprits - anthropomorphiques- semblent peupler les choses, les paysages, les groupes. » projection / introjection ? Combien de devenirs, de lignes de fuite chez les enfants : Le cheval, l’arrosoir, le petit coléoptère, l’eau du bain, les poubelles, leur contenu… les enfants sont des petits bergsoniens pénétrés de métaphysique. Qu’advient-il de ce que l’adulte jette ? Où vont donc ces objets dont on ne fait plus usage ? A la poubelle certes, « mais une telle réponse est insuffisante… car ce qui a cessé d’être utile commence à être, tout simplement. » ( Deleuze, sur le cinéma de Werner Herzog, in Cinéma, 1.L’image-mouvement, Paris, Minuit, 1983, pp. 250-251)
Les enfants savent bien ce que c’est qu’un devenir, une ligne de fuite. Ils n’ignorent rien de ce qui fait un « processus », voyage qui, au sens du grand Jaspers, méconnaît le trajet.
Je ne souhaite pas particulièrement parler de moi, mais il me semble que j’aurais à dire sur les effets des « noms de l’Histoire » ( personnages historiques, dieux, races, peuples… ), si bien compris, à la suite de Nietzsche ou encore Nijinsky par les auteurs de L’anti-Oedipe . Les enfants comme les « fous » voire comme les historiens (même s’ils sont garants d’une certaine rigueur universitaire et pédagogique !) ne se sont jamais littéralement pris pour Ramsès II, Hammourabi, Baal-Moloch, Messaline, Zeus, Caligula, Napoléon, Marguerite de Navarre, Jésus-Christ, Spinoza, Mick Jagger, Paganini, Picabia, Tartempion, Lacan, etc. Mais il paraît tout à fait incontestable que tout « ces noms propres identifient des races, des peuples, des personnes à des régions, des seuils ou des effets dans une production de quantité intensives. Ces noms renvoyant, comme en physique (type effet Joule), à l’effectuation d’un système de signes. (cf : L’anti-Œdipe)
Infirmier en service de psychiatrie, je voudrais pour terminer ma « contribution textuelle », rendre compte de ce que je saisis – je peux me tromper - des devenirs et lignes de fuite du schizo tel qu’interné - schizophrène « décompensé » - en service d’accueil, à l’H.P. :
N.B. : il s’agit de l’extrait d’un court article publié sur le blog (excellent par ailleurs) « L’anti-Œdipe en question » :
« Ce qui frappe d’emblée (véritable uppercut, toujours cette intrication des mots et des choses dans la schizophrénie…), c’est l’insaisissable de la position du « sujet » dans le monde. Comme si il y avait métastase des lignes de fuite (mixte d’éléments de réalité éprouvé), imbrication de celles-ci jusqu’au collapsus nodal, – les lignes folles se mélangent, les devenirs s’entremêlent comme autant de possibles jusqu’à constituer des nœuds, authentiques points d’arrêt processuels : grains d’abolition dans une mécanique en surchauffe – coagulation, stase. »

Dans l’espoir d’un « retour » de votre part.

Bien à vous.

Hervé Pache.

Logo de elisabete
lundi 14 mai 2007 à 17h43, par  elisabete

sais vraiment pas juste se qui se passe avc les fuite

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