L’en dehors

par SIMON
dimanche 1er avril 2007
par Collectif TRANSVERSEL
popularité : 15%

Notre capacité à penser et réaliser notre émancipation est liée à notre capacité à penser l’en dehors, ou plutôt les en dehors. Car chaque dispositif de pouvoir à son en dehors, chaque aliénation son émancipation, chaque rapport son reversement.

Lorsque j’ai terminé ma scolarité je sors du dispositif scolaire. Tant que je suis célibataire, je ne suis pas pris dans un dispositif de conjugalité. Au jour d’aujourd’hui, et j’espère encore pour longtemps, je ne suis ni en prispn, ni salarié bien que je doive trop souvent mettre les pieds dans des dispositifs de consommation (magasins, supermarchés, publicités,.. ). Je ne pourrais probablement pas passer une semaine sans me frotter à un seul dispositif, mais j’ai la possibilité de rester à l’extérieur de tel ou tel dispositif.

Si la désertion est le processus par lequel je fuis un dispositif, l’insoumission est celui par lequel je refuse de m’y soumettre et l’émancipation est l’art de renverser un rapport en retournant l’étrangeté-à-l’autre en connaissance-de-l’autre, en faisant naître du lien, des complicités. Mais les trois processus s’inscrivent dans une même perspective qui suppose la croyance en cet en dehors du dispositif, cet extérieur à un rapport de pouvoir. Et c’est bien parce que chaque dispositif à son en dehors que je garde l’espoir de m’en émanciper.

Par exemple je ne crois pas que le couple ne bascule systématiquement en dispositif de conjugalité. Il ne tient qu’à nous de ruiner l’apparition de ces rapports (jalousie, possessivité, chantage affectif, attentes,...) qui nous aliènent progressivement dans ce terrifiant dispositif de conjugalité. Notre émancipation se joue en permanence sur la nature des relations que nous avons avec l’autre. De même un collectif peut rester « désir d’être ensemble », force d’émancipation ou bien laisser apparaître des hiérarchies informelles et des rapports de pouvoir en son sein. La tribu bascule alors en communauté terrible. Quand bien même ce collectif s’arme des intentions les plus révolutionnaires, il peut tout de même devenir un micro-fascisme. Croire en l’en dehors, c’est croire qu’il est possible d’expérimenter d’autres manières de vivre et d’agir ensemble autant qu’il est possible de déserter les dispositifs du pouvoir.

L’un des pires mensonges que propagent aussi bien les plus gros dispositifs de domination que les contre-pouvoirs révolutionnaires, c’est de nous faire croire qu’il n’y a qu’un et qu’un seul grand dispositif, qu’il est partout, nous traverse tous les jours et constitue notre univers : c’est le Système, le capitalisme, l’Etat, le Pouvoir ou l’Empire. Pour les tenants-e-s d’un pouvoir, ce discours vise à nous faire croire que nous sommes pris-es dans notre destinée, que nous devons nous soumettre à l’ordre des choses. Dans le discours révolutionnaire, l’unité du pouvoir interdit l’existence d’un en dehors et donc d’une émancipation. La seule libération possible ne pourrait soi-disant venir que d’une révolution ou d’un crash financier, que certains n’hésitent pas à prophétiser. Du coup il faut attendre « Le grand soir » et on ne peut rien faire tant que le capitalisme ne s’est pas effondré. Puis non-contents de prôner le statu-quo, ces prophètes de la révolution n’oublierons pas de nous inviter à rejoindre leurs dispositifs de contre-pouvoir (partis, syndicats, groupuscules,...) pour militer ensemble contre les méchants capitalistes.

Cette unification du pouvoir n’a pas seulement l’inconvénient de simplifier la complexité des dispositifs mais aussi de neutraliser toute velléité d’émancipation concrète et immédiate, de désertion ou de réalisation rupturistes. Michel Foucault réfute l’unité du pouvoir : « les différents opérateurs de domination s’appuient les uns sur les autres, dans un certain nombre de cas se renforcent et convergent, dans d’autres cas, se nient ou tendent à s’annuler » (« il faut défendre la société ») Le pouvoir n’est pas « un système général de domination exercée par un élément ou un groupe sur un autre » mais bien « une multiplicité de rapports de force » (La volonté de savoir). Et c’est justement parce qu’il y a multiplicité de rapports et de dispositifs de pouvoir qu’une multiplicité de désertions, de soulèvements sécessionnistes s’ouvrent à nous.


Commentaires

Logo de Bernard Bruyat OPDL(observatoire des pratiques de developpement local)
mercredi 11 avril 2007 à 07h36, par  Bernard Bruyat OPDL(observatoire des pratiques de developpement local)

Aprés lecture de Rupture je suis en accord avec Simon sur ces observations et ses analyses.Je pense qu’il serait bon de ne pas vouloir "Politiquement" et ceci afin de preserver le bien commun , construire un chateau de cartes en commençant par les cartes du haut.Mes travaux et mes observations au "local" sont déja pour beaucoup dans les "en dehors" . je suis a la disposition de tou-te-s pour vous informer sur nos travaux .Crac (cercle de réflexion et d’accompagnement à la commune),budget participatif avec gestion de nos energies et de nos ressources locals ,souveraineté alimentaire,autostop participatif ,éducation ( Illich une société sans école ) afin d’éviter la "Précarité intelectuelle qui s’instale .Je tien aussi à votre disposition "LA CHARTE DE LA TERRE " une base interessante pour positionner les "en dehors"

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