Kit de création d’une coopérative municipale

par Jean ZIN
mercredi 4 avril 2007
par Collectif TRANSVERSEL
popularité : 3%

Vous voulez créer une coopérative municipale dans votre commune et ne savez pas comment faire ? Tout dépend du contexte, des moyens, des rapports de force. Il y a tout à inventer, c’est une aventure collective mais on peut donner des exemples qui devront être adaptés aux réalités locales.

(paru en décembre 2005)

Rappelons que la coopérative municipale est l’institution de la relocalisation de l’économie et d’une production alternative (sortie du salariat productiviste) dont les buts sont :

* Développement local, dynamisation des échanges locaux (relocalisation de l’économie)

* Protections sociales contre la précarité (revenu garanti) et services d’assistance ou de formation

* Valorisation des compétences, aide à l’autonomie et recherche des synergies (coopérations)

* Production alternative non marchande et nouvelles forces productives immatérielles et coopératives

* Centre de traitement de l’information locale et construction d’une intelligence collective

Ce sont les principes qui doivent guider la création de coopératives qui peuvent être très différentes selon les endroits. Avant tout il faut un accord politique et un engagement de la municipalité devant la population. En l’absence d’un tel accord on peut créer un SEL ou une coopérative décidés à obtenir ce statut municipal à terme.

La justification politique du caractère municipal de cette initiative c’est la nécessaire relocalisation de l’économie (la réinsertion de l’économie dans son environnement et le retour aux circuits courts) mais aussi l’urgence sociale provoquée par la politique monétaire restrictive de la BCE dont le rôle de frein pour la croissance pourrait être soutenu écologiquement à condition de compenser localement le chômage, que produit cette trop rigoureuse lutte contre l’inflation, par une création de monnaies de proximité. Il y a des justifications à plus long terme mais qu’on ne peut prendre en compte dans un premier temps

Comment faire ? * d’abord création d’une association municipale à laquelle on s’inscrit pour une somme symbolique (genre 1€), et monnaie d’échange interne à la coopérative (genre SEL). Avec des moyens et des salariés à plein temps (pour les temps partiel on peut avoir recours aux membres de la coopérative rémunérés en monnaie interne). Un certain nombre de prestations communales doivent être payables en monnaie locale, au moins partiellement. Précisons que la coopérative est ouverte à toute personne physique et n’a pas besoin d’être réservée aux habitants de la commune (on peut venir des environs).

* création d’une bourse locale d’échange (interne à la coopérative ou bien ouverte à tous : on devient membre à la première opération) qui serait une bourse d’échange de services plutôt que de biens. Cela suppose une collecte des compétences disponibles et des besoins exprimés, avec un site Internet et une démarche active de rapprochement entre l’offre et la demande, ainsi qu’un local de grande visibilité à l’endroit le plus fréquenté de la ville ou dans la Mairie. Une présence sur les marchés et les transports en commun me semble indispensable pour avoir la proximité requise. Beaucoup dépend de l’efficacité de la mise en relation entre l’offre et la demande, de l’organisation de l’échange et de la valorisation des capacités inutilisées.

* on peut intéresser les commerçants à intégrer la monnaie locale sous forme de rabais (20%, ou moins, payé en sel). L’utilisation de cartes semble indispensable ici (comme la carte Leclerc ou moneo).

* sur cette base, on peut greffer toute autre fonction municipale d’information ou de soutien car un des objectifs est d’en faire la structure médiatrice avec les autres services municipaux, une centralisation de l’aide, un guichet unique, chaque participant ayant un interlocuteur de la coopérative pour l’orienter et le soutenir, l’aider à trouver un débouché ou un financement. C’est important car plus la coopérative municipale sera intégrée aux démarches ordinaires plus elle sera utilisée (cela remplace la publicité). C’est important aussi du fait que le plus difficile avec une nouvelle institution, c’est sa cohabitation avec les anciennes habitudes.

* la question du revenu est délicate mais on peut imaginer que les allocataires de minima sociaux inscrits à la coopérative reçoivent un complément en monnaie locale, ce qui les incite à utiliser le système et donc favorise aussi qu’ils y trouvent un débouché. Il faut pouvoir envisager aussi de donner un complément de revenu à ceux qui sont engagés dans des ouvrages de longue haleine sans rentabilité immédiate (logiciels libres, spectacles, prototypes, constructions, etc), au même titre que la formation. Il ne faut pas hésiter à mélanger monnaie locale et devise européenne car un revenu ne peut être entièrement constitué de monnaie locale (mais cela devient un problème budgétaire).

* Il y a des conflits d’intérêts à régler avec les artisans locaux, il faut avancer prudemment activité par activité mais je suis persuadé que la pérennité des coopératives municipales dépend en grande partie de sa capacité à drainer les compétences informatiques inemployées. En particulier le dépannage à domicile semble difficilement rentable dans le cadre du marché et trouverait ici un terrain propice. Les services d’assistance à la personne peuvent aussi bénéficier de ces échanges de proximité mais il faut éviter de se cantonner au social ou de vouloir se substituer à tous les bons services de voisinage. La coopérative est malgré tout le lieu où trouver aide et assistance, il est important d’en faire un lieu de convivialité (repas ? fêtes ?).

* Il semble qu’au-delà d’un certain chiffre d’affaire il faudrait inciter les coopérateurs à rejoindre le marché et fonder une entreprise en leur fournissant les moyens pour cela. Rester dans la coopérative risquerait de leur donner trop de place au détriment des activités moins rentables. De toutes façons, à la différence notable des SEL, un système de taxes progressives est inévitable selon les secteurs et le revenu jusqu’à rejoindre celles du système commercial.

* a contrario, la coopérative municipale devra abriter un certain nombre d’activités et d’ateliers pas assez rentables. Elle a aussi la fonction de commercialisation des produits locaux, d’interface avec le marché (en plus de ses échanges internes). La coopérative municipale pourrait servir aussi de "société de portage" permettant de salarier des activités autonomes (libérales) trop peu rémunératrices ou intermittentes. Il ne faudrait pas que cela devienne trop dominant car cette fois-ci, on parle en euros (et c’est potentiellement coûteux) mais ce serait très utile.

Ce sont juste quelques exemples (j’essaierais d’améliorer en fonction des critiques et propositions). On n’est pas obligé de tout faire en même temps. Beaucoup est dans la rencontre entre une demande locale et une population disponible. L’important, c’est d’avoir une structure municipale d’échange de services. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de mettre le pilotage automatique mais de rester attentif aux résultats. C’est une initiative qui pose des problèmes, même si elle en résout beaucoup. On peut dire que le niveau municipal récupère le pouvoir économique dont les Etats se sont dépouillés. On comprend que cela exige un pilotage serré et réactif qui doit faire l’objet d’un débat municipal permanent, se servant des informations sur l’activité de la coopérative pour ajuster les politiques municipales avec une optique de développement humain (développement de l’autonomie par l’assistance, la formation, l’information, la mise en relation, le revenu, le financement). Tout ceci peut sembler dérisoire bricolage pourtant l’alternative se joue là, à la base, l’invention de nouveaux rapports plus convivaux, la volonté de vivre ensemble.

Voir aussi : La coopérative municipale et Les monnaies locales

ACCES aux sites de Jean ZIN , à son BLOG


Nous remercions Jean pour sa participation à notre site d’expérimentation en perpétuelle mise à jour.


Commentaires

Logo de Collectif TRANSVERSEL
mercredi 18 avril 2007 à 15h41, par  Collectif TRANSVERSEL

Merci beaucoup de votre participation , vous trouverez sur le site de Jean Zin , beaucoup d’autres détails sur l’économie.

Bien cordialement à vous.

Le collectif Transversel

Logo de mprima
lundi 16 avril 2007 à 23h05, par  mprima

Franchement passionnant...
Je note et range soigneusement de côté car c’est une forme effective de développement local qui inspire de multiples possibilités.

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