L’ECOSOCIALISME SELON JEAN ZIN

samedi 20 mai 2017
par Mylene Remy
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Jean Zin, philosophe-psychanalyste- sociologue, disciple commentateur d’André Gorz, creuse, à la suite de ce dernier, une théorie globale permettant de sortir en douceur d’un capitalisme carnassier. A l’heure des élections régionales, son programme mérite notre attention..

Opposé à toute méthode coercitive ne tenant pas compte de la situation politique et de mentalités qui ne peuvent évoluer que lentement, Jean Zin propose une trilogie basée sur la relocalisation de la production, des coopératives municipales et un revenu minimum garanti permettant à chacun de choisir un travail qui convienne à la fois aux besoins de la communauté et à ses capacités.

Jean Zin ne croit pas à une sortie prochaine du capitalisme, vivant sur le crédit et la spéculation. On ne peut, dit-il, changer brusquement un système et des méthodes qui se sont imposées dans le monde entier ! Il faut du temps pour que s’accomplisse un changement mondial remettant en question l’économie de marché. En revanche il est possible dès maintenant de promouvoir une intensification de la vie locale qui a déjà commencé et représente une sortie de crise idéale, en réduisant un productivisme ne pouvant pas se passer de croissance C’est localement qu’il faut se donner les moyens de sortir de la société salariale qui condamne au chômage un nombre grandissant d’exclus , et d’ adopter un autre mode de travail, tout en luttant pour faire respecter davantage la justice, la solidarité et le respect de l’écologie. Jean Zin ne croit pas à une pénurie d’énergie, mais il admet que pour remédier à l’effet des gaz à effet de serre, il faut réduire les transports ce qui mène, parmi d’autres raisons, à la relocalisation de l’économie. Elle est possible , dans le cadre d’une économie plurielle, déjà existante avec les sphères publique, privée, familiale, associative et ce qu’on a regroupé sous le terme de "tiers secteur", plus un niveau local avec des circuits alternatifs, sans barrières douanières, mais sans abolir le marché mondial.. L’économie plurielle implique la sortie progressive d’un capitalisme, cantonné à une industrie de plus en plus automatisée et qui, comme l’agriculture, devra se reconvertir à des pratiques écologiquement soutenables. D’ailleurs les technologies numériques, également consommatrices de ressources naturelles , devront se préoccuper de leur soutenabilité en optimisant les régulations (énergétiques entre autres) et en permettant de dématérialiser une part de la production et des transports par le télétravail, les téléconférences, les téléachats.

Jean Zin rend hommage à André Gorz, pionnier en matière d’alternative au capitalisme, après l’échec de l’idéologie soviétique. Il estimait, dit-il, que l’objectif n’était pas de construire une société idéale imposant un mode de vie communautaire à tout le monde, mais de rendre compatible la défense de notre autonomie avec les contraintes écologiques et de réduire les consommations matérielles tout en améliorant notre qualité de vie. Dans "Misères du présent, richesse du possible", André Gorz prône une évolution vers un écosocialisme à visage humain.

Premier instrument de relocalisation de l’économie, les monnaies locales, compléments de la devise européenne, doivent régler une part importante de l’activité économique locale et favoriser des échanges de proximité. Ils pourraient ne pas être soumis à la TVA, celle-ci fonctionnant alors comme droit de douane pour les importations marchandes. Seraient également encouragés les échanges non marchands, tout ne devant pas être monétisé. Non seulement cela s’avérerait fort utile en cas de désordres monétaires, comme l’équivalent du SEL l’a été en Argentine, mais il ne saurait y avoir une relocalisation sans monnaie locale : pas de pouvoir économique sans pouvoir monétaire !

Deuxième instrument de la relocalisation : des coopératives municipales organisant les échanges et les coopérations de proximité. Dotées par la municipalité d’un budget suffisant, elles fourniront les moyens de production, de réparation, de recyclage et seront les véritables moteurs du développement des compétences et de l’autonomie de chacun. On devrait y trouver des ateliers de fabrication, utilisant des instruments numériques comme les imprimantes 3D, permettant notamment la fabrication de pièces détachées. Ces coopératives constituent une propriété collective, soustraite au marché concurrentiel et à son productivisme, indispensable à la relocalisation. Un système de production concerne aussi la distribution des revenus et la répartition des richesses. Pour qu’une majorité de travailleurs puissent se passer de trouver un emploi salarié dans des entreprises capitalistes mues par le seul profit, il faut qu’ils aient un revenu garanti, assuré par la coopérative municipale et soutenu par le pouvoir central. Le localisme n’est pas le repli sur soi et s’intègre à des ensembles plus larges, concernant les impôts, les services publics et les réseaux nationaux, sans parler de l’intégration au marché qui reste effective pour de nombreux produits industriels. Certes la mise en place du revenu garanti sera plus difficile à faire admettre que la relocalisation : elle ne sera obtenue au niveau national, voire européen, qu’au prix de luttes sociales et politiques. Elle reste essentielle pour lutter contre le productivisme : il ne peut y avoir de production non concurrentielle sans revenu garanti assurant un travail autonome et une production locale hors de la pression du marché et se substituant à une part de plus en plus grande de la production marchande. Un revenu garanti suffisant est indispensable pour améliorer le rapport de force salarial et arrêter la dégradation du droit du travail, en permettant de refuser les emplois sous-payés. . Cette revendication progresse d’ailleurs petit à petit devant la montée de la précarité.

Ces trois catégories de mesures doivent exister conjointement : Revenu garanti (qui pourrait être versé partiellement en monnaie locale) et coopératives municipales font sortir du salariat en passant du travail forcé au travail choisi, brisent la dépendance entre producteur et consommateur, entre salariat et société de consommation. Coopératives et monnaies locales permettent de trouver des débouchés locaux et suppriment les transports inutiles. Avec ces dispositifs complémentaires se dessine un système moins productiviste, plus écologique, centré sur la valorisation des compétences et des rapports de voisinage, sans augmenter les contraintes mais au contraire en libérant les potentialités des individus et leur capacité d’initiative. .. Mylène Rémy


(D’après un ensemble de textes de Jean Zin, extraits notamment de son site Ecorev)

On peut retrouver Jean Zin sur son site : http://jeanzin.fr/

Mis à jour le 25 mai 2017 ( lu plus de 600 fois. )

A lire ce mois ci sur le site de Jean ZIN , un super article sur Gorz...

A bientôt mes ami(e)s de Transversel.

Daniel D. ré-animateur de site transversaux.


Commentaires

mardi 13 avril 2010 à 21h09

Y a-t-il eu des tentatives pour implanter ce système dans des municipalités ? Comment est il financé ?

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